mercredi 15 février 2012

"le coût Brésil"

Au Brésil, la vague des produits importés montre du doigt " le coût Brésil "

Il n’y a pas si longtemps, le Brésil fournissait un grand nombre de produits finis à un coût très compétitif. Avec la montée des importations, malgré les taxes, nombre de produits nationaux peinent aujourd’hui à soutenir tant les prix que la qualité. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.

Le coût de l’emploi

En moins de 10 ans, le salaire minimum est passé de R$ 151 (65€) à R$ 545 (237€). Depuis 2011 – fait historique – il y a plus d’emplois déclarés (avec livret de travail, donc avec charges sociales) que d’emplois non déclarés.
L’avancée des fameuses classes sociales C et D* a permis au Brésil de surfer sur la crise de 2008. Et le taux de chômage est descendu à 6%. Les conséquences apparaissent maintenant sur le coût de l’emploi.

Sur des postes plus spécialisés, l’insuffisance des structures de formation professionnelle ou diplômantes conduit à une pénurie de main d’oeuvre dans de nombreux secteurs : ingénieurs des travaux publics, des mines, de l’informatique, ou encore dans les postes de middle-management ou de direction.

Au Minas Gerais, l’Etat minier par exellence, le directeur de l’UFMG (Université Fédérale du Minas Gerais) de la ville de João Monlevade déclare qu’il manque déjà sur le marché du travail 35.000 ingénieurs.

Selon la société de recrutement Michael Page à São Paulo, l’on arrive à des situations ou l’entreprise brésilienne va chercher son cadre à l’étranger (dans les pays développés) pour moins cher ; son équivalent brésilien coûte plus cher !
De même, certaines sociétés étrangères ayant leur filiale au Brésil peuvent payer son directeur local plus cher que le président du groupe (par souci de confidentialité, Michael Page n’a pas cité d’exemple).

Mais au Brésil, chaque problématique représente toujours une opportunité économique pour ceux qui anticipent.

Si l’Etat ne pourvoit pas encore à la nécessité, cette situation fait les choux gras des écoles et universitées privées qui fleurissent depuis 10 ans. L’une d’elles, Anhanguera, introduite en bourse, présente les meilleurs résultats boursiers du secteur et ne cesse de racheter des concurrents.

Le coût des transports et des infrastructures

Un importateur paye R$ 25.000 (10.864€) pour ramener 3 containers de Chine jusqu’à Rio, mais il débourse... R$ 15.000 (6.518€) pour le trajet Rio – Belo Horizonte! (moins de 500 kilomètres).

Les routes sont en mauvais état. Les opérations « tapa-buraco » (bouche-trou) sont encore réalisées en pré-periodes électorales, ou en urgence, et le profil des chaussées est encore mal adapté aux fortes pluies qui détruisent l’infrastructure.

Par ailleurs, il n’est pas si rare de voir encore des semi-remorques êtres détournés avec leur cargaison par des « bandits de grand chemin », même sur l’axe routier Rio-São Paulo, le plus fréquenté.

Un grand hebdomadaire économique national, Carta Capital, en a fait l’expérience récemment et n’a pu être offert aux lecteurs de Rio pendant plus d’une semaine.

Enfin, le parc de camions est vieillissant et les coûts d’entretien (voire d’accidents en chemin) s’ajoutent à l’addition.

Aussi, la société SCANIA bat-elle les records de vente pour ses camions, avec une augmentation de plus de 100% entre 2009 et 2010, soient 3 fois les prévisions annoncées l’an dernier.

Un parc de machines vieillissant

Pour contrer l’inflation qui remontre le bout de son nez, la Banque Centrale du Brésil vient de relever le taux d’intérêt interbancaire (déjà l’un des plus haut au monde) à 11,75% par an, rendant l’accès au crédit plus difficile.
Aujourd’hui, une petite entreprise trouve des crédits à l’équipement industriel à des taux minimums de 6 à 7% annuels, selon les banques.

A titre d’exemple, dans le secteur du jouet, une petite voiture en bois fabriquée en France (où les salaires et les charges sociales sont pourtant bien plus élevés qu’au Brésil) coûte 30 a 50% moins cher que la même fabriquée au Brésil.
En France, une seule machine fait le travail à partir d’une pièce de bois. Au Brésil, il faut plusieurs machines, voire une intervention manuelle sur chaque pièce.
Une fiscalité encore paralysante

Sans faire de longs discours sur le sujet, on sait que les impôts sont encore lourds et mal adaptés aux réalités. Ils restent le frein majeur à la compétitivité de nombreux produits.

Un seul exemple : celui du vin. Sous prétexte d’éviter les bouteilles de vin falsifiées (phénomène aujourd’hui quasiment disparu), le fisc exige que l’IPI (Impôt sur les Produits Industrialisés), payé par le viticulteur sur la vente de ses bouteilles, soit matérialisé par un sceau par dessus le goulot.

L’impôt doit être donc acquitté avant même que la bouteille ait été vendue : le viticulteur achète les sceaux à l’avance pour les apposer avant l’expédition. L’Etat étant le premier à être payé, le producteur est obligé de faire une avance de trésorerie conséquente.
De plus, pour les petits domaines dont l’embouteillage n’est pas mécanisé, l’apposition du sceau est lente coûteuse.

Des améliorations en vue

Le coût Brésil n’est finalement qu’une résultante logique du cycle dans lequel se trouve le pays : une explosion économique plus rapide que l’adaptation des structures encore à l’echelle d’un pays du tiers monde.

Il n’en reste pas moins, malgré ces dificultés, que la croissance économique restera au rendez-vous pour longtemps ; le Brésil étant encore un marché de demande pour une offre encore insuffisante.

Quant à la résolution des problèmes évoqués, le rôle de plus en plus international du pays met celui-ci en négociations multilatérales avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

De nombreuses barrières douanières ultra-protectionistes sont tolérées uniquement à condition que leur existence serve à dynamiser la production locale.
Ainsi, si le gouvernement ne pourvoit pas au nécessaire (meilleur crédit aux entreprises, meilleure formation, fiscalité révisée), ces barrières risquent de tomber.

Le Brésil est contraint d’avancer à marche forcée vers la maturité avant l’âge.


* Revenu par foyer compris entre 335€ et 484€ pour la classe D et 485€ à 2088€ pour la classe C

Au Minas Gerais, les produits importés envahissent les linéaires

Au Minas Gerais, les "mineiros" font le tour du monde… en gondoles


Le Minas Gerais est l’État du Brésil le plus consommateur de produits importés en supermarchés, jusqu’à 30% du chiffre d’affaires pour certains. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.

Huiles d’olives chez Verdemar. Plus de 20 marques étrangères  seulement sur ce se
Huiles d’olives chez Verdemar. Plus de 20 marques étrangères seulement sur ce seul produit

Le mineiro (habitant du Minas Gerais) est considéré comme le consommateur le plus traditionnel et le plus difficile du Brésil – notamment pour son côté économe – malgré son appartenance au deuxième État le plus riche du pays après celui de São Paulo.

C’est la raison pour laquelle, historiquement, de très nombreux produits de consommation sont d’abord lancés dans cet État pour faire leurs preuves avant d’être diffusés nationalement.

Pourtant, sa réticence légendaire à mettre la main au portefeuille ne l’empêche plus de succomber aux tentations des saveurs importées.

En dix ans, la part des produits importés en supermarché est passée de 1 à 5% et a enregistré, entre 2008 et 2010, une hausse de 42% du chiffre d'affaires annuel (14 milliards de réais, 6 milliards d'euros, source Association Mineira de Supermarchés, AMIS).

Une diversité de choix qui change les habitudes de consommation

Qui eut pensé que « churrasco » (barbecue) du week-end, templo sacro-saint du brésilianisme, puisse revêtir à ce point des airs de « gringo » ? Viande argentine, sauces américaines et bières belges, allemandes ou mexicaines... même le tradicionnel riz aux haricots (« arroz com feijão ») peut venir d’Espagne avec des épices asiatiques.

Le consommateur brésilien est généralement infidèle aux marques et toujours prêt à tenter autre chose, surtout si les prix parlent.

Avec la croissance des importations, la concurrence entre ces produits commence à empiéter sur le terrain des produits nationaux (notamment les pâtes, le sel, les confitures, l’huile, et certaines boissons).
Dans les chaînes qui misent sur la différenciation, des couloirs entiers sont créés pour exposer des produits allant jusqu’à 40 pays différents.

La chaîne Verdemar, supermarchés de produits fins, est celle qui a ouvert le plus de filiales à Belo Horizonte ces trois dernières années, ainsi que la chaîne Super Nosso.

Avec la croissance économique des fameuses classes C et D, même les chaînes de supermarchés populaires et traditionnels ressentent cette tendance. Chez Pão de Açucar (filiale de Casino, leader du segment hypermarchés), le secteur des importés s’est accru de 30% depuis l’an dernier.

Naturellement, la dévalorisation du Dollar et de l’Euro, la force du Real et la faiblesse du marché européen accentuent la tendance.


Certains supermarchés vont jusqu’à proposer 40% de leur offre en produits importés qui sont, dans certains cas, moins chers ou équivalents aux produits nationaux. Et ceci malgré les taxes et autres frais d’importation qui augmentent considérablement les coûts.

Lire aussi : Au Brésil la vague des produits importés montre du doigt le « coût Brésil »

Le Brésil, nouvel Eldorado pour les Européens en quête d'opportunités


Embauchée chez Michelin à Rio de Janeiro avec un contrat  local, elle explique qu'au Brésil, "c'est plus ouvert, on n'est pas  catalogué. La France malheureusement, ne valorise pas la  diversité".
Embauchée chez Michelin à Rio de Janeiro avec un contrat local, elle explique qu'au Brésil, "c'est plus ouvert, on n'est pas catalogué. La France malheureusement, ne valorise pas la diversité".

Afeida Ghaleb, 33 ans, ne regrette pas d'avoir quitté la France en juillet pour tenter l'aventure au Brésil, pays moteur de l'Amérique latine, qui attire de plus en plus d'Européens en quête d'opportunités.
"Je sens que j'ai échappé à la crise en Europe. Je suis de double culture (franco-arabe) et j'avais envie d'une expérience à l'international", a déclaré à l'AFP la jeune Française qui a passé dix ans dans une entreprise d'agro-alimentaire en grande banlieue de Paris.
Embauchée chez Michelin à Rio de Janeiro avec un contrat local, elle explique qu'au Brésil, "c'est plus ouvert, on n'est pas catalogué. La France malheureusement, ne valorise pas la diversité".
Septième économie du monde, le géant sud-américain a connu une hausse du PIB de 7,5% en 2010 et table cette année sur une croissance de 3,5%, supérieure à la moyenne mondiale. Son taux de chômage a baissé à 6% cette année, le plus bas depuis 2002.

Contrairement aux Européens de plus en plus nombreux à arriver et qui se heurtent au problème du permis de séjour, Afeida a obtenu avec Michelin "un visa de deux ans renouvelable".
Arrivé début octobre en touriste, Alejandro, un Espagnol de 33 ans, n'a pas cette chance et vit de petits boulots comme DJ ou guide dans les favelas: "Avec la crise et le chômage en Espagne, j'avais besoin de changer d'air, d'une ville avec la plage et le soleil. Il faut aller où les choses vont mieux. Mais mon visa expire dans un mois et demi", a dit ce Madrilène à l'AFP. Il deviendra "illégal" s'il n'arrive pas à renouveler son visa pour trois mois encore, le maximum permis.
Comme Afeida, Alejandro "partage un appartement en colocation" dans le quartier chic d'Ipanema. Ces nouveaux arrivants, à leur grande déconvenue, font face à l'explosion des prix dans le pays, tirés par la bonne santé de l'économie et l'accueil de la Coupe du monde de football en 2014 et des jeux Olympiques en 2016.
Selon le ministère de la Justice, le nombre d'étrangers en situation régulière a augmenté de plus de 50% de janvier à juin, passant de 962.000 à 1,5 million et ne cesse de croître, Portugais en tête aidés par la langue commune.
De décembre 2009 à juin 2011, les Portugais sont passés de 277.000 à 329.000 et les Espagnols de 58.500 à près de 81.000. Les Français de 16.500 à 17.800.
Mais les autorités estiment aussi à plus de 600.000 le nombre d'immigrants en situation irrégulière, en augmentation constante. De ce total, 40% sont Boliviens suivis par les Chinois (13%).
"En Europe, le Brésil est vu comme une terre d'opportunités", a déclaré à l'AFP la directrice de la Chambre de commerce espagnole de Sao Paulo, Nuria Pont.
Cette augmentation est due non seulement à la crise en Europe, mais à la demande énorme du Brésil, selon elle.
"Il y a quarante millions de nouveaux consommateurs -presque la taille de l'Espagne- qui sont sortis de la misère et le marché brésilien n'arrive pas à satisfaire la demande", a-t-elle expliqué.
"Il manque huit millions de professionnels qualifiés - comme des ingénieurs - que les universités brésiliennes mettront cinq ou six ans encore à former", a-t-elle ajouté.
Le jeune architecte espagnol David Galipienzo, qui implante un projet immobilier à Rio, témoigne: "en Espagne, on est tombé de 800.000 logements par an à moins de 100.000. Ici, la demande ne cesse d'augmenter", a dit David.
L'économie brésilienne en plein boom, avec la création de 2,5 millions d'emplois en 2010, associé à la crise dans les pays riches, a fait que légion de Brésiliens qui avaient émigré dans les années 90 aux Etats-Unis, au Japon et en Europe sont revenus au pays.
De 2005 à 2011, le nombre de Brésiliens vivant à l'étranger a chuté de moitié, de quatre millions à deux millions, selon les chiffres officiels.

samedi 11 février 2012

La croissance du Brésil attire de nombreuses PME françaises


09/02/2012 | Solange Orssaud (Aujourd'hui le Brésil).


La croissance économique du Brésil attire de plus en plus d'entreprises françaises qui sont passées de 436 en 2010 à 530 en 2011. Avant de prendre ses nouvelles fonctions en Turquie, Eric Fajole, directeur d'Ubifrance Brésil, fait le point sur l'évolution de la présence des entreprises françaises au Brésil et les perspectives économiques d'ici les JO 2016.


Eric Fajole, directeur d'Ubifrance Brésil

En 2011, Ubifrance a recensé 530 sociétés françaises au Brésil, soit une augmentation de 40% en 3 ans Comment expliquez-vous cette progression ?

En 2007-2008, les sociétés françaises qui prospectaient le monde avaient oublié le qu'il y avait un "B" au Bric. Il était difficile de les mobiliser sur la destination Brésil. L'année de la France au Brésil en 2009 et le fait que le pays se sorte très bien de la crise économique ont fait qu'il y a eu un changement radical.

Depuis 2009, chaque année, un millier de sociétés ont interrogé les services d'Ubifrance Brésil. 500 ont fait le déplacement soit à titre individuel pour prospecter le marché brésilien, soit pour s'installer ou participer à des opérations collectives que nous avons menées à l'occasion du plan professionnel.

A partir d'août 2010 on a assisté à une transformation de cette prospection qui n'est plus uniquement liée à la vente de produits ou de biens d'équipement de France mais à des opérations de rachat d'entreprises brésiliennes. Ce phénomène récent explique la forte progression des entreprises françaises sur le marché brésilien.

Nous recevons en moyenne 10 demandes par mois qui concernent des acquisitions et fusions. Pour répondre à cette demande, nous avons développé un nouveau produit basé sur des études pour faire des acquisitions, identifier des sociétés à racheter, et ce, dans tous les secteurs d'activité.

Le ticket d'entrée sur le marché brésilien est de plus en plus cher. Quel type de société a le plus de chance de réussir ?

C'est l'Entreprise de Taille Intermédiaire (ETI) qui a le plus de chance de réussir parce qu'elle peut faire face à un marché compliqué, difficile et cher. Mais il faut qu'elle s'en donne les moyens financiers car la destination Brésil est devenue plus chère qu'en France.

J'ai vu trop d'entrepreneurs faire de très belles missions d'une semaine et penser que tout allait être simple parce qu'ils avaient des interlocuteurs brésiliens qui avaient à peu près la même culture que nous. Il y a "l'effet caïpirinha" : on passe des moments agréables mais le lendemain on a un peu mal à la tête parce qu'on s'aperçoit que la bureaucratie est compliquée et coûteuse. La fiscalité n'est pas appréciée à sa juste valeur quand on arrive au Brésil. On pense surtout aux taxes d'importation mais on oublie les 7 ou 8 autres taxes que l'on doit payer pour vendre un produit. A cela s'ajoutent les salaires, les loyers, le coût des avocats et experts-comptables qui est parfois plus élevé qu'en France.

Mais si une société se donne les moyens financiers, elle peut prétendre à un retour sur investissement au bout de deux à trois ans car les marges au Brésil sont encore très confortables et certaines PME font des bénéfices qu'elles ne pourraient pas réaliser ailleurs.

Les actions d'Ubifrance se concentrent principalement sur les PME. Dans quels secteurs sont-elles présentes ?

La plupart des sociétés du CAC 40 ont déjà des filiales au Brésil. Le gros de notre activité se concentre sur les PME et les Entreprises de Taille Intermédiare (ETI), qui sont présentes dans de nombreux secteurs, comme la machine outil, l'équipement automobile, la mécanique, la pharmacie, la cosmétique…

Dans les secteurs du pétrole et du gaz, nous avons eu de très bons résultats de PME que l'on a accompagnées. Certaines d'entre elles ont signé leur plus gros contrat à Rio.

Depuis 2 ans, nous avons aidé des PME à s'implanter dans le secteur des services informatiques, le e-commerce, car il est impossible de vendre du service facturé depuis la France puisqu'il est taxé à 40%.

Dans le secteur du vin, nous avons de très beaux succès avec une croissance des exportations des vins français supérieure à 150% en 5 ans.

Quels sont les secteurs qu'Ubifrance Brésil souhaite développer pour faire venir ou renforcer la présence des entreprises françaises ?

Dans le secteur viticole, justement, il faut aller plus loin. Les Italiens commencent à racheter des vignobles dans le sud du Brésil parce que le vin brésilien gagne en notoriété et en qualité. Les Français sont présents au Chili, en Argentine et en Afrique du Sud, mais, à part Chandon, il n'y a encore aucune maison de Bordeaux, Bourgogne ou autre qui ait racheté des vignes au Brésil.

Dans les secteurs de l'agro-business, du lait, de la volaille et de l'élevage on a quelques sociétés françaises comme la société Doux avec FrancoSul, Bongrain qui a racheté la marque Polenghi, "la vache qui rit" brésilienne et Bonduel, qui a monté une usine à Goya en 2009. Mais c'est encore insuffisant. En France, on voit encore le Brésil comme une menace agricole et non comme une destination d'opportunités. C'est pourquoi nous allons organiser une mission découverte du marché de l'agriculture et de la viticulture en septembre 2012.

Nous sommes persuadés que de belles franchises françaises comme Monceau Fleurs, Geneviève Lethu, pourraient avoir autant de succès que l'Occitane, Lacoste ou 5 à sec qui ont très bien réussi en franchise mais qui ont mis de l'argent pour démarrer.
Il faut un investissement de la marque ou de l'entreprise pour structurer, se faire connaître, ou encore racheter une société brésilienne. C'est ce que vient de faire, par exemple, Urgo qui a racheté un laboratoire brésilien, LM Farma (leader de la cicatrisation), ce qui leur permettra de développer la gamme Urgo au Brésil.

Nous essayons de faire venir des épiceries fines, mais les règles sanitaires sont compliquées. Petrossian, Valrhona sont déjà là. La Durée devrait arriver prochainement à São Paulo.

Dans la forêt on voit arriver quelques coopératives forestières françaises qui ont racheté des forêts au Brésil pour l'exploitation du bois. Mais je pense que l'on peut faire plus.

Comment voyez-vous l'évolution du Brésil d'ici les grands événements mondiaux de 2014 et 2016 ?

Le Brésil a de très belles années jusqu'en 2016. Il y a un enthousiasme général et beaucoup d'appui de la part des gouvernements locaux pour faire en sorte que le pays donne sa meilleure image.
La classe C favorise la croissance interne. Il y a encore 20 à 30 millions de pauvres qui vont, comme dans les années Lula et grâce aux programmes sociaux brésiliens, passer de la classe de pauvre à la classe de consommateur.
Le pétrole a également beaucoup contribué à changer l'image du Brésil. C'est une manne extrêmement importante. Le Brésil a cette richesse d'avoir des matières premières agricoles, minières et énergétiques qui font que le pays peut continuer à être une puissance économique de premier rang.

Mais en même temps on constate que la classe C dépense plus que ce qu'elle gagne et commence progressivement à s'endetter sur des biens faciles à rembourser comme l'alimentaire, l'électroménager.
Au niveau de l'industrie, on assiste à une baisse progressive des exportations des produits manufacturés parce que le Brésil a perdu en compétitivité. Il doit faire des efforts au niveau de ses infrastructures, du coût du travail, de la modernisation de l'outil industriel par l'innovation, qui reste encore très faible.

Si le Brésil ne veut pas dépendre seulement de ses matières premières et devenir un pays agricole et de services, il faut que l'industrie se remette en cause pour devenir exportatrice de produits manufacturés.

Le nouveau directeur d'Ubifrance Brésil, Benoît Trivulce, a pris ses fonctions au début du mois de février.

jeudi 26 janvier 2012

Brésil : la classe moyenne se dessine enfin

Lors de la dernière décennie, la classe moyenne a prise de l’ampleur, atteignant 90 millions de personnes pour un pays de 200 millions d’habitants.

un quartier de Salvador de Bahia
un quartier de Salvador de Bahia
Selon une étude des consultants brésiliens Datafolha, le Brésil est devenu un pays avec une vraie classe moyenne. 6 brésiliens sur 10 ayant plus de 10 ans font partie de cette classe sociale. Un résultat qui inspire l’économiste brésilien Marcelo Neri qui enseigne à l’université de Rio de Janeiro : « la hausse des revenus, qui ne touche pas l’élite du pays, a constitué une vraie révolution pour les plus déshérités au Brésil. Cependant, il faut relativiser. La classe moyenne au Brésil n’est pas du tout homogène car elle inclut une multitude de sous-groupes et prend en compte une multitude d’indicateurs basés sur les revenus, l’éducation et la consommation. »

L’étude montre ainsi que les plus pauvres faisant partis de la classe moyenne brésilienne, restent très vulnérables et ont besoin d’aides sociales du gouvernement pour subsister à leurs besoins. La semaine dernière, le ministère en charge de combattre la faim au Brésil a identifié 320 000 familles ne recevant aucune aide et ne faisant pas partie du programme social chargé d’aider 17 millions de brésiliens à sortir de l’extrême-pauvreté. Néanmoins, les chiffres présentés par Datafohla sont positifs. La pauvreté diminue au Brésil et l’extrême-pauvreté ne représente plus que 1% des foyers du pays.
Publié le 24 janvier par Benjamin Esposito sur Amérique24.com

dimanche 15 janvier 2012

La grande distribution brésilienne

5/07/2011 | 13:55 | mis à jour le 29/07 à 11:59 | Les Echos

Dossier : Carrefour-Casino : duel au Brésil

Le Brésil est le nouveau terrain de bataille des deux distributeurs français. Carrefour projette de fusionner ses activités brésiliennes avec CBD, premier distributeur local, contrôlé par Abilio Diniz et par... Casino. Mais ce dernier entend bien faire obstacle à ce rapprochement. Le combat ne fait que commencer.

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La fusion Carrefour-CBD: des rumeurs...

L'affaire démarre fin mai 2011. La presse, tant française que brésilienne, soulève l'hypothèse d'un projet de fusion entre les activités brésiliennes du français Carrefour et CBD, la société détenant le distributeur Grupo Pão de Açucar (GPA). GPA, contrôlée par Abilio Diniz et le groupe Casino, est le leader de la distribution alimentaire au Brésil. Les intéressés démentent l'existence de quelconques négociations.

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Le 21 juin, lors de l'assemblée générale de Carrefour, Lars Olofsson (photo: AFP), directeur général du groupe, interrogé sur ce projet, déclare: «Je ne commente pas les rumeurs, mais nous devons concentrer nos efforts sur les pays émergents, dont le Brésil».

Le 24 juin, c'est la justice française elle-même qui confirme les dites «rumeurs». Saisi à la suite de l'envoi par Casino d'un huissier au siège de Carrefour, à Boulogne-Billancourt, le tribunal de commerce de Nanterre rend une ordonnance de référé constatant que 22 courriers ont bien été échangés entre Carrefour et Diniz...

... au projet concret

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Trois jours plus tard, le 27 juin, Gama, un véhicule d'investissement créé et contrôlé par l'agressive banque brésilienne BTG Pactual et soutenu par la Banque nationale brésilienne de développement (BNDES), propose à Carrefour de créer avec CBD un champion national de la distribution. Le montage financier prévu est complexe: Gama doit fusionner avec CBD par échange d'actions, puis CBD prendre l'intégralité du capital de Carrefour Brésil, et enfin, Gama rétrocéder quelques actions CBD à Carrefour pour arriver à un équilibre 50-50 dans le nouveau groupe. En échange, Carrefour doit émettre au bénéfice de Gama 90 millions d'actions de préférence, soit 11,7% de son capital. Abilio Diniz (photo: AFP) a enfin abattu ses cartes, mais il affirme avec précaution: «Les bénéfices de ce rapprochement [avec Carrefour] seront considérables et je vais bien évidemment analyser cette proposition, conjointement avec mon partenaire, le groupe Casino».

Le 3 juillet, le conseil d'administration de Carrefour se prononce en faveur du projet de partenariat avec CBD. Un projet stratégique pour le distributeur français, qui lui offrirait un fort relais de croissance à l'heure où ses performances s'amenuisent dans l'Hexagone. Casino réagit immédiatement en estimant que «Carrefour et ses administrateurs engagent leur responsabilité en acceptant, malgré les avertissements, une opération engagée de manière hostile et menée dans le cadre de négociations illégales».

Casino déterminé à s'opposer au rapprochement

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Casino veut empêcher à toute force son partenaire brésilien de se rapprocher de son concurrent Carrefour. CBD concourre de façon importante (à hauteur de 16%) au chiffre d'affaires total du groupe dirigé par Jean-Charles Naouri (photo: AFP). Fin mai, Casino saisi la Chambre de commerce international «d'une procédure d'arbitrage à l'encontre du groupe Diniz sollicitant notamment le respect et la bonne exécution du pacte entre actionnaires du 27 novembre 2006 relatif à leur société commune Wilkes, laquelle contrôle la société brésilienne CBD». Le 4 juillet, juste après l'approbation par les administrateurs de Carrefour du projet de fusion avec CBD, Casino lance une seconde procédure d'arbitrage contre Diniz.

La contre-attaque ne s'arrête pas là. Le 16 juin, Jean-Charles Naouri annonce avoir porté à 37% sa participation économique totale au capital de CBD. Puis, le 30 juin, il opère une nouvelle montée au capital du distributeur brésilien dont il détient au final 43,1%. Une façon, affirme le groupe, de «réaffirmer son engagement au Brésil». Le 4 juillet, le patron de Casino rencontre Luciano Coutinho, président de la Banque nationale brésilienne de développement, pour lui répéter son opposition à la fusion Carrefour-CBD.

Pourtant, Casino pourrait être amené à plier. Abilio Diniz dispose peut-être en effet d'une arme fatale pour l'y contraintre. Selon une note d'analyste publiée le 7 juillet à Paris, le droit brésilien prévoit de suspendre, en cas de conflit d'intérêts entre une entreprise et l'un de ses actionnaires, les droits de vote dudit actionnaire. «Casino n'a aucun conflit d'intérêts avec CBD», balaie une source proche du groupe. L'entourage d'Abilio Diniz, lui, se refuse à tout commentaire.

Le 12 juillet, les administrateurs de Casino, réunis en conseil extraordinaire, constatent «à l'unanimité, à l'exception de Monsieur Abilio Diniz, que le projet [de fusion des activités brésiliennes de Carrefour avec CBD, NDLR] est contraire aux intérêts de GPA, de l'ensemble de ses actionnaires et de Casino». Ils estiment que l'opération, dont les «risques d'exécution sont élevés», «repose sur une vision stratégique erronée pour GPA».

Le Brésil, un marché stratégique

Si Carrefour et Casino s'affrontent si âprement au Brésil, c'est que le pays, troisième marché mondial pour la distribution alimentaire, revêt pour eux une importance stratégique. Carrefour, qui y a débarqué en 1975, serait numéro un sur l'alimentaire, même si Grupo Pão de Açucar est au premier rang des distributeurs. D'autres acteurs majeurs du secteur comme l'américain Wal-Mart et, dans une moindre mesure, le chilien Cencosud, sont aussi présents, mais ils n'ont pour l'heure jamais réussi à inquiéter les deux grands. Après le Brésil, c'est la Colombie qui est le marché le plus prometteur d'Amérique du Sud. Casino, qui y est présent depuis 1999 via sa filiale Exito, y revendique la place de leader.

Coup d'arrêt au projet

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, nouveau rebondissement dans l'affaire: les autorités brésiliennes et la Banque nationale de développement du pays annoncent le retrait de leur soutien au projet de rapprochement entre CBD et la filiale brésilienne de Carrefour dévoilé le 28 juin. L'homme d'affaires brésilien Abilio Diniz juge dans un communiqué cette décision «profondément regrettable». Celle-ci conduit de fait à la fin de l'offre présentée par Gama. De son côté, Carrefour en «prend acte».

Le 28 juillet, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, Jean-Charles Naouri confirme l'intention de Casino de prendre le contrôle de sa filiale CBD en 2012, comme le prévoient les accords avec Abilio Diniz.

Le coût de la vie au Brésil dépasse celui des USA

Custo de vida do Brasil supera o dos EUA

Dados de 187 países-membros do FMI relativos ao ano passado apontam fato considerado anormal para um país emergente

14 de janeiro de 2012 | 20h 17

Fernando Dantas, de O Estado de S. Paulo

RIO - O custo de vida do Brasil superou o dos Estados Unidos em 2011, quando medido em dólares, segundo dados do Fundo Monetário Internacional (FMI) sobre o PIB dos 187 países-membros. Este fato é extremamente anormal para um país emergente. Em uma lista do FMI de 150 países em desenvolvimento, o Brasil é praticamente o único cujo custo de vida supera o americano em 2011, o que significa dizer que é o mais caro em dólares de todo o mundo emergente.

VEJA TAMBÉM

Na verdade, há outros quatro casos semelhantes, mas referentes a São Vicente e Granadinas, um arquipélago minúsculo; Zimbábue, país cheio de distorções, onde a hiperinflação acabou com a moeda nacional; e Emirados Árabes Unidos e Kuwait, de população muito pequena, gigantesca produção de petróleo e renda per capita de país rico.

Considerando economias diversificadas como o Brasil, contam-se nos dedos, desde 1980, os episódios em que qualquer um de mais de cem países emergentes apresentasse, em qualquer ano, um custo de vida (convertido para dólares) superior ao dos Estados Unidos.

Há uma explicação para isso. O preço da maioria dos produtos industriais tende a convergir nos diferentes países, descontadas as tarifas de importação. Isso ocorre porque eles podem ser negociados no mercado internacional, e, caso estejam caros demais em um país, há a possibilidade de importar. Mas a maioria dos serviços, de corte de cabelo a educação e saúde, não fazem parte do comércio exterior. Assim, eles divergem muito em preço entre os países.

Em nações ricas, com salários altos, os serviços geralmente são muito mais caros do que nos emergentes. Isso se explica tanto pelo fato de que a renda maior tende a puxá-los para cima, como pelo fato de que a mão de obra empregada no setor de serviços recebe muito mais e representa um custo maior. Dessa forma, é principalmente o setor de serviços que faz com que o custo de vida seja mais alto no mundo avançado. Na comparação com os Estados Unidos, os países emergentes são quase sempre mais baratos.

É por isso que espanta que o Brasil apareça como mais caro do que os EUA nas tabelas de projeções do PIB de 2011 do FMI. "Essa inversão mostra que as coisas estão fora do padrão, porque a taxa de câmbio está completamente fora do padrão histórico, com uma valorização gigantesca nos últimos anos", diz o economista Armando Castelar, do Instituto Brasileiro de Economia (Ibre), da Fundação Getúlio Vargas (FGV) no Rio.

O custo de vida relativo dos países pode ser derivado da comparação entre as estimativas do FMI para o PIB em dólares correntes e o PIB ajustado pela paridade de poder de compra (PPP). Esse segundo método busca neutralizar - ao se fazer o cálculo do PIB - a diversidade dos preços, convertidos para dólares, dos mesmos produtos em diferentes países.