Relatório da Economist Intelligence Unit aponta
que China vai passar Estados Unidos e Brasil será o sexto maior mercado para o
setor
Estados Unidos
devem perder para a China o primeiro lugar no ranking do varejo global
São Paulo – O
valor do mercado global de varejo
deve passar de 17,011 trilhões de dólares nesse ano para 33,472
trilhões de dólares em 2022. O número é do relatório “Retail 2022”, produzido pela Economist
Intelligence Unit, unidade de pesquisas do grupo que publica a revista The
Economist.
Segundo o
estudo, três categorias vão ajudar a impulsionar esse resultado: e-commerce
(comércio por qualquer meio eletrônico), m-commerce (vendas feitas por meio de
smartphones) e s-commerce (vendas por meio de redes sociais).
Com o
crescimento do mercado de varejo global, alguns países vão se destacar. O
estudo aponta, por exemplo, que a China deve passar os Estados Unidos e virar o
maior mercado global no setor. Já o Brasil deve ocupar o sexto lugar do ranking
em 2022.
Confira os seis
países que vão dominar o varejo global em 2022, segundo Economist Intelligence
Unit.
1º – China
O mercado de
varejo na China deve
terminar o ano de 2012 valendo cerca de 2,311 trilhões de dólares, abaixo do
valor do mercado nos Estados Unidos, de 3,389 trilhões. O país asiático, porém,
pode passar o mercado americano já em 2016 e se fixar como maior mercado global
para o varejo em 2022, quando a projeção é que o valor do setor chegue a 8,345
trilhões de dólares.
As mudanças na China abrem espaço
especialmente para o segmento de luxo. O estudo apontou que o mercado chinês
nesse setor deve passar o Japão como maior do mundo já em 2013.
2º – Estados Unidos
Atualmente,
esse é o maior mercado varejista no mundo e deve fechar o ano valendo 3,389
trilhões de dólares. Mesmo perdendo o posto para a China em 2016, o mercado
americano continuará crescendo.
A expectativa é
que o setor varejista no país termine 2016 com um valor de 3,961 trilhões de
dólares e passe em 2022 para 4,470 trilhões de dólares.
3º - Índia
Atualmente, o mercado
da Índia é, em volume financeiro, menor que o da China, Estados Unidos e Japão.
O país deve, porém, passar o mercado japonês em 2022 e ficar no terceiro lugar
do ranking.
A expectativa é
que o varejo indiano termine o ano de 2012 valendo 845 bilhões de dólares, mas
passe para 1,877 trilhão de dólares em 2016 e 3,822 trilhões de dólares em
2022.
4º - Japão
Entre os seis
maiores mercados de varejo, o japonês é o único que tem previsão de encolher
entre esse ano e 2022, segundo os dados da Economist Intelligence Unit.
A expectativa é
que o setor termine com valor de 1,691 trilhão de dólares neste ano, passando
para 1,496 trilhão de dólares em 2016. Em 2022, o varejo japonês deve se
recuperar um pouco e alcançar 1,628 trilhão de dólares. O valor ainda é menor
que o esperado para este ano, mas ajudará o país a se manter no 4º lugar do
ranking, com pouca vantagem em relação ao quinto mercado, o russo.
5º - Rússia
O varejo na
Rússia deve terminar o ano em 658 bilhões de dólares, passando para 932 bilhões
de dólares em 2016. Em 2022, a tendência é que o setor alcance 1,482 trilhão de
dólares.
6º - Brasil
O país já está
entre os principais mercados de grandes empresas globais e o valor do mercado
de varejo deve passar a marca de 1 trilhão de dólares em breve.
O estudo
apontou que o setor no Brasil deve fechar o ano valendo 500 bilhões de dólares,
valor que pode passar para 768 bilhões de dólares em 2016, e 1,155 trilhão de
dólares em 2022.
Charles-Emmanuel Haquet envoyé spécial à Brasilia - publié le
01/04/2010
Soif de consommation, besoin d'infrastructures, croissance
soutenue... Des grands groupes aux PME, la ruée française vers l'immense et
très porteur marché brésilien ne fait que commencer.
Rio de Janeiro
REUTERS/Bruno Domingos
Les
brésiliens...
Population
: 192 millions d'habitants
PIB
2008 : 1 189,5 milliards d'euros
Revenu
par habitant 2008 : 5 422 euros
Samedi
matin, au Center Norte, l'un des paradis du shopping de Sao Paulo. Des familles
se pressent dans les boutiques. Les bras sont chargés de sacs, les mines,
réjouies. Ici, le shopping, c'est la sortie du week-end. On fait du
lèche-vitrines, on déjeune au restaurant, sous l'?il impavide de vigiles. Si
l'on veut comprendre l'essor du Brésil, c'est là qu'il faut aller. On y voit
défiler la classe moyenne pauliste, celle qui, depuis quelques années, tire la
consommation intérieure. "En quinze ans, elle est passée de 32 à 52 % de
la population", commente Dominique Maupin, chef de la Mission économique
de Sao Paulo.
Il
est là, le miracle brésilien, et c'est certainement ce que l'on retiendra des
années Lula. En lançant des mesures sociales à grande échelle, comme la bolsa familia (aide financière
conditionnée à la scolarisation des enfants), le président brésilien a sorti de
la pauvreté 32 millions de ses concitoyens, soit la population du Canada.
Autant de nouveaux consommateurs qui ont désormais accès au crédit, et qui ne
demandent qu'à dépenser.
Les
grands groupes français ne s'y sont pas trompés. Pratiquement tout le CAC 40
vient faire ses emplettes au Brésil. En avril 2009, le groupe pharmaceutique
Sanofi-Aventis acquiert le n° 1 brésilien des médicaments génériques,
renforçant sa position de leader local ; à la mi-novembre, Vivendi prend le
contrôle de l'opérateur téléphonique GVT. Alstom, GDF Suez, Casino, Vallourec -
qui construit une seconde usine -, Technip, Louis-Dreyfus ou Bonduelle
s'activent. Nos géants du luxe ne sont pas en reste : Hermès s'est rendu compte
que le PIB de Sao Paulo était supérieur à celui de l'Argentine. Le maroquinier a
ouvert une boutique l'an dernier dans le plus luxueux centre commercial de la
ville, Cidade Jardim, comme la marque de maillots de bain Vilebrequin, présente
dans le mall Iguatemi. Quant à
Louis Vuitton, il a ouvert une cinquième boutique à Brasilia.
Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat française
chargée du Commerce extérieur.
"Notre
part de marché au Brésil progresse. Nos entreprises effectuent plus
d'investissements directs dans ce pays qu'en Chine."
Les
PME suivent le mouvement. "Elles accourent ! On a recensé 455 demandes
d'information en 2009, contre 253 deux ans plus tôt", précise Louis
Bazire, patron de BNP Paribas-Brasil et de la chambre de commerce
franco-brésilienne. Confirmation de Dominique Maupin : "L'an dernier, nous
avons organisé, pour les PME françaises, quatre fois plus de missions de prospection
qu'en 2006."
Pourquoi
le Brésil ? Parce que ce pays plaît. Il aiguise les appétits et rassure les
investisseurs. "Les dépenses publiques et l'inflation sont maîtrisées. Le
Brésil n'est plus ce pays "pas sérieux" dont parlait de Gaulle. Ses
fondamentaux sont sains, il donne confiance", résume Jean-Claude Lenoir,
président du groupe d'amitié France-Brésil à l'Assemblée.
Le
"pays d'avenir" a émergé, après avoir été longtemps le seul
"Bric" (Brésil, Russie, Inde, Chine) dont on ne parle pas, restant
dans l'ombre des mastodontes chinois et indien. C'est que le géant vert a mis
du temps à se stabiliser.
Miguel Jorge, ministre du Développement, de
l'Industrie et du Commerce extérieur
"Les
Français, sixièmes investisseurs au Brésil, peuvent occuper une meilleure
place. Ils sont moins agressifs que les Allemands ou les Suédois."
Tout
juste sorti de vingt ans de dictature militaire, en 1985, le Brésil traverse
une terrible période d'inflation - jusqu'à 2 800 % pour la seule année 1990 !
Dans la filiale brésilienne de Saint-Gobain, les ouvriers préféraient se faire
payer en paniers de nourriture, tant la monnaie se dépréciait vite. Il faudra
l'énergique plan Real du président Cardoso, en 1994, pour que la situation se
stabilise. Mais l'épisode a traumatisé le pays. Plus question de laisser
l'inflation filer au-dessus de 5 %. D'où la tendance des gouvernements suivants
à "pousser" les taux d'intérêt lorsque les prix flambent. Ce qui
pose, tout de même, quelques problèmes aux investisseurs. Car l'argent coûte
cher, au Brésil.
"Pour
financer la construction de notre Club Med, à Buzios, le Saint-Tropez brésilien,
notre partenaire immobilier a préféré vendre les 375 chambres à des
particuliers, autour de 100 000 euros l'une, plutôt que d'emprunter à des taux
prohibitifs (entre 12 et 15 %)", explique Janick Daudet, qui dirige le
Club Med en Amérique latine.
Lorsque Lula arrive au pouvoir, les élites craignent le pire. Pensez, un
ancien syndicaliste, issu des couches pauvres de la population, dont on ne
connaît pas vraiment les intentions. Mais les marchés se rassurent vite. Lula
reste "dans les clous" de son prédécesseur. Début 2007, il lance un
ambitieux plan d'investissement dans les infrastructures, le PAC - plan
d'accélération de la croissance. D'ailleurs, celle-ci décolle : presque 6 % en
2008.
La crise casse la dynamique... pour quelques mois (fin 2008-début 2009).
"L'Etat brésilien l'a particulièrement bien gérée, relate Hervé Le Roy,
chef de la mission économique à l'ambassade de France. Il a notamment abaissé
l'impôt sur la production industrielle, ce qui a stimulé la consommation."
Carton plein : l'industrie automobile réalise en 2009 l'une des meilleures
années de son histoire (+ 11,4 %). Et le taux de croissance du pays reste
positif, avec un PIB en hausse de 0,2 % en 2009. De quoi donner de la superbe à
ce pays neuf sur la scène internationale. "Je suis frappée par la
puissance du Brésil dans les derniers dialogues multilatéraux, que ce soit à
l'OMC, à Copenhague ou au G20", commente Anne-Marie Idrac. La secrétaire
d'Etat au Commerce extérieur aime aussi évoquer la "lune de miel"
entre les présidents Lula et Sarkozy.
Cette entente ne date d'ailleurs pas d'hier. Au XIXe siècle, la France
était très prisée des élites brésiliennes. La langue de Molière a même failli
devenir officielle. Et, dans les années 60, le français était obligatoire à
l'école. "Je l'ai appris quand j'étais enfant, témoigne le ministre du
Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur, Miguel Jorge. A
l'époque, les Français étaient encore très présents. Je roulais même en RenaultGordini." Et puis l'influence française s'est estompée. Seuls quelques
mots, comme boulevard, abajurou
rendez-vous, ont survécu dans la langue brésilienne.
Ces liens historiques, le président français fait tout pour les renforcer.
Il soutient la candidature du Brésil au Conseil de sécurité de l'ONU, à
l'organisation des jeux Olympiques de 2016 - décrochés par Rio de Janeiro. Il
signe un partenariat stratégique avec son homologue Lula, notamment en matière
de défense et d'espace, il consent d'importants transferts de technologie. En
octobre prochain, les deux présidents inaugureront ensemble le pont d'Oyapock,
qui enjambera le fleuve qui marque la frontière entre la Guyane française et
l'Etat brésilien de l'Amapa.
Ce lien symbolique aura toutefois moins d'impact, sur le plan économique,
que le groupe de haut niveau créé l'an dernier et qui rassemble une vingtaine
de grandes entreprises françaises et brésiliennes. Parmi elles, Accor, Rhodia,
EADS, Alstom, Areva, et, côté brésilien, Embraer, ETH, Vale ou GV Agro.
"Nous voulons faire émerger des projets transversaux, explique Gérard
Mestrallet, PDG de GDF Suez et président de la délégation hexagonale, sur des
thèmes comme le financement d'infrastructures, la recherche et le
développement, la formation technique ou la coopération en Afrique. Ce groupe
permet aussi de tisser des liens avec nos homologues brésiliens."
L'imposante classe C... comme
Consommation
Avec 32 millions de nouveaux
consommateurs en quelques années,le marché intérieur brésilien se porte bien, en grande
partie grâce aux mesures sociales du président Lula, qui ont permis l'émergence
d'une vraie classe moyenne, dite C. Car, au Brésil, la société se divise en
cinq grandes catégories : - Classe A et B : les riches,
disposant de plus de 1 900 euros mensuels ; - Classe C : la classe moyenne (439
à 1 900 euros par mois) ; - Classe D : les pauvres (317 euros
mensuels) ; - Classe E : les exclus (moins de
317 euros par mois).
En 2002, les classes D et E représentaient 43 % de la population, et la classe
C, 44 %. Six ans plus tard, les classes D et E ne constituent plus que 32,5 %,
et la classe C a grimpé à 52 %. Le miracle brésilien, c'est ce glissement
vertueux qui fait briller les yeux de nos grandes enseignes, dont la plupart se
positionnent sur les segments A, B et C.
Ces efforts vont-ils renforcer la présence française sur le sol brésilien ?
Ce serait souhaitable, car la France ne joue pas encore dans ce pays le rôle
auquel elle pourrait prétendre. "Il est vrai que les investissements
français ne sont pas à la hauteur des liens que nos pays entretiennent",
constate Ricardo Schaefer, directeur d'Apex-Brasil, l'agence de promotion
nationale pour le commerce et l'investissement. La part de la France dans les
flux d'investissements directs n'est que de 6,5 %, ce qui la place en sixième
position. Soit une "part de marché" de 2,83 % en 2009, contre 7,73 %
pour l'Allemagne. "Mais nos investissements sont en progression",
nuance Dominique Maupin, qui note que "le rendement d'un investissement
réalisé au Brésil par des Français est en moyenne deux fois supérieur à celui
d'un investissement effectué ailleurs". Ce qui valide l'idée qu'au Brésil,
où les taxes à l'importation sont élevées, il est préférable de s'implanter
"en dur" plutôt que de se cantonner à des activités d'import-export
classiques.
Mais attention, personne n'a dit
que le Brésil était un pays de cocagne, avertit Yves Saint-Geours,
l'ambassadeur de France à Brasilia. "On ne vient pas ici pour faire des
profits rapides et s'en aller aussi vite que l'on est venu ! D'abord, parce que
ce pays ne connaîtra plus de taux de croissance à deux chiffres, comme par le
passé. Ensuite, parce que le Brésil reste un pays difficile, procédurier et
bureaucratique, où l'on a souvent besoin d'une armée d'avocats."
L'un
des problèmes récurrent, à écouter les témoignages de patrons français ou
brésiliens, ce sont les dissensions entre les grandes familles qui dominent les
Etats régionaux et le pouvoir central. "Lula n'a pas pu faire la réforme
politique et fiscale dont le Brésil a besoin, analyse Hervé Le Roy. Le pouvoir
des familles est bien trop fort." Leur mépris pour Brasilia est tel que la
capitale politique a écopé d'un surnom : "l'Ile de la fantaisie".
Ces
luttes de pouvoir ont des conséquences néfastes sur le commerce, car chaque
région tente d'attirer l'investissement en essayant de barrer la route à ses
voisines. "Parfois, on bloque nos camions pendant deux jours parce qu'une
administration locale nous reproche de payer nos taxes dans un autre Etat",
déplore Régis Dubrule, fondateur de la chaîne de meubles Tok & Stok.
"Le Brésil, pour nous, c'est 26 Etats, avec autant de régimes fiscaux
différents et de barrières entre chacun d'eux, confirme Jean-Marc Pueyo, patron
de Carrefour-Brésil. La bonne nouvelle, c'est que les taux de TVA vont être
harmonisés dans l'alimentaire, ce qui va ralentir le commerce informel, qui,
dans ce secteur, pèse encore pour la moitié du chiffre d'affaires."
Le
manque d'infrastructures freine aussi le développement de certaines industries.
"Dans la région de Minas Gerais, de nombreuses mines pourraient ouvrir
s'il n'y avait pas ce problème logistique, estime Mario Eugenio Lobato Winter,
l'un des dirigeants de VMB, la filiale brésilienne de Vallourec. Les routes
sont engorgées, et nous n'avons pas assez de voies ferrées." Ricardo
Schaefer concède : "C'est un goulet d'étranglement qui nuit à nos
exportations. Nous allons investir 3,5 milliards d'euros pour construire de
nouvelles routes, et à peu près autant pour créer de nouvelles lignes
ferroviaires."
Un
dernier point tracasse les économistes. Cigales, les Brésiliens n'épargnent
pas. Pas plus qu'ils n'achètent de biens immobiliers. Et quand ils consomment,
c'est à crédit. Ici, on paie une paire de tongs Havaianas en trois fois, et un
plein d'essence à trente jours, avec deux chèques antidatés. Du coup,
l'endettement réel des ménages est important. "Le taux de défaillance des
emprunteurs est élevé, de l'ordre de 12 à 15 %", note Louis Bazire. Pas de
quoi encore provoquer une crise financière.
Parmi les quatre fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), deux d'entre eux, le Brésil et la Chine, ont des relations économiques et financières florissantes, à la fois complémentaires et asymétriques. Mutuellement dépendants, ces deux géants deviennent autant rivaux que partenaires. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La Chine est le premier fournisseur et client du Brésil, dont elle alimente 14 % des échanges. En 2010, le Brésil a augmenté de 60 %, en valeur, ses achats en Chine et de 46 % ses ventes. La balance commerciale est favorable au Brésil, d'environ 5 milliards de dollars. La Chine est le premier acheteur de minerai de fer, de soja et de pétrole (+ 125 % en 2010) brésiliens.
La Chine ne se contente pas d'acheter au Brésil. Elle y est devenue le premier investisseur direct étranger. L'an dernier, ses entreprises d'Etat ont engagé 17 milliards de dollars (12 milliards d'euros) dans des acquisitions totales ou partielles, notamment dans l'énergie, comme l'achat de 40 % de Repsol Brésil par le premier raffineur chinois Sinopec. La Chine lorgne aussi sur les terres agricoles, dans un pays immense qui n'exploite qu'un huitième de ses surfaces cultivables. Le courant d'échanges Chine-Brésil n'est pas un long fleuve tranquille. D'abord parce sa charge est déséquilibrée : le Brésil fournit à la Chine presque exclusivement des produits de base, alors que cette dernière lui vend des biens manufacturés. Le Brésil demande une correction de cette relation "néocoloniale". En investissant massivement au Brésil, la Chine commence à y créer de la richesse et de l'emploi.
Ensuite, parce que le Brésil subit, comme tout le monde, les effets de la sous-évaluation du yuan, conjuguée, dans son cas, à une surévaluation de sa propre monnaie, le real, par rapport au dollar auquel la monnaie chinoise est attelée. La valeur du yuan sera au menu du voyage à Pékin de Dilma Rousseff, à la mi-avril, sa première visite officielle en dehors de l'Amérique du Sud. Mais Brasilia ne souhaite pas en faire un cheval de bataille antichinois. Pourtant, les produits chinois inondent le Brésil. Cette vague déferlante frappe violemment l'industrie locale, non seulement dans l'électronique, le textile, la chaussure ou les jouets, mais aussi dans les machines et les équipements lourds. En 2004, la Chine n'occupait que 2 % de ce marché, elle en possède aujourd'hui 40 %. Une récente enquête du patronat brésilien recense les dégâts. Une entreprise brésilienne sur quatre souffre de la concurrence chinoise. Près de la moitié d'entre elles ont cédé des marchés aux firmes chinoises au Brésil même, et deux sur trois à l'international. La métallurgie et le textile sont les zones les plus sinistrées.
"Tout cela se passe sous notre barbe", pestait déjà l'ex-président Lula. Sa dauphine multiplie les réunions de cabinet consacrées au "problème chinois". Mais le Brésil ne peut transformer la Chine en bouc émissaire de ses propres faiblesses. S'il aimerait lui vendre davantage de produits à forte valeur ajoutée, c'est plus facile à dire qu'à faire. Au-delà du taux de change qui pénalise ses exportations, le Brésil souffre, face à la Chine, d'une série de handicaps, qui, en s'additionnant, génèrent ce qu'on appelle communément "le coût Brésil" : des voies routières insuffisantes ou mal entretenues, des ports et des aéroports saturés, une législation du travail protectrice mais rigide, une fiscalité lourde et complexe, une corruption endémique. L'ambassadeur chinois à Brasilia, Qiu Xiaoqi, conseille aux industriels brésiliens de "renforcer leur compétitivité". Et pour le patron de la chambre de commerce Brésil-Chine, Tang Wei, "les prix brésiliens ne sont concurrentiels dans aucune partie du monde". Pékin se plaint de payer au prix fort les matières premières brésiliennes, en premier lieu le minerai de fer produit par Vale, numéro un mondial du secteur, et parle d'abus de "position dominante". Luo Bing Sheng, l'un des patrons chinois du secteur, annonçait récemment que son industrie voulait produire plus au Brésil pour négocier en meilleure posture les prix du minerai. Soucieuse de moins dépendre de son fournisseur, la Chine a déjà légèrement réduit le volume de ses achats, et elle développe son implantation ailleurs, notamment en Afrique. Le Brésil se plaint aussi. Il déplore qu'au nom de la protection d'intérêts prétendument stratégiques la Chine limite, par exemple, la capacité de production de son avionneur Embraer. Il dénonce des pratiques commerciales déloyales, comme la "triangulation" qui permet à la Chine de vendre en Amérique du Sud des produits affublés de faux certificats d'origine. Au-delà du commerce, Brasilia souhaite nouer avec Pékin un partenariat global et une coopération bilatérale à long terme dignes de deux colosses émergents. En attendant, le Brésil refuse d'honorer la promesse de Lula, en 2004, de concéder à la Chine le statut d'une "économie de marché" qui lui permettrait d'échapper aux mesures antidumping auxquelles recourt son partenaire. Pékin juge cet atermoiement "lamentable ". Sur l'échiquier planétaire, les futures parties seront serrées entre ces deux nouveaux grands.
langellier@lemonde.fr
Jean-Pierre Langellier (Rio de Janeiro, correspondant régional) Article paru dans l'édition du 16.03.11