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mardi 6 novembre 2012

Os países que vão dominar o varejo mundial em 2022

 
Relatório da Economist Intelligence Unit aponta que China vai passar Estados Unidos e Brasil será o sexto maior mercado para o setor
 

Estados Unidos devem perder para a China o primeiro lugar no ranking do varejo global
São Paulo – O valor do mercado global de varejo deve passar de 17,011 trilhões de dólares nesse ano para 33,472 trilhões de dólares em 2022. O número é do relatório “Retail 2022”, produzido pela Economist Intelligence Unit, unidade de pesquisas do grupo que publica a revista The Economist
Segundo o estudo, três categorias vão ajudar a impulsionar esse resultado: e-commerce (comércio por qualquer meio eletrônico), m-commerce (vendas feitas por meio de smartphones) e s-commerce (vendas por meio de redes sociais). 
Com o crescimento do mercado de varejo global, alguns países vão se destacar. O estudo aponta, por exemplo, que a China deve passar os Estados Unidos e virar o maior mercado global no setor. Já o Brasil deve ocupar o sexto lugar do ranking em 2022.
Confira os seis países que vão dominar o varejo global em 2022, segundo Economist Intelligence Unit.

1º – China
O mercado de varejo na China deve terminar o ano de 2012 valendo cerca de 2,311 trilhões de dólares, abaixo do valor do mercado nos Estados Unidos, de 3,389 trilhões. O país asiático, porém, pode passar o mercado americano já em 2016 e se fixar como maior mercado global para o varejo em 2022, quando a projeção é que o valor do setor chegue a 8,345 trilhões de dólares. 
As mudanças na China abrem espaço especialmente para o segmento de luxo. O estudo apontou que o mercado chinês nesse setor deve passar o Japão como maior do mundo já em 2013.
2º – Estados Unidos
Atualmente, esse é o maior mercado varejista no mundo e deve fechar o ano valendo 3,389 trilhões de dólares. Mesmo perdendo o posto para a China em 2016, o mercado americano continuará crescendo.
A expectativa é que o setor varejista no país termine 2016 com um valor de 3,961 trilhões de dólares e passe em 2022 para 4,470 trilhões de dólares.

3º - Índia
Atualmente, o mercado da Índia é, em volume financeiro, menor que o da China, Estados Unidos e Japão. O país deve, porém, passar o mercado japonês em 2022 e ficar no terceiro lugar do ranking. 
A expectativa é que o varejo indiano termine o ano de 2012 valendo 845 bilhões de dólares, mas passe para 1,877 trilhão de dólares em 2016 e 3,822 trilhões de dólares em 2022.

4º - Japão
Entre os seis maiores mercados de varejo, o japonês é o único que tem previsão de encolher entre esse ano e 2022, segundo os dados da Economist Intelligence Unit.
A expectativa é que o setor termine com valor de 1,691 trilhão de dólares neste ano, passando para 1,496 trilhão de dólares em 2016. Em 2022, o varejo japonês deve se recuperar um pouco e alcançar 1,628 trilhão de dólares. O valor ainda é menor que o esperado para este ano, mas ajudará o país a se manter no 4º lugar do ranking, com pouca vantagem em relação ao quinto mercado, o russo.

5º - Rússia
O varejo na Rússia deve terminar o ano em 658 bilhões de dólares, passando para 932 bilhões de dólares em 2016. Em 2022, a tendência é que o setor alcance 1,482 trilhão de dólares.

6º - Brasil
O país já está entre os principais mercados de grandes empresas globais e o valor do mercado de varejo deve passar a marca de 1 trilhão de dólares em breve.
O estudo apontou que o setor no Brasil deve fechar o ano valendo 500 bilhões de dólares, valor que pode passar para 768 bilhões de dólares em 2016, e 1,155 trilhão de dólares em 2022.


mercredi 25 avril 2012

l'éblouissant Brésil


Brésil, l'eldorado français

Charles-Emmanuel Haquet envoyé spécial à Brasilia - publié le 01/04/2010

Soif de consommation, besoin d'infrastructures, croissance soutenue... Des grands groupes aux PME, la ruée française vers l'immense et très porteur marché brésilien ne fait que commencer.


Rio de Janeiro
REUTERS/Bruno Domingos
Les brésiliens...
Population : 192 millions d'habitants
PIB 2008 : 1 189,5 milliards d'euros
Revenu par habitant 2008 : 5 422 euros
Samedi matin, au Center Norte, l'un des paradis du shopping de Sao Paulo. Des familles se pressent dans les boutiques. Les bras sont chargés de sacs, les mines, réjouies. Ici, le shopping, c'est la sortie du week-end. On fait du lèche-vitrines, on déjeune au restaurant, sous l'?il impavide de vigiles. Si l'on veut comprendre l'essor du Brésil, c'est là qu'il faut aller. On y voit défiler la classe moyenne pauliste, celle qui, depuis quelques années, tire la consommation intérieure. "En quinze ans, elle est passée de 32 à 52 % de la population", commente Dominique Maupin, chef de la Mission économique de Sao Paulo.
Il est là, le miracle brésilien, et c'est certainement ce que l'on retiendra des années Lula. En lançant des mesures sociales à grande échelle, comme la bolsa familia (aide financière conditionnée à la scolarisation des enfants), le président brésilien a sorti de la pauvreté 32 millions de ses concitoyens, soit la population du Canada. Autant de nouveaux consommateurs qui ont désormais accès au crédit, et qui ne demandent qu'à dépenser.
Les grands groupes français ne s'y sont pas trompés. Pratiquement tout le CAC 40 vient faire ses emplettes au Brésil. En avril 2009, le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis acquiert le n° 1 brésilien des médicaments génériques, renforçant sa position de leader local ; à la mi-novembre, Vivendi prend le contrôle de l'opérateur téléphonique GVT. Alstom, GDF Suez, Casino, Vallourec - qui construit une seconde usine -, Technip, Louis-Dreyfus ou Bonduelle s'activent. Nos géants du luxe ne sont pas en reste : Hermès s'est rendu compte que le PIB de Sao Paulo était supérieur à celui de l'Argentine. Le maroquinier a ouvert une boutique l'an dernier dans le plus luxueux centre commercial de la ville, Cidade Jardim, comme la marque de maillots de bain Vilebrequin, présente dans le mall Iguatemi. Quant à Louis Vuitton, il a ouvert une cinquième boutique à Brasilia.

Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat française chargée du Commerce extérieur.
"Notre part de marché au Brésil progresse. Nos entreprises effectuent plus d'investissements directs dans ce pays qu'en Chine."

Les PME suivent le mouvement. "Elles accourent ! On a recensé 455 demandes d'information en 2009, contre 253 deux ans plus tôt", précise Louis Bazire, patron de BNP Paribas-Brasil et de la chambre de commerce franco-brésilienne. Confirmation de Dominique Maupin : "L'an dernier, nous avons organisé, pour les PME françaises, quatre fois plus de missions de prospection qu'en 2006."
Pourquoi le Brésil ? Parce que ce pays plaît. Il aiguise les appétits et rassure les investisseurs. "Les dépenses publiques et l'inflation sont maîtrisées. Le Brésil n'est plus ce pays "pas sérieux" dont parlait de Gaulle. Ses fondamentaux sont sains, il donne confiance", résume Jean-Claude Lenoir, président du groupe d'amitié France-Brésil à l'Assemblée.
Le "pays d'avenir" a émergé, après avoir été longtemps le seul "Bric" (Brésil, Russie, Inde, Chine) dont on ne parle pas, restant dans l'ombre des mastodontes chinois et indien. C'est que le géant vert a mis du temps à se stabiliser.

Miguel Jorge, ministre du Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur
"Les Français, sixièmes investisseurs au Brésil, peuvent occuper une meilleure place. Ils sont moins agressifs que les Allemands ou les Suédois."

Tout juste sorti de vingt ans de dictature militaire, en 1985, le Brésil traverse une terrible période d'inflation - jusqu'à 2 800 % pour la seule année 1990 ! Dans la filiale brésilienne de Saint-Gobain, les ouvriers préféraient se faire payer en paniers de nourriture, tant la monnaie se dépréciait vite. Il faudra l'énergique plan Real du président Cardoso, en 1994, pour que la situation se stabilise. Mais l'épisode a traumatisé le pays. Plus question de laisser l'inflation filer au-dessus de 5 %. D'où la tendance des gouvernements suivants à "pousser" les taux d'intérêt lorsque les prix flambent. Ce qui pose, tout de même, quelques problèmes aux investisseurs. Car l'argent coûte cher, au Brésil.
"Pour financer la construction de notre Club Med, à Buzios, le Saint-Tropez brésilien, notre partenaire immobilier a préféré vendre les 375 chambres à des particuliers, autour de 100 000 euros l'une, plutôt que d'emprunter à des taux prohibitifs (entre 12 et 15 %)", explique Janick Daudet, qui dirige le Club Med en Amérique latine.


Lorsque Lula arrive au pouvoir, les élites craignent le pire. Pensez, un ancien syndicaliste, issu des couches pauvres de la population, dont on ne connaît pas vraiment les intentions. Mais les marchés se rassurent vite. Lula reste "dans les clous" de son prédécesseur. Début 2007, il lance un ambitieux plan d'investissement dans les infrastructures, le PAC - plan d'accélération de la croissance. D'ailleurs, celle-ci décolle : presque 6 % en 2008.
La crise casse la dynamique... pour quelques mois (fin 2008-début 2009). "L'Etat brésilien l'a particulièrement bien gérée, relate Hervé Le Roy, chef de la mission économique à l'ambassade de France. Il a notamment abaissé l'impôt sur la production industrielle, ce qui a stimulé la consommation." Carton plein : l'industrie automobile réalise en 2009 l'une des meilleures années de son histoire (+ 11,4 %). Et le taux de croissance du pays reste positif, avec un PIB en hausse de 0,2 % en 2009. De quoi donner de la superbe à ce pays neuf sur la scène internationale. "Je suis frappée par la puissance du Brésil dans les derniers dialogues multilatéraux, que ce soit à l'OMC, à Copenhague ou au G20", commente Anne-Marie Idrac. La secrétaire d'Etat au Commerce extérieur aime aussi évoquer la "lune de miel" entre les présidents Lula et Sarkozy.
Cette entente ne date d'ailleurs pas d'hier. Au XIXe siècle, la France était très prisée des élites brésiliennes. La langue de Molière a même failli devenir officielle. Et, dans les années 60, le français était obligatoire à l'école. "Je l'ai appris quand j'étais enfant, témoigne le ministre du Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur, Miguel Jorge. A l'époque, les Français étaient encore très présents. Je roulais même en Renault Gordini." Et puis l'influence française s'est estompée. Seuls quelques mots, comme boulevard, abajurou rendez-vous, ont survécu dans la langue brésilienne.
Ces liens historiques, le président français fait tout pour les renforcer. Il soutient la candidature du Brésil au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'organisation des jeux Olympiques de 2016 - décrochés par Rio de Janeiro. Il signe un partenariat stratégique avec son homologue Lula, notamment en matière de défense et d'espace, il consent d'importants transferts de technologie. En octobre prochain, les deux présidents inaugureront ensemble le pont d'Oyapock, qui enjambera le fleuve qui marque la frontière entre la Guyane française et l'Etat brésilien de l'Amapa.
Ce lien symbolique aura toutefois moins d'impact, sur le plan économique, que le groupe de haut niveau créé l'an dernier et qui rassemble une vingtaine de grandes entreprises françaises et brésiliennes. Parmi elles, Accor, Rhodia, EADS, Alstom, Areva, et, côté brésilien, Embraer, ETH, Vale ou GV Agro. "Nous voulons faire émerger des projets transversaux, explique Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez et président de la délégation hexagonale, sur des thèmes comme le financement d'infrastructures, la recherche et le développement, la formation technique ou la coopération en Afrique. Ce groupe permet aussi de tisser des liens avec nos homologues brésiliens."


L'imposante classe C... comme Consommation
Avec 32 millions de nouveaux consommateurs en quelques années,le marché intérieur brésilien se porte bien, en grande partie grâce aux mesures sociales du président Lula, qui ont permis l'émergence d'une vraie classe moyenne, dite C. Car, au Brésil, la société se divise en cinq grandes catégories :
- Classe A et B : les riches, disposant de plus de 1 900 euros mensuels ;
- Classe C : la classe moyenne (439 à 1 900 euros par mois) ;
- Classe D : les pauvres (317 euros mensuels) ;
- Classe E : les exclus (moins de 317 euros par mois).
En 2002, les classes D et E représentaient 43 % de la population, et la classe C, 44 %. Six ans plus tard, les classes D et E ne constituent plus que 32,5 %, et la classe C a grimpé à 52 %. Le miracle brésilien, c'est ce glissement vertueux qui fait briller les yeux de nos grandes enseignes, dont la plupart se positionnent sur les segments A, B et C.



Ces efforts vont-ils renforcer la présence française sur le sol brésilien ? Ce serait souhaitable, car la France ne joue pas encore dans ce pays le rôle auquel elle pourrait prétendre. "Il est vrai que les investissements français ne sont pas à la hauteur des liens que nos pays entretiennent", constate Ricardo Schaefer, directeur d'Apex-Brasil, l'agence de promotion nationale pour le commerce et l'investissement. La part de la France dans les flux d'investissements directs n'est que de 6,5 %, ce qui la place en sixième position. Soit une "part de marché" de 2,83 % en 2009, contre 7,73 % pour l'Allemagne. "Mais nos investissements sont en progression", nuance Dominique Maupin, qui note que "le rendement d'un investissement réalisé au Brésil par des Français est en moyenne deux fois supérieur à celui d'un investissement effectué ailleurs". Ce qui valide l'idée qu'au Brésil, où les taxes à l'importation sont élevées, il est préférable de s'implanter "en dur" plutôt que de se cantonner à des activités d'import-export classiques.
Mais attention, personne n'a dit que le Brésil était un pays de cocagne, avertit Yves Saint-Geours, l'ambassadeur de France à Brasilia. "On ne vient pas ici pour faire des profits rapides et s'en aller aussi vite que l'on est venu ! D'abord, parce que ce pays ne connaîtra plus de taux de croissance à deux chiffres, comme par le passé. Ensuite, parce que le Brésil reste un pays difficile, procédurier et bureaucratique, où l'on a souvent besoin d'une armée d'avocats."
L'un des problèmes récurrent, à écouter les témoignages de patrons français ou brésiliens, ce sont les dissensions entre les grandes familles qui dominent les Etats régionaux et le pouvoir central. "Lula n'a pas pu faire la réforme politique et fiscale dont le Brésil a besoin, analyse Hervé Le Roy. Le pouvoir des familles est bien trop fort." Leur mépris pour Brasilia est tel que la capitale politique a écopé d'un surnom : "l'Ile de la fantaisie".
Ces luttes de pouvoir ont des conséquences néfastes sur le commerce, car chaque région tente d'attirer l'investissement en essayant de barrer la route à ses voisines. "Parfois, on bloque nos camions pendant deux jours parce qu'une administration locale nous reproche de payer nos taxes dans un autre Etat", déplore Régis Dubrule, fondateur de la chaîne de meubles Tok & Stok. "Le Brésil, pour nous, c'est 26 Etats, avec autant de régimes fiscaux différents et de barrières entre chacun d'eux, confirme Jean-Marc Pueyo, patron de Carrefour-Brésil. La bonne nouvelle, c'est que les taux de TVA vont être harmonisés dans l'alimentaire, ce qui va ralentir le commerce informel, qui, dans ce secteur, pèse encore pour la moitié du chiffre d'affaires."
Le manque d'infrastructures freine aussi le développement de certaines industries. "Dans la région de Minas Gerais, de nombreuses mines pourraient ouvrir s'il n'y avait pas ce problème logistique, estime Mario Eugenio Lobato Winter, l'un des dirigeants de VMB, la filiale brésilienne de Vallourec. Les routes sont engorgées, et nous n'avons pas assez de voies ferrées." Ricardo Schaefer concède : "C'est un goulet d'étranglement qui nuit à nos exportations. Nous allons investir 3,5 milliards d'euros pour construire de nouvelles routes, et à peu près autant pour créer de nouvelles lignes ferroviaires."
Un dernier point tracasse les économistes. Cigales, les Brésiliens n'épargnent pas. Pas plus qu'ils n'achètent de biens immobiliers. Et quand ils consomment, c'est à crédit. Ici, on paie une paire de tongs Havaianas en trois fois, et un plein d'essence à trente jours, avec deux chèques antidatés. Du coup, l'endettement réel des ménages est important. "Le taux de défaillance des emprunteurs est élevé, de l'ordre de 12 à 15 %", note Louis Bazire. Pas de quoi encore provoquer une crise financière.

jeudi 28 avril 2011

Le Brésil et la Chine, rivaux et partenaires, Le Monde.fr, 15/03/2011

édition du 15/03/2011


Parmi les quatre fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), deux d'entre eux, le Brésil et la Chine, ont des relations économiques et financières florissantes, à la fois complémentaires et asymétriques. Mutuellement dépendants, ces deux géants deviennent autant rivaux que partenaires. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La Chine est le premier fournisseur et client du Brésil, dont elle alimente 14 % des échanges. En 2010, le Brésil a augmenté de 60 %, en valeur, ses achats en Chine et de 46 % ses ventes. La balance commerciale est favorable au Brésil, d'environ 5 milliards de dollars. La Chine est le premier acheteur de minerai de fer, de soja et de pétrole (+ 125 % en 2010) brésiliens.

La Chine ne se contente pas d'acheter au Brésil. Elle y est devenue le premier investisseur direct étranger. L'an dernier, ses entreprises d'Etat ont engagé 17 milliards de dollars (12 milliards d'euros) dans des acquisitions totales ou partielles, notamment dans l'énergie, comme l'achat de 40 % de Repsol Brésil par le premier raffineur chinois Sinopec. La Chine lorgne aussi sur les terres agricoles, dans un pays immense qui n'exploite qu'un huitième de ses surfaces cultivables.
Le courant d'échanges Chine-Brésil n'est pas un long fleuve tranquille. D'abord parce sa charge est déséquilibrée : le Brésil fournit à la Chine presque exclusivement des produits de base, alors que cette dernière lui vend des biens manufacturés. Le Brésil demande une correction de cette relation "néocoloniale". En investissant massivement au Brésil, la Chine commence à y créer de la richesse et de l'emploi.

Ensuite, parce que le Brésil subit, comme tout le monde, les effets de la sous-évaluation du yuan, conjuguée, dans son cas, à une surévaluation de sa propre monnaie, le real, par rapport au dollar auquel la monnaie chinoise est attelée. La valeur du yuan sera au menu du voyage à Pékin de Dilma Rousseff, à la mi-avril, sa première visite officielle en dehors de l'Amérique du Sud. Mais Brasilia ne souhaite pas en faire un cheval de bataille antichinois.
Pourtant, les produits chinois inondent le Brésil. Cette vague déferlante frappe violemment l'industrie locale, non seulement dans l'électronique, le textile, la chaussure ou les jouets, mais aussi dans les machines et les équipements lourds. En 2004, la Chine n'occupait que 2 % de ce marché, elle en possède aujourd'hui 40 %.
Une récente enquête du patronat brésilien recense les dégâts. Une entreprise brésilienne sur quatre souffre de la concurrence chinoise. Près de la moitié d'entre elles ont cédé des marchés aux firmes chinoises au Brésil même, et deux sur trois à l'international. La métallurgie et le textile sont les zones les plus sinistrées.

"Tout cela se passe sous notre barbe", pestait déjà l'ex-président Lula. Sa dauphine multiplie les réunions de cabinet consacrées au "problème chinois". Mais le Brésil ne peut transformer la Chine en bouc émissaire de ses propres faiblesses. S'il aimerait lui vendre davantage de produits à forte valeur ajoutée, c'est plus facile à dire qu'à faire. Au-delà du taux de change qui pénalise ses exportations, le Brésil souffre, face à la Chine, d'une série de handicaps, qui, en s'additionnant, génèrent ce qu'on appelle communément "le coût Brésil" : des voies routières insuffisantes ou mal entretenues, des ports et des aéroports saturés, une législation du travail protectrice mais rigide, une fiscalité lourde et complexe, une corruption endémique.
L'ambassadeur chinois à Brasilia, Qiu Xiaoqi, conseille aux industriels brésiliens de "renforcer leur compétitivité". Et pour le patron de la chambre de commerce Brésil-Chine, Tang Wei, "les prix brésiliens ne sont concurrentiels dans aucune partie du monde". Pékin se plaint de payer au prix fort les matières premières brésiliennes, en premier lieu le minerai de fer produit par Vale, numéro un mondial du secteur, et parle d'abus de "position dominante".
Luo Bing Sheng, l'un des patrons chinois du secteur, annonçait récemment que son industrie voulait produire plus au Brésil pour négocier en meilleure posture les prix du minerai. Soucieuse de moins dépendre de son fournisseur, la Chine a déjà légèrement réduit le volume de ses achats, et elle développe son implantation ailleurs, notamment en Afrique.
Le Brésil se plaint aussi. Il déplore qu'au nom de la protection d'intérêts prétendument stratégiques la Chine limite, par exemple, la capacité de production de son avionneur Embraer. Il dénonce des pratiques commerciales déloyales, comme la "triangulation" qui permet à la Chine de vendre en Amérique du Sud des produits affublés de faux certificats d'origine.
Au-delà du commerce, Brasilia souhaite nouer avec Pékin un partenariat global et une coopération bilatérale à long terme dignes de deux colosses émergents. En attendant, le Brésil refuse d'honorer la promesse de Lula, en 2004, de concéder à la Chine le statut d'une "économie de marché" qui lui permettrait d'échapper aux mesures antidumping auxquelles recourt son partenaire. Pékin juge cet atermoiement "lamentable ". Sur l'échiquier planétaire, les futures parties seront serrées entre ces deux nouveaux grands.

langellier@lemonde.fr

Jean-Pierre Langellier (Rio de Janeiro, correspondant régional) Article paru dans l'édition du 16.03.11