Au Minas Gerais, les "mineiros" font le tour du monde… en gondoles
Le Minas Gerais est l’État du Brésil le plus consommateur de produits importés en supermarchés, jusqu’à 30% du chiffre d’affaires pour certains. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.
Le mineiro (habitant du Minas Gerais) est considéré comme le consommateur le plus traditionnel et le plus difficile du Brésil – notamment pour son côté économe – malgré son appartenance au deuxième État le plus riche du pays après celui de São Paulo.
C’est la raison pour laquelle, historiquement, de très nombreux produits de consommation sont d’abord lancés dans cet État pour faire leurs preuves avant d’être diffusés nationalement.
Pourtant, sa réticence légendaire à mettre la main au portefeuille ne l’empêche plus de succomber aux tentations des saveurs importées.
En dix ans, la part des produits importés en supermarché est passée de 1 à 5% et a enregistré, entre 2008 et 2010, une hausse de 42% du chiffre d'affaires annuel (14 milliards de réais, 6 milliards d'euros, source Association Mineira de Supermarchés, AMIS).
Une diversité de choix qui change les habitudes de consommation
Qui eut pensé que « churrasco » (barbecue) du week-end, templo sacro-saint du brésilianisme, puisse revêtir à ce point des airs de « gringo » ? Viande argentine, sauces américaines et bières belges, allemandes ou mexicaines... même le tradicionnel riz aux haricots (« arroz com feijão ») peut venir d’Espagne avec des épices asiatiques.
Le consommateur brésilien est généralement infidèle aux marques et toujours prêt à tenter autre chose, surtout si les prix parlent.
Avec la croissance des importations, la concurrence entre ces produits commence à empiéter sur le terrain des produits nationaux (notamment les pâtes, le sel, les confitures, l’huile, et certaines boissons).
Dans les chaînes qui misent sur la différenciation, des couloirs entiers sont créés pour exposer des produits allant jusqu’à 40 pays différents.
La chaîne Verdemar, supermarchés de produits fins, est celle qui a ouvert le plus de filiales à Belo Horizonte ces trois dernières années, ainsi que la chaîne Super Nosso.
Avec la croissance économique des fameuses classes C et D, même les chaînes de supermarchés populaires et traditionnels ressentent cette tendance. Chez Pão de Açucar (filiale de Casino, leader du segment hypermarchés), le secteur des importés s’est accru de 30% depuis l’an dernier.
Naturellement, la dévalorisation du Dollar et de l’Euro, la force du Real et la faiblesse du marché européen accentuent la tendance.
Certains supermarchés vont jusqu’à proposer 40% de leur offre en produits importés qui sont, dans certains cas, moins chers ou équivalents aux produits nationaux. Et ceci malgré les taxes et autres frais d’importation qui augmentent considérablement les coûts.
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