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mardi 18 décembre 2012

Dilma Rousseff appelle les entreprises françaises à investir au Brésil

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La présidente brésilienne Dilma Rousseff et le ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg (D). Paris, le 12 décembre 2012.
REUTERS/Jacky Naegelen

Deuxième jour de la visite à Paris de Dilma Rousseff. La présidente brésilienne s'est rendue ce mercredi matin 12 décembre au siège du Medef, le patronat français. Dilma Rousseff a appelé les entreprises françaises à investir dans son pays et plaidé pour un partenariat renforcé.
Pour le Medef, ce sont 450 entreprises françaises qui ont choisi de surfer sur la vague brésilienne. Contrats, investissements, transferts de technologies, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, invite maintenant les Brésiliens à venir en France. « Nous souhaitons que les entreprises brésiliennes se servent de la France comme tête de pont du plus grand marché européen », a déclaré le ministre.
Le marché européen, débouché pour les produits brésiliens, des intérêts croisés pour un partenariat équilibré qu’appelle de ses vœux la présidente Dilma Rousseff : « Nous savons qu’il y a encore du potentiel à explorer entre nos deux pays. D’ailleurs le Brésil lui aussi a augmenté ses investissements en France. Je suis certaine que la coopération peut constituer un mécanisme contre la crise, mais nous devons rééquilibrer nos échanges pour combler notre déficit commercial, et diversifier la liste des produits brésiliens à l’exportation. Le Brésil ne doit plus seulement exporter des matières premières, mais aussi des produits manufacturés. »
Devant le patronat français, la présidente brésilienne a appelé à un effort de compétitivité de la part des entreprises brésiliennes et a plaidé pour une économie nationale « flexible » et « débarrassée » de la bureaucratie.
Critique des politiques d'austérité
L’élue du Parti des travailleurs (PT) a aussi répété ses critiques contre les politiques d'austérité menées en Europe.

Dilma Rousseff
Présidente du Brésil
« L’austérité, à elle seule, provoque plus de récessions, plus de chômage, c’est important de le reconnaître »


Dilma Rousseff vient «vendre» le Brésil à Paris

La présidente brésilienne Dilma Rousseff rencontre le président français François Hollande, ce mardi 11 décembre 2012
La présidente brésilienne Dilma Rousseff rencontre le président français François Hollande, ce mardi 11 décembre 2012
Roberto Stuckert Filho/PR

Par Myriam Berber
Dilma Rousseff est en visite en France. La présidente brésilienne rencontre le président François Hollande, ce mardi 11 décembre 2012, avant de se rendre au siège de l'organisation patronale Medef, demain mercredi 12. Il devrait être question du contrat des Rafales que les Français tentent de vendre depuis des années aux Brésiliens, mais ce ne sera pas le seul sujet.

François Hollande et la présidente Dilma Rousseff ouvrent dès ce mardi un forum à l'initiative de la fondation Jean-Jaurès et de l'Institut Lula, qui a pour thème « Choisir la croissance, sortir de la crise ». Et sur cette question, ils devraient tomber d’accord. Les deux dirigeants partagent le même point de vue sur l'austérité imposée par Berlin et par les marchés financiers à l'Union européenne. Ils estiment, en effet, que la rigueur n'est pas la seule réponse à la crise, puisqu'elle conduit notamment à un appauvrissement des classes moyennes, comme c'est le cas, de manière flagrante, en Grèce, en Espagne et en Italie, mais aussi dans les pays émergents, qui n'en finissent pas de subir la crise en zone euro.
La croissance brésilienne est en berne : seulement 0,6% pour le troisième trimestre 2012 quand le gouvernement brésilien attendait 1%. Le Brésil souffre des conséquences de la crise de la zone euro. Mais malgré la récession mondiale, il y a encore de bonnes affaires à conclure dans ce pays. Et les Français l'ont bien compris, puisque 500 entreprises tricolores sont aujourd’hui installées au Brésil. Elles y emploient plus de 500 000 personnes. Une quarantaine d’entreprises du CAC 40 y sont également implantées, dans l’automobile, avec Renault, Citroën et Michelin, dans la distribution avec la Fnac et Carrefour et dans le secteur de l’énergie avec les groupe Suez et Alstom.
Défense: des partenariats stratégiques
Ce voyage à Paris de Dilma Rousseff devrait marquer le début d’une plus grande intégration économique entre les deux pays. Les échanges entre la France et le Brésil, le premier partenaire commercial de la France en Amérique latine, ne cessent d’augmenter. Au cours des cinq dernières années, le volume des échanges entre ces deux pays est passé de 3 milliards d'euros en 2004 à près de 7,5 milliards d’euros en 2011. La France est le neuvième fournisseur du Brésil avec 2,7% de part de marché. Elle achète traditionnellement des produits agro-alimentaires, du soja et de plus en plus de biens industriels. Elle exporte vers le Brésil des biens d’équipements, notamment dans l’automobile, l’aéronautique et bien sûr la défense.
Côté défense, cet axe franco-brésilien est, en effet, majeur. La coopération qui lie les deux pays s’est concrétisée via deux partenariats stratégiques. Dans le domaine naval, la France a signé pour la construction de quatre sous-marins Scorpène, réalisés au Brésil, avec à la clé un transfert de technologie. Le second volet de ce programme prévoit la construction de sous-marins à propulsion nucléaire. Dans le domaine aérien, cette coopération franco-brésilienne prévoit la construction d'une chaine d’hélicoptères de transports militaires. Et de son côté, l’avionneur français Dassault n'a jamais perdu espoir de remporter l'appel d'offres pour la vente de 36 avions de combat. Cet avion, le Rafale, est en concurrence avec le F18 de l'américain Boeing et le Gripen du suédois Saab pour un contrat évalué à 4,5 milliards d’euros.
La France, le cinquième investisseur
Cette relation économique entre les deux pays est également très importante en termes d'investissements. Malgré la crise, les engagements financiers français au Brésil sont plus importants que les investissements chinois et russes cumulés. Paris est aujourd’hui le cinquième investisseur avec un encours de plus de 21,5 milliards d’euros en 2010, derrière les Etats-Unis, les Pays-Bas et l’Espagne.
Mais si la sixième économie mondiale se présente aujourd’hui comme un pays d’accueil pour les investissements étrangers, le pays reste handicapé par un système fédéral très complexe. Et si le Brésil s’est développé rapidement, les infrastructures n’ont pas toujours suivi. La fiscalité est une véritable usine à gaz. Il y a un empilement des systèmes fiscaux locaux, régionaux et nationaux qui compliquent la vie des entrepreneurs. Ces différentes questions nécessitent des réformes. Le gouvernement de Dilma Rousseff en est conscient et fait le nécessaire pour changer la situation, notamment sur ce plan de la fiscalité.

mercredi 7 novembre 2012

L’économie brésilienne en perte de vitesse



06/03/2012 | Thierry Ogier.

Le temps se couvre. La croissance brésilienne n’a atteint que 2,7% l’an dernier. Pas si mal en apparence. Mais elle a néanmoins traversé 2011 en chute libre. Le gouvernement tente de riposter pour mieux rebondir cette année. Et entend « se protéger » contre les politiques de « dévaluations compétitives » de ses partenaires internationaux. La partie n’est pas gagnée d’avance. 


Port de Rio de Janeiro. Photo S.O

Après avoir frôlé la surchauffe en 2010, l’économie brésilienne a pris un coup de froid l’an dernier. Pas méchant, mais assez sérieux pour qu’on s’y arrête. Le produit intérieur brut (PIB) a atteint le montant d’environ 2500 milliards de dollars et a enregistré une croissance de 2,7%. Un chiffre jugé décevant. En fait, la croissance a subi une chute continue tout au long de 2011. D’abord pour freiner les pressions inflationistes, puis en raison de la recrudescence de la crise de la dette souveraine en Europe.


Evolution de la croissance brésilienne en 2011
Source : IBGE
En définitive, le ralentissement a été beaucoup plus significatif que prévu. C’est l’industrie qui semble avoir payé le plus lourd tribut (+1,6% seulement). Pour le gouvernement, cela confirme ce que l’on craignait déjà. Le secteur de l’industrie de transformation, là où l’on enregistre la plus forte valeur ajoutée, est en perte de vitesse, voire menacé. Dilma Rousseff évoque à son tour la « désindustrialisation »... 

Riposte à la « guerre des monnaies »
Le gouvernement a trouvé la riposte et a relancé une offensive sur le front de « la guerre des monnaies », cette pratique de dévaluation compétitive en vogue aux Etats-Unis, dans l’Union Européenne et au Japon, que la présidente brésilienne a taxé de « dévaluation artificielle » lors de sa visite en Allemagne cette semaine.
« Nous avons été surpris par la détérioration de la crise internationale au second semestre [de 2011] et par ses conséquences sur l’industrie brésilienne », a affirmé le ministre brésilien des Finances Guido Mantega dans une conférence avec la presse étrangère mardi. Selon lui, il y a deux effets pervers. L’industrie brésilienne est dépassée par des importations moins chères et perd du terrain face à ses concurrents internationaux ; et l’afflux massif de capitaux risque d’alimenter de nouvelles bulles financières, ce qui serait le prélude à de nouvelles crises. Attention, danger !

Le protectionisme en question
Face à cette menace, le gouvernement a déjà pris plusieurs mesures d’ordre technique pour enrayer la valorisation du Real, qui handicape la compétitivité de plusieurs secteurs industriels. Mais c’est surtout en matière de commerce extérieur que le Brésil a durci sa position : surtaxe sur les importations de véhicules asiatiques, remise en question de l’accord commercial avec le Mexique. Des mesures de « sauvegarde » sont également à l’étude dans le secteur textile.
Angela Merkel, la chancelière allemande, n’a pas hésité à évoquer des « mesures protectionnistes unilatérales » lors de sa rencontre avec Dilma Rousseff. Le ton monte... Pour Guido Mantega, il s’agit simplement de « protéger le Brésil contre des pratiques abusives de la part de pays qui sont prêts à faire n’importe quoi pour exporter ».
« L’Allemagne et le Japon, dit il, feraient mieux de stimuler leurs propres marchés de la consommation ». En attendant, le ministre brésilien des Finances compte sur le dynamisme de son propre marché intérieur de près de 200 millions d’habitants. Et table sur un réveil de la croissance qui devrait atteindre 4,5% cette année. Des prévisions toujours à prendre avec des princettes.
Car pour que le Brésil retrouve vraiment la voie d’une croissance équilibrée, il faudrait aussi que l’investissement et l’épargne repartent à la hausse, alors que leurs taux se sont légèrement repliés l’an dernier, à 19,3% et 17,2% respectivement.

mercredi 29 août 2012

Brésil : des opportunités à saisir pour les PME

Bruno Askenazi

En pleine croissance, le pays a besoin des produits et des technologies étrangères. Autant de marchés à prendre pour les entreprises françaises. Mais les obstacles restent nombreux.
Le Brésil est tendance. Jamais les PME françaises ne se sont autant passionnées pour ce vaste pays de 193 millions d’habitants. Une vraie ruée vers l’or pour des entreprises de toute taille, rodées à l’exportation ou novices à l’international. Celles qui se sont cassées les dents en Chine espèrent aussi trouver du côté de Sao Paulo ou de Rio des débouchés plus profitables. Mais en réalité, s’il offre de nombreuses opportunités de business, le Brésil présente de sérieuses contraintes dont doivent tenir compte les candidats à l’export.
Une économie en plein essor

Si ce grand pays émergent attire autant, c’est d’abord grâce à son insolente santé économique. En 2010, l’Etat lusophone a enregistré un PIB en croissance de 7,7 % et table sur 4,6 % de mieux cette année. Grâce à la manne pétrolière, les caisses brésiliennes sont pleines avec une réserve de change estimée à 289 milliards de dollars, cinq fois plus que son voisin argentin. Des capacités financières qui permettent d’investir massivement dans de grands projets d’infrastructures (routes, aéroports, ferroviaire, ports…). Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, la classe moyenne s’est développée significativement, surtout dans les régions de Rio et Sao Paulo. Grâce aux aides sociales du programme Bolsa Familia, lancé par l’ancien président Lula, 10 millions de brésiliens ne vivent plus en dessous du seuil de pauvreté.
Un terrain fertile de partenariats

Les entreprises locales ne peuvent pas à elles seules répondre à ce boom économique sans précédent. Des marchés s’ouvrent pour les compagnies étrangères y compris des PME. Dans la grande consommation, le Brésil est le troisième marché mondial de la cosmétique et il pèse 70 % des ventes des produits de luxe en Amérique latine. L’agriculture et l’industrie agroalimentaire ont également besoin d’améliorer leur productivité et investissent en matériel et en technologie pour s’adapter aux normes européennes. « Pour les PME, c’est dans la sous-traitance automobile, l’aéronautique, l’industrie mécanique, le pétrole et le para-pétrolier que les opportunités sont les plus nombreuses avec éventuellement des transferts de technologie sous forme de JV, souligne Boris Lechevalier, responsable à Sao Paulo de Altios International, une société d’accompagnement à l’export. La présence de grands leaders mondiaux brésiliens, comme Embraer ou Petrobras, favorise un terrain fertile de partenariats avec des entreprises françaises ».
L’inflation menace

Seule ombre au tableau, le retour de l’inflation qui pourrait perturber la marche en avant brésilienne. Chiffres révélateurs : les loyers ont bondi de 23 % au quatrième trimestre 2010 et à Sao Paulo les prix des restaurants ont flambé de 25 % depuis un an. Ces hausses font pression sur les salaires qui ont progressé de 30% en deux ans. Officiellement, le taux d’inflation est de 5 % à 6 %, mais les Brésiliens ont dû mal à y croire.
Malgré ce risque inflationniste que tente de limiter le gouvernement de la nouvelle présidente Dilma Rousseff, le Brésil reste de très loin le marché le plus prometteur en Amérique latine. A elle seule, la région de Sao Paulo affiche un PIB supérieur à celui du Chili et de l’Argentine réunis. Attention tout de même de ne pas s’emballer. Le pays des Cariocas n’est pas facile d’accès et les pièges ne manquent pas sur la route des exportateurs.
Une bureaucratie étouffante

Premier gros obstacle : une fiscalité déroutante qui s’exerce à la fois au niveau local, régional et national. Lorsqu’un produit européen rentre au Brésil, une république fédérale comportant 26 Etats-régions, il fait l’objet de droits de douane (14 % en moyenne), mais doit également supporter au moins cinq autres taxes qui peuvent varier d’un Etat à l’autre. A ce système fiscal complexe s’ajoutent des formalités administratives longues et tortueuses. Le Brésil est réputé comme étant le pays le plus compliqué pour faire dédouaner un container. Généralement, cela vous oblige à faire appel à un intermédiaire spécialisé. Appelé « despachante », cet agent privé effectuera toutes les démarches à votre place auprès des administrations compétentes.
Un monde des affaires judiciarisé

« En réalité, le système est tellement protectionniste qu’il pousse les sociétés étrangères qui veulent vendre au Brésil à investir sur place », explique Boris Lechevalier (Altios International). Mais la plus grande prudence s’impose pour créer une société commune avec un partenaire brésilien. Même chose pour signer un contrat de distribution ou engager du personnel. « Le monde des affaires est judiciarisé à l’extrême, poursuit Boris Lechevalier. La moindre clause doit être validée par un avocat brésilien. Et même si vous rompez un contrat dans les règles, on n’hésitera pas ensuite à vous attaquer en justice. Rien qu’à Sao Paulo, on compte au moins 150 000 avocats. Il faut être blindé juridiquement ».


Ferrari en lice pour la coupe du monde
Installée au Brésil depuis 2008, Ferrari, une entreprise de textile technique, veut profiter du prochain mondial de football.
Ferrari n’est pas seulement le nom d’une célèbre firme automobile. C’est aussi une entreprise française de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires spécialisée dans les textiles techniques. Le groupe, surtout connu pour ses immenses toiles de stade et d’équipement sportif, compte bien profiter de la prochaine coupe du monde, prévue au Brésil en 2014.

En première ligne, son bureau commercial de Sao Paulo qui existe depuis 2008. Une structure légère de deux personnes qui a remplacé un agent commercial brésilien. « De nombreux projets qui nous intéressent vont voir le jour dans les stades et autour des événements, assure Laura Warin Do Nascimento, responsable commercial de Ferrari Brasil. On a déjà commencé à travailler sur ces projets-là pour les gagner. Même si les chantiers ont pris du retard ».

Les négociations s’annoncent longues et compliquées. La PME devra s’armer de patience pour convaincre ses différents interlocuteurs : les consortiums de construction, les cabinets d’architectes, les autorités locales. Les atouts de l’entreprise : d’abord, de solides références en Amérique latine. « Nous avons déjà couvert des installations lors de la coupe du monde de foot féminin au Chili en 2008 et nous équipons actuellement des stades au Mexique », détaille Laura Warin.

Fabriquées en France et en Suisse, les toiles sophistiquées bénéficient également de l’image de qualité européenne. Reste un gros handicap : leur prix. Comme les produits sont importés, ils supportent des droits de douane et des taxes très élevés. Ils sont donc forcément plus chers que leurs concurrents brésiliens.

Interview d’Antoine Morgaut, CEO Europe et Amérique du Sud de Robert Walters (cabinet de recrutement)
« La pénurie de cadres et d’ingénieurs va durer ».

Recruter des cadres brésiliens, c’est compliqué ?

Antoine Morgaut : Oui, il y a réellement une pénurie de cadres et d’ingénieurs de moins de 30 ans qui parlent anglais et qui ont été formés au management moderne. Comme le pays est en forte croissance et que le système éducatif n’en produit pas assez par rapport aux besoins, on manque de compétences. C’est un phénomène de fond qui va durer.
Ces cadres locaux sont-ils aussi bien payés que les expatriés ?

A.M. : Actuellement, les jeunes cadres brésiliens jusqu’à trois ans d’expérience gagnent jusqu’à moitié moins qu’en France. Mais au premier changement de job, lorsqu’ils ont fait leurs premières armes dans un groupe international, leur rémunération décolle. Certains arrivent à multiplier leur salaire par deux. Plus haut dans la hiérarchie, les managers brésiliens sont aussi bien rémunérés que leurs collègues européens. C’est aussi à Sao Paulo que les salaires des dirigeants d’entreprise sont les plus élevés au monde. On en trouve difficilement parce qu’ils ont une sorte de responsabilité juridique à vie.
Les cadres brésiliens sont-ils difficiles à fidéliser ?

A.M. : Oui, ils sont beaucoup plus mobiles qu’en France et n’hésitent pas à vous quitter pour un meilleur salaire. On rencontre peu cette notion de fidélité ou de loyauté envers l’employeur. Les brésiliens vivent dans le présent, comme si aujourd’hui était le dernier jour de leur vie. C’est très déstabilisant pour nous. Ils n’ont pas le côté cool et relax que l’on imagine.

Propos recueillis par B.A. 



mercredi 23 mai 2012

Dossier : L'art d’entreprendre : des entrepreneurs à la conquête du marché mondial





Par Les Echos| 01/09/2011 | 09:10 | mis à jour le 09/02 à 11:59

Nos entreprises sont de plus en plus présentes à l'international. Dans cette nouvelle série « L'Art d'entreprendre », « Les Echos », Ernst & Young et les grandes écoles associées au projet, en l'occurrence l'ESCP-Europe, offrent aux dirigeants d'entreprise un outil de réflexion stratégique incitant à l'action. Retrouvez conseils d'experts, études de cas et outils pour vous aider dans votre développement à l'international.


Enjeux
Les entrepreneurs des « high-techs », des biotechs et des « cleantechs » ont été des précurseurs. Pour eux, plus de frontières. Le monde est leur terrain de jeu. Ces nouveaux chefs d'entreprises donnent le tempo et définissent les nouveaux réflexes de l'internationalisation.

En chiffres  :

94.800  : Le nombre d'entreprises exportatrices en 2010 Les entreprises de moins de 20 salariés représentent plus des deux tiers des entreprises exportatrices, mais réalisent 18 % du montant des échanges. A l'inverse, celles de plus de 250 salariés (4 %) réalisent 57 % des échanges.

30.000 Le nombre d'entreprises françaises qui ont au moins une implantation à l'étranger. Une étude réalisée en 2010 sur les entreprises industrielles montre que celles implantées à l'étranger sont les plus performantes et les plus exportatrices de leur secteur.

Sidex  : De 300 euros à 800 euros d'aides Gérée par Ubifrance et destinée aux PME pour des missions de prospection, Sidex est une aide financière, dont le montant varie entre 300 euros et 800 euros selon le pays. L'an dernier, 4.700 entreprises en ont bénéficié.

Coup de frein  : Les principales prévisions revues à la baisse La croissance mondiale devrait se situer autour de 3 % en 2011 et 2012. Les économies développées connaîtront des progressions de l'ordre de 1,5 %. De son côté, la Chine verra son économie progresser de 9 % et le Brésil de 4,5 %.

Etudes  :


Le sondage TNS Sofres pour la CGPME et UPS  : PME, les clés de l'export

Témoignages et exemples
La frilosité des Français face à la globalisation de l'économie est plus qu'à relativiser, au vu de tous ces dirigeants d'entreprises de croissance qui ont choisi, eux, de ne pas subir la mondialisation.

Pratique
ADRESSES UTILES  :

Ubifrance  : 20.000 entreprises accompagnées L'Agence pour le développement international des entreprises françaises a repris le réseau des missions économiques et est désormais présente dans 46 pays. Elle accompagne chaque année plus de 20.000 entreprises. www.ubifrance.fr

Prêts à l'export  : www.oseo.fr Oséo et Ubifrance sont partenaires sur les Prêts pour l'export destinés aux PME, dont le montant maximum est de 150.000 euros. Oséo intervient dans le financement de l'investissement : création d'une filiale, rachat d'une société locale.

Organisme officiel  : www.cnccef.org et www.uccife.org Les Conseillers du commerce extérieurs sont 4.300 professionnels qui interviennent bénévolement dans 146 pays. Les CCI à l'étranger sont, elles, au nombre de 107 réparties dans 77 pays (28.000 entreprises adhérentes).

Assurance prospection  : www.coface.fr L'organisme gère pour l'Etat les garanties publiques, dont l'assurance prospection. Fin 2010, plus de 7.000 entreprises en bénéficiaient. Les trois pays les plus couverts sont l'Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Conseiller spécialisé : www.tradeexperts.fr Les opérateurs spécialisés du commerce extérieur ont créé une fédération professionnelle. Leurs interventions : l'aide à l'implantation, la recherche de partenaires, la recherche de financements.

Manifestations  : www.programme-france-export.fr Ce site recense quelque 1.100 manifestations collectives à l'étranger pilotées : Ubifrance, les CCI en France et à l'étranger, l'Adepta dans l'agriculture et Sopexa dans l'alimentaire, ainsi que celles avec le label France.

Pacte PME  : www.pactepme.org/international Vingt-quatre grands groupes multinationaux ont pris l'engagement d'aider les PME dans leurs démarches : soutien de leurs fournisseurs désireux de les suivre à l'étranger, conseils stratégiques sur les marchés.

mercredi 25 avril 2012

l'éblouissant Brésil


Brésil, l'eldorado français

Charles-Emmanuel Haquet envoyé spécial à Brasilia - publié le 01/04/2010

Soif de consommation, besoin d'infrastructures, croissance soutenue... Des grands groupes aux PME, la ruée française vers l'immense et très porteur marché brésilien ne fait que commencer.


Rio de Janeiro
REUTERS/Bruno Domingos
Les brésiliens...
Population : 192 millions d'habitants
PIB 2008 : 1 189,5 milliards d'euros
Revenu par habitant 2008 : 5 422 euros
Samedi matin, au Center Norte, l'un des paradis du shopping de Sao Paulo. Des familles se pressent dans les boutiques. Les bras sont chargés de sacs, les mines, réjouies. Ici, le shopping, c'est la sortie du week-end. On fait du lèche-vitrines, on déjeune au restaurant, sous l'?il impavide de vigiles. Si l'on veut comprendre l'essor du Brésil, c'est là qu'il faut aller. On y voit défiler la classe moyenne pauliste, celle qui, depuis quelques années, tire la consommation intérieure. "En quinze ans, elle est passée de 32 à 52 % de la population", commente Dominique Maupin, chef de la Mission économique de Sao Paulo.
Il est là, le miracle brésilien, et c'est certainement ce que l'on retiendra des années Lula. En lançant des mesures sociales à grande échelle, comme la bolsa familia (aide financière conditionnée à la scolarisation des enfants), le président brésilien a sorti de la pauvreté 32 millions de ses concitoyens, soit la population du Canada. Autant de nouveaux consommateurs qui ont désormais accès au crédit, et qui ne demandent qu'à dépenser.
Les grands groupes français ne s'y sont pas trompés. Pratiquement tout le CAC 40 vient faire ses emplettes au Brésil. En avril 2009, le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis acquiert le n° 1 brésilien des médicaments génériques, renforçant sa position de leader local ; à la mi-novembre, Vivendi prend le contrôle de l'opérateur téléphonique GVT. Alstom, GDF Suez, Casino, Vallourec - qui construit une seconde usine -, Technip, Louis-Dreyfus ou Bonduelle s'activent. Nos géants du luxe ne sont pas en reste : Hermès s'est rendu compte que le PIB de Sao Paulo était supérieur à celui de l'Argentine. Le maroquinier a ouvert une boutique l'an dernier dans le plus luxueux centre commercial de la ville, Cidade Jardim, comme la marque de maillots de bain Vilebrequin, présente dans le mall Iguatemi. Quant à Louis Vuitton, il a ouvert une cinquième boutique à Brasilia.

Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat française chargée du Commerce extérieur.
"Notre part de marché au Brésil progresse. Nos entreprises effectuent plus d'investissements directs dans ce pays qu'en Chine."

Les PME suivent le mouvement. "Elles accourent ! On a recensé 455 demandes d'information en 2009, contre 253 deux ans plus tôt", précise Louis Bazire, patron de BNP Paribas-Brasil et de la chambre de commerce franco-brésilienne. Confirmation de Dominique Maupin : "L'an dernier, nous avons organisé, pour les PME françaises, quatre fois plus de missions de prospection qu'en 2006."
Pourquoi le Brésil ? Parce que ce pays plaît. Il aiguise les appétits et rassure les investisseurs. "Les dépenses publiques et l'inflation sont maîtrisées. Le Brésil n'est plus ce pays "pas sérieux" dont parlait de Gaulle. Ses fondamentaux sont sains, il donne confiance", résume Jean-Claude Lenoir, président du groupe d'amitié France-Brésil à l'Assemblée.
Le "pays d'avenir" a émergé, après avoir été longtemps le seul "Bric" (Brésil, Russie, Inde, Chine) dont on ne parle pas, restant dans l'ombre des mastodontes chinois et indien. C'est que le géant vert a mis du temps à se stabiliser.

Miguel Jorge, ministre du Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur
"Les Français, sixièmes investisseurs au Brésil, peuvent occuper une meilleure place. Ils sont moins agressifs que les Allemands ou les Suédois."

Tout juste sorti de vingt ans de dictature militaire, en 1985, le Brésil traverse une terrible période d'inflation - jusqu'à 2 800 % pour la seule année 1990 ! Dans la filiale brésilienne de Saint-Gobain, les ouvriers préféraient se faire payer en paniers de nourriture, tant la monnaie se dépréciait vite. Il faudra l'énergique plan Real du président Cardoso, en 1994, pour que la situation se stabilise. Mais l'épisode a traumatisé le pays. Plus question de laisser l'inflation filer au-dessus de 5 %. D'où la tendance des gouvernements suivants à "pousser" les taux d'intérêt lorsque les prix flambent. Ce qui pose, tout de même, quelques problèmes aux investisseurs. Car l'argent coûte cher, au Brésil.
"Pour financer la construction de notre Club Med, à Buzios, le Saint-Tropez brésilien, notre partenaire immobilier a préféré vendre les 375 chambres à des particuliers, autour de 100 000 euros l'une, plutôt que d'emprunter à des taux prohibitifs (entre 12 et 15 %)", explique Janick Daudet, qui dirige le Club Med en Amérique latine.


Lorsque Lula arrive au pouvoir, les élites craignent le pire. Pensez, un ancien syndicaliste, issu des couches pauvres de la population, dont on ne connaît pas vraiment les intentions. Mais les marchés se rassurent vite. Lula reste "dans les clous" de son prédécesseur. Début 2007, il lance un ambitieux plan d'investissement dans les infrastructures, le PAC - plan d'accélération de la croissance. D'ailleurs, celle-ci décolle : presque 6 % en 2008.
La crise casse la dynamique... pour quelques mois (fin 2008-début 2009). "L'Etat brésilien l'a particulièrement bien gérée, relate Hervé Le Roy, chef de la mission économique à l'ambassade de France. Il a notamment abaissé l'impôt sur la production industrielle, ce qui a stimulé la consommation." Carton plein : l'industrie automobile réalise en 2009 l'une des meilleures années de son histoire (+ 11,4 %). Et le taux de croissance du pays reste positif, avec un PIB en hausse de 0,2 % en 2009. De quoi donner de la superbe à ce pays neuf sur la scène internationale. "Je suis frappée par la puissance du Brésil dans les derniers dialogues multilatéraux, que ce soit à l'OMC, à Copenhague ou au G20", commente Anne-Marie Idrac. La secrétaire d'Etat au Commerce extérieur aime aussi évoquer la "lune de miel" entre les présidents Lula et Sarkozy.
Cette entente ne date d'ailleurs pas d'hier. Au XIXe siècle, la France était très prisée des élites brésiliennes. La langue de Molière a même failli devenir officielle. Et, dans les années 60, le français était obligatoire à l'école. "Je l'ai appris quand j'étais enfant, témoigne le ministre du Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur, Miguel Jorge. A l'époque, les Français étaient encore très présents. Je roulais même en Renault Gordini." Et puis l'influence française s'est estompée. Seuls quelques mots, comme boulevard, abajurou rendez-vous, ont survécu dans la langue brésilienne.
Ces liens historiques, le président français fait tout pour les renforcer. Il soutient la candidature du Brésil au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'organisation des jeux Olympiques de 2016 - décrochés par Rio de Janeiro. Il signe un partenariat stratégique avec son homologue Lula, notamment en matière de défense et d'espace, il consent d'importants transferts de technologie. En octobre prochain, les deux présidents inaugureront ensemble le pont d'Oyapock, qui enjambera le fleuve qui marque la frontière entre la Guyane française et l'Etat brésilien de l'Amapa.
Ce lien symbolique aura toutefois moins d'impact, sur le plan économique, que le groupe de haut niveau créé l'an dernier et qui rassemble une vingtaine de grandes entreprises françaises et brésiliennes. Parmi elles, Accor, Rhodia, EADS, Alstom, Areva, et, côté brésilien, Embraer, ETH, Vale ou GV Agro. "Nous voulons faire émerger des projets transversaux, explique Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez et président de la délégation hexagonale, sur des thèmes comme le financement d'infrastructures, la recherche et le développement, la formation technique ou la coopération en Afrique. Ce groupe permet aussi de tisser des liens avec nos homologues brésiliens."


L'imposante classe C... comme Consommation
Avec 32 millions de nouveaux consommateurs en quelques années,le marché intérieur brésilien se porte bien, en grande partie grâce aux mesures sociales du président Lula, qui ont permis l'émergence d'une vraie classe moyenne, dite C. Car, au Brésil, la société se divise en cinq grandes catégories :
- Classe A et B : les riches, disposant de plus de 1 900 euros mensuels ;
- Classe C : la classe moyenne (439 à 1 900 euros par mois) ;
- Classe D : les pauvres (317 euros mensuels) ;
- Classe E : les exclus (moins de 317 euros par mois).
En 2002, les classes D et E représentaient 43 % de la population, et la classe C, 44 %. Six ans plus tard, les classes D et E ne constituent plus que 32,5 %, et la classe C a grimpé à 52 %. Le miracle brésilien, c'est ce glissement vertueux qui fait briller les yeux de nos grandes enseignes, dont la plupart se positionnent sur les segments A, B et C.



Ces efforts vont-ils renforcer la présence française sur le sol brésilien ? Ce serait souhaitable, car la France ne joue pas encore dans ce pays le rôle auquel elle pourrait prétendre. "Il est vrai que les investissements français ne sont pas à la hauteur des liens que nos pays entretiennent", constate Ricardo Schaefer, directeur d'Apex-Brasil, l'agence de promotion nationale pour le commerce et l'investissement. La part de la France dans les flux d'investissements directs n'est que de 6,5 %, ce qui la place en sixième position. Soit une "part de marché" de 2,83 % en 2009, contre 7,73 % pour l'Allemagne. "Mais nos investissements sont en progression", nuance Dominique Maupin, qui note que "le rendement d'un investissement réalisé au Brésil par des Français est en moyenne deux fois supérieur à celui d'un investissement effectué ailleurs". Ce qui valide l'idée qu'au Brésil, où les taxes à l'importation sont élevées, il est préférable de s'implanter "en dur" plutôt que de se cantonner à des activités d'import-export classiques.
Mais attention, personne n'a dit que le Brésil était un pays de cocagne, avertit Yves Saint-Geours, l'ambassadeur de France à Brasilia. "On ne vient pas ici pour faire des profits rapides et s'en aller aussi vite que l'on est venu ! D'abord, parce que ce pays ne connaîtra plus de taux de croissance à deux chiffres, comme par le passé. Ensuite, parce que le Brésil reste un pays difficile, procédurier et bureaucratique, où l'on a souvent besoin d'une armée d'avocats."
L'un des problèmes récurrent, à écouter les témoignages de patrons français ou brésiliens, ce sont les dissensions entre les grandes familles qui dominent les Etats régionaux et le pouvoir central. "Lula n'a pas pu faire la réforme politique et fiscale dont le Brésil a besoin, analyse Hervé Le Roy. Le pouvoir des familles est bien trop fort." Leur mépris pour Brasilia est tel que la capitale politique a écopé d'un surnom : "l'Ile de la fantaisie".
Ces luttes de pouvoir ont des conséquences néfastes sur le commerce, car chaque région tente d'attirer l'investissement en essayant de barrer la route à ses voisines. "Parfois, on bloque nos camions pendant deux jours parce qu'une administration locale nous reproche de payer nos taxes dans un autre Etat", déplore Régis Dubrule, fondateur de la chaîne de meubles Tok & Stok. "Le Brésil, pour nous, c'est 26 Etats, avec autant de régimes fiscaux différents et de barrières entre chacun d'eux, confirme Jean-Marc Pueyo, patron de Carrefour-Brésil. La bonne nouvelle, c'est que les taux de TVA vont être harmonisés dans l'alimentaire, ce qui va ralentir le commerce informel, qui, dans ce secteur, pèse encore pour la moitié du chiffre d'affaires."
Le manque d'infrastructures freine aussi le développement de certaines industries. "Dans la région de Minas Gerais, de nombreuses mines pourraient ouvrir s'il n'y avait pas ce problème logistique, estime Mario Eugenio Lobato Winter, l'un des dirigeants de VMB, la filiale brésilienne de Vallourec. Les routes sont engorgées, et nous n'avons pas assez de voies ferrées." Ricardo Schaefer concède : "C'est un goulet d'étranglement qui nuit à nos exportations. Nous allons investir 3,5 milliards d'euros pour construire de nouvelles routes, et à peu près autant pour créer de nouvelles lignes ferroviaires."
Un dernier point tracasse les économistes. Cigales, les Brésiliens n'épargnent pas. Pas plus qu'ils n'achètent de biens immobiliers. Et quand ils consomment, c'est à crédit. Ici, on paie une paire de tongs Havaianas en trois fois, et un plein d'essence à trente jours, avec deux chèques antidatés. Du coup, l'endettement réel des ménages est important. "Le taux de défaillance des emprunteurs est élevé, de l'ordre de 12 à 15 %", note Louis Bazire. Pas de quoi encore provoquer une crise financière.

FMI, Le Brésil charge l'Europe



 
FMI: le poids des États en question
Avec AFP Publié le 21/04/2012 à 09:48


Les Etats membres du Fonds monétaire international (FMI) discutent samedi des orientations d'une institution maintenant richement dotée, où l'emprise des Européens est controversée. Le FMI a reçu l'engagement de la zone euro et d'une vingtaine de pays d'augmenter ses ressources de "plus de 430 milliards de dollars". Plus de la moitié de ce total est venu d'Europe.

"Cela double presque la capacité de prêt du Fonds. Cela montre véritablement la détermination de la communauté internationale d'avoir les outils pour résister et se défendre face aux crises", s'est félicitée la directrice générale, la Française Christine Lagarde. Pour autant, tout l'argent entassé dans les coffres du FMI ne peut mettre un terme au débat sur la réforme de la représentation des Etats membres. La question des ressources étant réglée, ces querelles byzantines qui agitent l'organisation depuis de longues années ressurgissent.

Grand animateur de ce débat, le Brésil s'est lancé dans une charge contre les Européens, dont les quotes-parts (la contribution permanente au capital du FMI, qui détermine les droits de vote) recèlent pour lui des "anomalies". Celle du Brésil, a constaté le ministre des Finances Guido Mantega dans sa déclaration écrite devant l'instance politique du FMI, "équivaut à celle des Pays-Bas", et celle de l'Espagne, "aussi étonnant que ça puisse paraître, est plus grande que le total de l'ensemble des 44 pays d'Afrique subsaharienne".

"Il ne faut pas essayer de réinventer la roue", a-t-il plaidé: son pays veut baser les quotes-parts sur le produit intérieur brut, qui n'est qu'une variable parmi d'autres aujourd'hui. Le ministre sud-africain Pravin Gordhan, qui s'exprime au nom de 21 pays de son continent, a signalé que depuis une trentaine d'années, chaque réforme des droits de vote du Fonds avait diminué les droits de vote de l'Afrique.

"On ne peut compter sur l'Afrique subsaharienne pour continuer à soutenir des réformes qui cherchent à légitimer le FMI, tout en sapant dans le même temps la représentation d'un grand nombre de pays", a-t-il prévenu.

Pour la ministre danoise Margrethe Vestager, dont le pays exerce actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, l'Europe "travaille" pour tenir "son engagement de réduire la représentation au conseil d'administration de deux sièges pour les pays européens avancés". Par ailleurs, elle a rappelé que les progrès dans le rééquilibrage des droits de vote dépendaient de la ratification par les parlements nationaux d'une réforme adoptée fin 2010. "Les Etats membres de l'UE ont conscience de leur responsabilité dans la réussite de la mise en oeuvre" de cette réforme, selon elle.

Sur cette question, les regards sont tournés vers le premier actionnaire, les Etats-Unis. Le FMI a impérativement besoin de leur ratification pour faire entrer en vigueur la réforme de 2010, qui consacrait la montée en puissance des émergents, au détriment surtout de l'Europe. Un responsable américain a indiqué vendredi à la presse que le gouvernement n'avait pas encore décidé quand il proposerait au Congrès de voter sur cette question.

mercredi 15 février 2012

Au Minas Gerais, les produits importés envahissent les linéaires

Au Minas Gerais, les "mineiros" font le tour du monde… en gondoles


Le Minas Gerais est l’État du Brésil le plus consommateur de produits importés en supermarchés, jusqu’à 30% du chiffre d’affaires pour certains. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.

Huiles d’olives chez Verdemar. Plus de 20 marques étrangères  seulement sur ce se
Huiles d’olives chez Verdemar. Plus de 20 marques étrangères seulement sur ce seul produit

Le mineiro (habitant du Minas Gerais) est considéré comme le consommateur le plus traditionnel et le plus difficile du Brésil – notamment pour son côté économe – malgré son appartenance au deuxième État le plus riche du pays après celui de São Paulo.

C’est la raison pour laquelle, historiquement, de très nombreux produits de consommation sont d’abord lancés dans cet État pour faire leurs preuves avant d’être diffusés nationalement.

Pourtant, sa réticence légendaire à mettre la main au portefeuille ne l’empêche plus de succomber aux tentations des saveurs importées.

En dix ans, la part des produits importés en supermarché est passée de 1 à 5% et a enregistré, entre 2008 et 2010, une hausse de 42% du chiffre d'affaires annuel (14 milliards de réais, 6 milliards d'euros, source Association Mineira de Supermarchés, AMIS).

Une diversité de choix qui change les habitudes de consommation

Qui eut pensé que « churrasco » (barbecue) du week-end, templo sacro-saint du brésilianisme, puisse revêtir à ce point des airs de « gringo » ? Viande argentine, sauces américaines et bières belges, allemandes ou mexicaines... même le tradicionnel riz aux haricots (« arroz com feijão ») peut venir d’Espagne avec des épices asiatiques.

Le consommateur brésilien est généralement infidèle aux marques et toujours prêt à tenter autre chose, surtout si les prix parlent.

Avec la croissance des importations, la concurrence entre ces produits commence à empiéter sur le terrain des produits nationaux (notamment les pâtes, le sel, les confitures, l’huile, et certaines boissons).
Dans les chaînes qui misent sur la différenciation, des couloirs entiers sont créés pour exposer des produits allant jusqu’à 40 pays différents.

La chaîne Verdemar, supermarchés de produits fins, est celle qui a ouvert le plus de filiales à Belo Horizonte ces trois dernières années, ainsi que la chaîne Super Nosso.

Avec la croissance économique des fameuses classes C et D, même les chaînes de supermarchés populaires et traditionnels ressentent cette tendance. Chez Pão de Açucar (filiale de Casino, leader du segment hypermarchés), le secteur des importés s’est accru de 30% depuis l’an dernier.

Naturellement, la dévalorisation du Dollar et de l’Euro, la force du Real et la faiblesse du marché européen accentuent la tendance.


Certains supermarchés vont jusqu’à proposer 40% de leur offre en produits importés qui sont, dans certains cas, moins chers ou équivalents aux produits nationaux. Et ceci malgré les taxes et autres frais d’importation qui augmentent considérablement les coûts.

Lire aussi : Au Brésil la vague des produits importés montre du doigt le « coût Brésil »

samedi 11 février 2012

La croissance du Brésil attire de nombreuses PME françaises


09/02/2012 | Solange Orssaud (Aujourd'hui le Brésil).


La croissance économique du Brésil attire de plus en plus d'entreprises françaises qui sont passées de 436 en 2010 à 530 en 2011. Avant de prendre ses nouvelles fonctions en Turquie, Eric Fajole, directeur d'Ubifrance Brésil, fait le point sur l'évolution de la présence des entreprises françaises au Brésil et les perspectives économiques d'ici les JO 2016.


Eric Fajole, directeur d'Ubifrance Brésil

En 2011, Ubifrance a recensé 530 sociétés françaises au Brésil, soit une augmentation de 40% en 3 ans Comment expliquez-vous cette progression ?

En 2007-2008, les sociétés françaises qui prospectaient le monde avaient oublié le qu'il y avait un "B" au Bric. Il était difficile de les mobiliser sur la destination Brésil. L'année de la France au Brésil en 2009 et le fait que le pays se sorte très bien de la crise économique ont fait qu'il y a eu un changement radical.

Depuis 2009, chaque année, un millier de sociétés ont interrogé les services d'Ubifrance Brésil. 500 ont fait le déplacement soit à titre individuel pour prospecter le marché brésilien, soit pour s'installer ou participer à des opérations collectives que nous avons menées à l'occasion du plan professionnel.

A partir d'août 2010 on a assisté à une transformation de cette prospection qui n'est plus uniquement liée à la vente de produits ou de biens d'équipement de France mais à des opérations de rachat d'entreprises brésiliennes. Ce phénomène récent explique la forte progression des entreprises françaises sur le marché brésilien.

Nous recevons en moyenne 10 demandes par mois qui concernent des acquisitions et fusions. Pour répondre à cette demande, nous avons développé un nouveau produit basé sur des études pour faire des acquisitions, identifier des sociétés à racheter, et ce, dans tous les secteurs d'activité.

Le ticket d'entrée sur le marché brésilien est de plus en plus cher. Quel type de société a le plus de chance de réussir ?

C'est l'Entreprise de Taille Intermédiaire (ETI) qui a le plus de chance de réussir parce qu'elle peut faire face à un marché compliqué, difficile et cher. Mais il faut qu'elle s'en donne les moyens financiers car la destination Brésil est devenue plus chère qu'en France.

J'ai vu trop d'entrepreneurs faire de très belles missions d'une semaine et penser que tout allait être simple parce qu'ils avaient des interlocuteurs brésiliens qui avaient à peu près la même culture que nous. Il y a "l'effet caïpirinha" : on passe des moments agréables mais le lendemain on a un peu mal à la tête parce qu'on s'aperçoit que la bureaucratie est compliquée et coûteuse. La fiscalité n'est pas appréciée à sa juste valeur quand on arrive au Brésil. On pense surtout aux taxes d'importation mais on oublie les 7 ou 8 autres taxes que l'on doit payer pour vendre un produit. A cela s'ajoutent les salaires, les loyers, le coût des avocats et experts-comptables qui est parfois plus élevé qu'en France.

Mais si une société se donne les moyens financiers, elle peut prétendre à un retour sur investissement au bout de deux à trois ans car les marges au Brésil sont encore très confortables et certaines PME font des bénéfices qu'elles ne pourraient pas réaliser ailleurs.

Les actions d'Ubifrance se concentrent principalement sur les PME. Dans quels secteurs sont-elles présentes ?

La plupart des sociétés du CAC 40 ont déjà des filiales au Brésil. Le gros de notre activité se concentre sur les PME et les Entreprises de Taille Intermédiare (ETI), qui sont présentes dans de nombreux secteurs, comme la machine outil, l'équipement automobile, la mécanique, la pharmacie, la cosmétique…

Dans les secteurs du pétrole et du gaz, nous avons eu de très bons résultats de PME que l'on a accompagnées. Certaines d'entre elles ont signé leur plus gros contrat à Rio.

Depuis 2 ans, nous avons aidé des PME à s'implanter dans le secteur des services informatiques, le e-commerce, car il est impossible de vendre du service facturé depuis la France puisqu'il est taxé à 40%.

Dans le secteur du vin, nous avons de très beaux succès avec une croissance des exportations des vins français supérieure à 150% en 5 ans.

Quels sont les secteurs qu'Ubifrance Brésil souhaite développer pour faire venir ou renforcer la présence des entreprises françaises ?

Dans le secteur viticole, justement, il faut aller plus loin. Les Italiens commencent à racheter des vignobles dans le sud du Brésil parce que le vin brésilien gagne en notoriété et en qualité. Les Français sont présents au Chili, en Argentine et en Afrique du Sud, mais, à part Chandon, il n'y a encore aucune maison de Bordeaux, Bourgogne ou autre qui ait racheté des vignes au Brésil.

Dans les secteurs de l'agro-business, du lait, de la volaille et de l'élevage on a quelques sociétés françaises comme la société Doux avec FrancoSul, Bongrain qui a racheté la marque Polenghi, "la vache qui rit" brésilienne et Bonduel, qui a monté une usine à Goya en 2009. Mais c'est encore insuffisant. En France, on voit encore le Brésil comme une menace agricole et non comme une destination d'opportunités. C'est pourquoi nous allons organiser une mission découverte du marché de l'agriculture et de la viticulture en septembre 2012.

Nous sommes persuadés que de belles franchises françaises comme Monceau Fleurs, Geneviève Lethu, pourraient avoir autant de succès que l'Occitane, Lacoste ou 5 à sec qui ont très bien réussi en franchise mais qui ont mis de l'argent pour démarrer.
Il faut un investissement de la marque ou de l'entreprise pour structurer, se faire connaître, ou encore racheter une société brésilienne. C'est ce que vient de faire, par exemple, Urgo qui a racheté un laboratoire brésilien, LM Farma (leader de la cicatrisation), ce qui leur permettra de développer la gamme Urgo au Brésil.

Nous essayons de faire venir des épiceries fines, mais les règles sanitaires sont compliquées. Petrossian, Valrhona sont déjà là. La Durée devrait arriver prochainement à São Paulo.

Dans la forêt on voit arriver quelques coopératives forestières françaises qui ont racheté des forêts au Brésil pour l'exploitation du bois. Mais je pense que l'on peut faire plus.

Comment voyez-vous l'évolution du Brésil d'ici les grands événements mondiaux de 2014 et 2016 ?

Le Brésil a de très belles années jusqu'en 2016. Il y a un enthousiasme général et beaucoup d'appui de la part des gouvernements locaux pour faire en sorte que le pays donne sa meilleure image.
La classe C favorise la croissance interne. Il y a encore 20 à 30 millions de pauvres qui vont, comme dans les années Lula et grâce aux programmes sociaux brésiliens, passer de la classe de pauvre à la classe de consommateur.
Le pétrole a également beaucoup contribué à changer l'image du Brésil. C'est une manne extrêmement importante. Le Brésil a cette richesse d'avoir des matières premières agricoles, minières et énergétiques qui font que le pays peut continuer à être une puissance économique de premier rang.

Mais en même temps on constate que la classe C dépense plus que ce qu'elle gagne et commence progressivement à s'endetter sur des biens faciles à rembourser comme l'alimentaire, l'électroménager.
Au niveau de l'industrie, on assiste à une baisse progressive des exportations des produits manufacturés parce que le Brésil a perdu en compétitivité. Il doit faire des efforts au niveau de ses infrastructures, du coût du travail, de la modernisation de l'outil industriel par l'innovation, qui reste encore très faible.

Si le Brésil ne veut pas dépendre seulement de ses matières premières et devenir un pays agricole et de services, il faut que l'industrie se remette en cause pour devenir exportatrice de produits manufacturés.

Le nouveau directeur d'Ubifrance Brésil, Benoît Trivulce, a pris ses fonctions au début du mois de février.