Le temps se
couvre. La croissance brésilienne n’a atteint que 2,7% l’an dernier. Pas si mal
en apparence. Mais elle a néanmoins traversé 2011 en chute libre. Le
gouvernement tente de riposter pour mieux rebondir cette année. Et entend « se
protéger » contre les politiques de « dévaluations compétitives » de ses
partenaires internationaux. La partie n’est pas gagnée d’avance.
Port de Rio
de Janeiro. Photo S.O
Après avoir
frôlé la surchauffe en 2010, l’économie brésilienne a pris un coup de froid
l’an dernier. Pas méchant, mais assez sérieux pour qu’on s’y arrête. Le produit
intérieur brut (PIB) a atteint le montant d’environ 2500 milliards de dollars
et a enregistré une croissance de 2,7%. Un chiffre jugé décevant. En fait, la
croissance a subi une chute continue tout au long de 2011. D’abord pour freiner
les pressions inflationistes, puis en raison de la recrudescence de la crise de
la dette souveraine en Europe.
Evolution de
la croissance brésilienne en 2011
Source :
IBGE
En définitive,
le ralentissement a été beaucoup plus significatif que prévu. C’est l’industrie
qui semble avoir payé le plus lourd tribut (+1,6% seulement). Pour le
gouvernement, cela confirme ce que l’on craignait déjà. Le secteur de
l’industrie de transformation, là où l’on enregistre la plus forte valeur
ajoutée, est en perte de vitesse, voire menacé. Dilma Rousseff évoque à son
tour la « désindustrialisation »...
Riposte à la « guerre des monnaies »
Le gouvernement
a trouvé la riposte et a relancé une offensive sur le front de « la guerre des monnaies », cette pratique
de dévaluation compétitive en vogue aux Etats-Unis, dans l’Union Européenne et
au Japon, que la présidente brésilienne a taxé de « dévaluation artificielle » lors de sa visite en Allemagne cette
semaine.
« Nous avons été surpris par la détérioration
de la crise internationale au second semestre [de 2011] et par ses conséquences
sur l’industrie brésilienne », a affirmé le ministre brésilien des Finances
Guido Mantega dans une conférence avec la presse étrangère mardi. Selon lui, il
y a deux effets pervers. L’industrie brésilienne est dépassée par des
importations moins chères et perd du terrain face à ses concurrents
internationaux ; et l’afflux massif de capitaux risque d’alimenter de nouvelles
bulles financières, ce qui serait le prélude à de nouvelles crises. Attention,
danger !
Le protectionisme en question
Face à cette
menace, le gouvernement a déjà pris plusieurs mesures d’ordre technique pour
enrayer la valorisation du Real, qui handicape la compétitivité de plusieurs
secteurs industriels. Mais c’est surtout en matière de commerce extérieur que
le Brésil a durci sa position : surtaxe sur les importations de véhicules
asiatiques, remise en question de l’accord commercial avec le Mexique. Des
mesures de « sauvegarde » sont également à l’étude dans le secteur textile.
Angela Merkel,
la chancelière allemande, n’a pas hésité à évoquer des « mesures protectionnistes unilatérales » lors de sa rencontre avec
Dilma Rousseff. Le ton monte... Pour Guido Mantega, il s’agit simplement de « protéger le Brésil contre des pratiques
abusives de la part de pays qui sont prêts à faire n’importe quoi pour exporter
».
« L’Allemagne et le Japon, dit il, feraient mieux de stimuler leurs propres
marchés de la consommation ». En attendant, le ministre brésilien des
Finances compte sur le dynamisme de son propre marché intérieur de près de 200
millions d’habitants. Et table sur un réveil de la croissance qui devrait
atteindre 4,5% cette année. Des prévisions toujours à prendre avec des
princettes.
Car pour que le
Brésil retrouve vraiment la voie d’une croissance équilibrée, il faudrait aussi
que l’investissement et l’épargne repartent à la hausse, alors que leurs taux
se sont légèrement repliés l’an dernier, à 19,3% et 17,2% respectivement.
En pleine croissance, le pays a besoin des
produits et des technologies étrangères. Autant de marchés à prendre pour les
entreprises françaises. Mais les obstacles restent nombreux.
Le Brésil est
tendance. Jamais les PME françaises ne se sont autant passionnées pour ce vaste
pays de 193 millions d’habitants. Une vraie ruée vers l’or pour des entreprises
de toute taille, rodées à l’exportation ou novices à l’international. Celles
qui se sont cassées les dents en Chine espèrent aussi trouver du côté de Sao
Paulo ou de Rio des débouchés plus profitables. Mais en réalité, s’il offre de
nombreuses opportunités de business, le Brésil présente de sérieuses
contraintes dont doivent tenir compte les candidats à l’export.
Une économie
en plein essor
Si ce grand pays émergent attire autant, c’est d’abord grâce à son insolente
santé économique. En 2010, l’Etat lusophone a enregistré un PIB en croissance
de 7,7 % et table sur 4,6 % de mieux cette année. Grâce à la manne
pétrolière, les caisses brésiliennes sont pleines avec une réserve de change
estimée à 289 milliards de dollars, cinq fois plus que son voisin argentin. Des
capacités financières qui permettent d’investir massivement dans de grands
projets d’infrastructures (routes, aéroports, ferroviaire, ports…). Par
ailleurs, depuis une dizaine d’années, la classe moyenne s’est développée
significativement, surtout dans les régions de Rio et Sao Paulo. Grâce aux
aides sociales du programme Bolsa Familia, lancé par l’ancien président Lula,
10 millions de brésiliens ne vivent plus en dessous du seuil de pauvreté.
Un terrain
fertile de partenariats
Les entreprises locales ne peuvent pas à elles seules répondre à ce boom
économique sans précédent. Des marchés s’ouvrent pour les compagnies étrangères
y compris des PME. Dans la grande consommation, le Brésil est le troisième
marché mondial de la cosmétique et il pèse 70 % des ventes des produits de
luxe en Amérique latine. L’agriculture et l’industrie agroalimentaire ont
également besoin d’améliorer leur productivité et investissent en matériel et
en technologie pour s’adapter aux normes européennes. « Pour les PME,
c’est dans la sous-traitance automobile, l’aéronautique, l’industrie mécanique,
le pétrole et le para-pétrolier que les opportunités sont les plus nombreuses
avec éventuellement des transferts de technologie sous forme de JV, souligne
Boris Lechevalier, responsable à Sao Paulo de Altios International, une société
d’accompagnement à l’export. La présence de grands leaders mondiaux brésiliens,
comme Embraer ou Petrobras, favorise un terrain fertile de partenariats avec
des entreprises françaises ».
L’inflation
menace
Seule ombre au tableau, le retour de l’inflation qui pourrait perturber la
marche en avant brésilienne. Chiffres révélateurs : les loyers ont bondi de
23 % au quatrième trimestre 2010 et à Sao Paulo les prix des restaurants
ont flambé de 25 % depuis un an. Ces hausses font pression sur les
salaires qui ont progressé de 30% en deux ans. Officiellement, le taux
d’inflation est de 5 % à 6 %, mais les Brésiliens ont dû mal à y
croire.
Malgré ce risque inflationniste que tente de limiter le gouvernement de la
nouvelle présidente Dilma Rousseff, le Brésil reste de très loin le marché le
plus prometteur en Amérique latine. A elle seule, la région de Sao Paulo
affiche un PIB supérieur à celui du Chili et de l’Argentine réunis. Attention
tout de même de ne pas s’emballer. Le pays des Cariocas n’est pas facile
d’accès et les pièges ne manquent pas sur la route des exportateurs.
Une
bureaucratie étouffante
Premier gros obstacle : une fiscalité déroutante qui s’exerce à la fois au
niveau local, régional et national. Lorsqu’un produit européen rentre au
Brésil, une république fédérale comportant 26 Etats-régions, il fait l’objet de
droits de douane (14 % en moyenne), mais doit également supporter au moins
cinq autres taxes qui peuvent varier d’un Etat à l’autre. A ce système fiscal
complexe s’ajoutent des formalités administratives longues et tortueuses. Le
Brésil est réputé comme étant le pays le plus compliqué pour faire dédouaner un
container. Généralement, cela vous oblige à faire appel à un intermédiaire
spécialisé. Appelé « despachante », cet agent privé effectuera toutes
les démarches à votre place auprès des administrations compétentes.
Un monde des
affaires judiciarisé
« En réalité, le système est tellement protectionniste qu’il pousse les
sociétés étrangères qui veulent vendre au Brésil à investir sur place », explique
Boris Lechevalier (Altios International). Mais la plus grande prudence s’impose
pour créer une société commune avec un partenaire brésilien. Même chose pour
signer un contrat de distribution ou engager du personnel. « Le monde des
affaires est judiciarisé à l’extrême, poursuit Boris Lechevalier. La moindre
clause doit être validée par un avocat brésilien. Et même si vous rompez un
contrat dans les règles, on n’hésitera pas ensuite à vous attaquer en justice.
Rien qu’à Sao Paulo, on compte au moins 150 000 avocats. Il faut être
blindé juridiquement ».
Ferrari en lice pour la
coupe du monde
Installée au Brésil depuis 2008, Ferrari, une
entreprise de textile technique, veut profiter du prochain mondial de football.
Ferrari n’est
pas seulement le nom d’une célèbre firme automobile. C’est aussi une entreprise
française de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires spécialisée dans les textiles
techniques. Le groupe, surtout connu pour ses immenses toiles de stade et
d’équipement sportif, compte bien profiter de la prochaine coupe du monde,
prévue au Brésil en 2014.
En première ligne, son bureau commercial de Sao Paulo qui existe depuis 2008.
Une structure légère de deux personnes qui a remplacé un agent commercial brésilien. « De nombreux
projets qui nous intéressent vont voir le jour dans les stades et autour des
événements, assure Laura Warin Do Nascimento, responsable commercial de Ferrari
Brasil. On a déjà commencé à travailler sur ces projets-là pour les gagner.
Même si les chantiers ont pris du retard ».
Les négociations s’annoncent longues et compliquées. La PME devra s’armer de
patience pour convaincre ses différents interlocuteurs : les consortiums de
construction, les cabinets d’architectes, les autorités locales. Les atouts de
l’entreprise : d’abord, de solides références en Amérique latine. « Nous
avons déjà couvert des installations lors de la coupe du monde de foot féminin
au Chili en 2008 et nous équipons actuellement des stades au Mexique »,
détaille Laura Warin.
Fabriquées en France et en Suisse, les toiles sophistiquées bénéficient
également de l’image de qualité européenne. Reste un gros handicap : leur prix.
Comme les produits sont importés, ils supportent des droits de douane et des
taxes très élevés. Ils sont donc forcément plus chers que leurs concurrents
brésiliens.
Interview d’Antoine
Morgaut, CEO Europe et Amérique du Sud de Robert Walters (cabinet de
recrutement)
« La pénurie de cadres et d’ingénieurs va durer
».
Recruter des
cadres brésiliens, c’est compliqué ?
Antoine Morgaut : Oui, il y a
réellement une pénurie de cadres et d’ingénieurs de moins de 30 ans qui parlent
anglais et qui ont été formés au management moderne. Comme le pays est en forte
croissance et que le système éducatif n’en produit pas assez par rapport aux
besoins, on manque de compétences. C’est un phénomène de fond qui va durer.
Ces cadres
locaux sont-ils aussi bien payés que les expatriés ?
A.M. : Actuellement, les jeunes
cadres brésiliens jusqu’à trois ans d’expérience gagnent jusqu’à moitié moins
qu’en France. Mais au premier changement de job, lorsqu’ils ont fait leurs
premières armes dans un groupe international, leur rémunération décolle.
Certains arrivent à multiplier leur salaire par deux. Plus haut dans la
hiérarchie, les managers brésiliens sont aussi bien rémunérés que leurs
collègues européens. C’est aussi à Sao Paulo que les salaires des dirigeants
d’entreprise sont les plus élevés au monde. On en trouve difficilement parce
qu’ils ont une sorte de responsabilité juridique à vie.
Les cadres
brésiliens sont-ils difficiles à fidéliser ?
A.M. : Oui, ils sont beaucoup plus
mobiles qu’en France et n’hésitent pas à vous quitter pour un meilleur salaire.
On rencontre peu cette notion de fidélité ou de loyauté envers l’employeur. Les
brésiliens vivent dans le présent, comme si aujourd’hui était le dernier jour
de leur vie. C’est très déstabilisant pour nous. Ils n’ont pas le côté cool et
relax que l’on imagine.
Pour réussir, il faudra bien comprendre le
contexte culturel brésilien. Voici quatre conseils pour démarrer du bon pied.
Savoir
prendre son temps
Les Brésiliens aiment bien prendre leur temps dans les négociations. Face à ces
comportements, il faut éviter de montrer son impatience ou de brusquer les
choses. « En vous énervant, vous perdrez la face et votre crédibilité. De
ce point de vue, les brésiliens réagissent comme les chinois, explique Laurence
Sicot, consultante en formation interculturelle chez Berlitz. Dans les
affaires, la première des vertus est la patience ».
S’adapter à
la « positive attitude »
D’une manière générale, on aura du mal à vous dire non et à vous parler des
difficultés. Les brésiliens préfèrent toujours insister sur ce qui va bien. Ce
manque de feed back négatif peut agacer. « Par des questions ouvertes, il
faudra acculer votre interlocuteur gentiment pour obtenir une réponse claire,
estime Laurence Sicot (Berlitz). Pour toutes ces raisons, le management à
distance est très compliqué ».
Jouer le jeu
de la décontraction
Même dans leurs relations professionnelles, les brésiliens ont le contact
facile et se comportent de manière décontractée sans trop de formalisme. On
vous invitera facilement au restaurant, sans cérémonial. Si le courant passe,
les contacts pro prendront souvent une tournure plus personnelle. Il n’y a pas
vraiment de séparation entre la sphère privée et le bureau. Mais attention au
piège. Aussi conviviaux et chaleureux qu’ils soient, les businessmen brésiliens
sont de redoutables négociateurs.
Manager en
souplesse
Au Brésil, on trouve toujours une solution à tout en faisant preuve de
créativité et de pragmatisme. On nomme cela « Jogo de cintura » (jeu
de ceinture), une manière de gérer à la brésilienne, en souplesse et avec les
moyens du bord en fonction des circonstances. Conclusion : un management rigide
et autoritaire passe mal.
Com o objetivo de
tornar as empresas mineiras mais competitivas e impedir a fuga de
investimentos para outros Estados em função da guerra fiscal,
o governo do Estado planeja conceder Regime Especial de Tributação
(RET) para 11 segmentos da economia, o que significa redução de ICMS.
Ontem,
as mensagens do executivo mineiro, que são uma resposta à guerrafiscal, foram
apreciadas e aprovadas, em sua maioria, pela Comissão de Fiscalização
Financeira e Orçamentária da Assembleia do Estado de Minas Gerais
(ALMG). Logo em seguida, os Projetos de Resolução (PR) de autoria do
governo do Estado serão enviadas ao plenário para, em seguida, serem
apreciadas pela comissão. A pedido do deputado Antônio Júlio (PMDB), foi
concedida vista à Mensagem 229/12, que dispõe sobre o regime especial
para o segmento de produção de biocombustíveis.
Nas mensagens,
dependendo do setor, será adotado o crédito presumido e alíquotas que
variam de 1% a 3%. A comissão também ratificou ontem, em turno único, a
concessão de benefícios sobre o ICMS para quatro segmentos: couro e
peles, frigorífico, comércio atacadista e varejista e setor de leite e
laticínios, além de comércio eletrônico e de telemarketing.
No
caso dos frigoríficos, a redução da base de cálculo resulta numa carga
tributária equivalente a 7%. O objetivo é combater o que é praticado no
Paraná e em São Paulo. Já para o setor de comércio e varejo, o Executivo
justifica a concessão de crédito presumido como compensação dos
incentivos oferecidos pelos Estados de Santa Catarina, São Paulo,
Espírito Santo e Rio de Janeiro.
No caso do leite, a compensação
se refere à legislação em vigor nos Estados de São Paulo, Goiás e Rio de
Janeiro, além do Distrito Federal. O Decreto 45.515/10 assegura que a
isenção e a redução da base de cálculo que beneficiam as operações com
leite alcance somente aquele produzido no Estado. Para o comércio
eletrônico e telemarketing, a referência são medidas adotadas por Mato
Grosso e Goiás.
Para o deputado estadual Romel Anízio (PP),
membro da comissão, Minas está entrando tarde na guerrafiscal. "O nosso parque industrial vem perdendo
espaço, competitividade para outros Estados que oferecem vantagens
fiscais", disse.
Estados
Alíquota será igual a de
vizinhos
O benefícios fiscais para as indústrias de telhas de
PVC, através de da Lei n. 5636, de 6 de janeiro de 2010, no Rio de
Janeiro, que concedeu regime especial, com carga tributária efetiva de
2%, serviu de argumentação para o governo mineiro adotar o mesmo
percentual.
A ideia é que o crédito presumido de ICMS
possibilite uma carga tributária efetiva e 2% para os fabricantes de
câmaras frigoríficas e móveis com predominância de madeira, segmento que
foram contemplados, por benefícios fiscais, no Rio de Janeiro.
Para
o setor de fabricação de locomotivas, vagões e outros materiais
rodantes, a concessão de Regime Especial de Tributação (RET) visa
combater as medidas adotadas por São Paulo. A tática é dar um tratamento
tributário igualitário àquele instituído pelo Estado vizinho, entre
eles a permissão para a manutenção do credito do imposto relativo às
mercadorias isentas.
L’émergence
d’une « nouvelle classe moyenne » est devenu l’étendard médiatique de
la croissance brésilienne. La politique de redistribution pratiquée par le
gouvernement depuis 10 ans aurait profondément bouleversé la pyramide sociale.
Une nouvelle classe, dite « classe C », composée d’individus dont le
revenu mensuel va de 1’310R$ à 1’950R$ (620CHF à 925CHF / 515€ à 770€),
constituerait désormais la majorité de la population du pays. S’agit-il
vraiment de la naissance d’une nouvelle classe moyenne ? Ou bien le
phénomène n’est-il que l’expression d’une amélioration de la situation des plus
pauvres, sans autre changement dans les structures sociales ? Les
analystes sont divisés sur la question.
La question n’est pas sans conséquence sur les politiques
publiques à adopter pour les 10 prochaines années : faut-il plutôt stimuler la
croissance de la consommation intérieure pour satisfaire la demande de ces
« nouveaux-moins-pauvres », et donc dégager des bénéfices permettant
de perpétuer la politique d’assistance aux plus défavorisés ou investir dans la
formation de ces nouveaux acteurs sociaux afin de les rendre plus compétitifs
face aux défis du marché du travail ?
La
vraie classe moyenne, ce sont les riches !
Premier constat, si en 2011, la classe C a été championne
de la consommation au Brésil, il n’en sera pas de même en 2012. Les projections
de l’IPC Maps, une banque de donnée qui analyse le comportement des
consommateurs dans plus de 5’000 agglomérations brésiliennes, montrent que
cette année, ce sera la « classe B » qui répondra pour plus de 50%
des ventes. Les dépenses de la « classe C » reculeront de 10% pour ne
plus représenter que 26% de la consommation totale.
« La classe B (revenu compris entre 3’175R$ et
6’140R$ (1’550CHF et 2’900CHF / 1’250€ et 2’450€) est la véritable classe
moyenne brésilienne, assène Jesse Souza, professeur de sociologie à
l’Université Fédérale de Juiz de Fora. Elle détient, en commun avec les plus
riches de la classe A, le contrôle sur une ressource qui échappe encore aux
couches sociales inférieures : le capital culturel, qu’il soit technique comme dans le cas des
ingénieurs, avocats ou économistes ou littéraire,
pour ce qui est des journalistes, des professeurs, etc. »
Ce capital culturel se transmet de génération en génération
selon Jesse Souza, par le « privilège de la naissance », donc aussi
l’accès à l’éducation, auquel ceux qu’il appelle les « batailleurs »
des classes populaires n’ont pas naturellement accès. Ces
« batailleurs » selon la définition de Jesse Souza, sont justement
ceux qui ont accédé à une plus grande aisance de vie grâce aux politiques
d’Etat de redistribution sociale des richesses de la croissance.
« Pour compenser cette absence de privilèges dû à la
naissance, ils vont réaliser un énorme effort personnel pour conserver leur
statut, acceptant des doubles journées de travail et des emploi sous-payés afin
de maintenir leur niveau de consommation matériel. Ce n’est pas spécifique au
Brésil, on constate le même phénomène en Inde et en Chine. Il s’agit d’une
nouvelle catégorie de travailleurs,pas de l’émergence d’une nouvelle classemoyenne. »
Malgré
la croissance, les pauvres sont encore là
La confusion est d’autant plus dérangeante pour Jesse Souza
qu’elle camoufle une « inégalité invisible » qui se cache derrière
les discours sur les bénéfices de la croissance : « il reste un socle
immuable de très pauvres, jamais perçus comme appartenant à une classe sociale
émergente, pour qui le futur se résume à l’urgence de la survie au jour le jour
et qui explique notre retard social face aux pays avancés ».
Marcio Pochmann, directeur de
l’Institut de Recherche et d’Etudes Appliquées (IPEA) partage avec Jesse Souza
l’idée qu’il n’y a pas eu émergence d’une nouvelle couche moyenne au Brésil ces
10 dernières années : « l’ascension économique d’une parcelle
significative de la population brésilienne ne traduit pas l’émergence d’une
nouvelle classe sociale et encore moins celle de l’apparition
Les politiques publiques de redistribution de la rente ont
certes permis la création de 20 millions de postes de travail, mais il s’agit à
94% de postes dans les services, dont la rémunération est inférieure à 1,5 salaire
minimum. Cela ne permet pas à ces personnes d’atteindre le niveau minimum
d’épargne qui caractérise les classes moyennes ».
Une
nouvelle strate économique plus qu’une classe sociale en devenir
Pour Marcio Pochmann, définir une classe sociale par son
seul pouvoir d’achat est une illusion dangereuse et simplificatrice. « Ce
que nous voyons aujourd’hui au Brésil, c’est une ascension de ceux qui
composent de la base de la pyramide sociale, grâce à la politique
d’augmentation de la valeur de référence du salaire minimum et toute
amélioration du revenu se traduit par une hausse de la consommation. »
Pour que ces bénéficiaires directs des politiques publiques
de redistribution des revenus de la croissance deviennent une nouvelle classe
moyenne, il leur faudrait pouvoir accéder à des emplois typiques de la classe
moyenne, des professions spécialisées qui supposent une formation scolaire et
technique correspondante. On en est loin, estime Marcio Pochmann. « Il
faut procéder à des investissements massifs dans le domaine de l’éducation pour
que ces travailleurs émergents puissent accéder un jour à de tels
emplois ».
Ne
pas confondre avec la classe moyenne des pays avancés
Marcelo Neri, chef du Centre des Politiques Sociales de la
Fondation Getulio Vargas concède que des efforts considérables doivent être
consentis dans le domaine de l’éducation pour consolider les transformations
sociales en cours, mais il estime, lui, qu’il y a bel et bien émergence d’une
nouvelle classe moyenne. Une classe moyenne « économique plutôt que
sociale » nuance-t-il, mais néanmoins caractéristique de l’évolution de la
société brésilienne.
« La classe moyenne brésilienne n’est ni la classe
moyenne américaine, ni la classe moyenne européenne. On ne peut donc pas
prendre ces pays comme référence. Il faut se rappeler que derrière le 0,1% des
plus pauvres des Etats-Unis, il y a 60% de la population mondiale qui est
encore plus pauvre ». L’indicateur principal de l’apparition d’une
nouvelle classe moyenne au Brésil, pour Marcelo Neri, tient dans le fait de la
généralisation des emplois formels à la base de la pyramide sociale. « Le
grand symbole de la nouvelle classe moyenne brésilienne, c’est le contrat de
travail avec la sécurité sociale qui l’accompagne. »
Un
enjeu pour les politiques publiques
Cette discussion n’est pas qu’académique et les autorités
l’accompagnent de près, qui doivent définir les politiques publiques qu’elles
vont mettre en place d’ici 2020, pour faire face à l’évolution de la société
brésilienne. Il y a bien sûr, en premier lieu, les défis de l’éradication de la
pauvreté absolue et du vieillissement, tout le monde est d’accord là dessus,
mais il faut aussi déterminer où vont aller les autres priorités.
Si l’enrichissement des plus pauvres continue à être le moteur
de la croissance stimulée par développement du marché intérieur, il faut alors
renforcer les stratégies de redistribution sociale des bénéfices de cette
croissance. Si au contraire, la rente de la population tend à se stabiliser,
c’est dans la formation d’une main d’œuvre compétitive, capable de répondre aux
demandes de l’industrie d’exportation qu’il faut investir. Deux chemins qui
divergent à un certain moment, les ressources de l’Etat ne pouvant pas
satisfaire les deux priorités en même temps.
Le 30 octobre 2007, à l’annonce de Joseph Blatter, Président de la Fifa, le Brésil apprend qu’il organise la Coupe du Monde de football de 2014. Le pays se rend compte qu’il va devoir accueillir une horde de touristes comme jamais auparavant, plus encore que l’on n’en attend aux Jeux Olympiques de 2016… Mais quel Brésil prépare-t-on pour 2014 ?
Des enjeux logistiques de taille
En raison de la taille de son territoire et de l’ampleur des événements qu’il va accueuillir, le Brésil va se heurter à de nombreuses difficultés logistiques. Les
12 villes qui accueuillent la Coupe du Monde sont distantes de
plusieurs miliers de kilomètres, ont des climats complètement
différents… rappelons-nous, le territoire brésilien représente plus de 15 fois la France ! Par ailleurs, la Fifa représente 206 pays, soit 12 nations de plus que ne rassemble l’ONU. 600 000 touristes étrangers sont ainsi attendus à partir du 12 juin 2014 pour suivre les rencontres, et plus de 3 millions de Brésiliens déferleront dans les rues à l’occasion. Des vacances
scolaires ont été décrétées pendant toute la durée de la Coupe du
monde, et les jours de matchs seront fériés pour les habitants des villes hôtes. Ainsi, les problèmes qui se posent sont ceux des infrastructures brésiliennes : quantité et qualité des aéroports, des hôtels, des routes… Ici, on aime à penser que s’il y a un Brésil ‘AC’ (Antes da Copa, avant la Coupe du Monde), il y aura un ‘DC’ (Depois Da Copa, après la Coupe du Monde).
De l’hypocrisie d’un gouvernement
Pourtant, le gouvernement
brésilien concentre son énergie sur des sujets qui font écran par
rapport aux réels enjeux de la Coupe du Monde 2014. Beaucoup de bruit a
été fait autour de l’exigence dela Fifa de vendre de l’alcool dans les stades, qui contrevient à la législation
brésilienne en vigueur, alors que la mesure n’impacte qu’une infime
minorité de Brésiliens : 99,9% d’entre eux n’auront pas les moyens
d’accéder aux stades.
L’ampleur que prennent ces détails dans la préparation de la Coupe du Monde détourne le regard des véritables problématiques comme les retards et les surcoûts de construction des infrastructures. Au Brésil, tout le monde sait qu’attendre ‘la dernière minute’, l’état d’urgence, pour construire les stades nécessaires à la Coupe du Monde permet aux autorités brésiliennes d’éviter la mise en concurrence des prestataires, et fait fonctionner les géants brésiliens du BTP. Au Brésil, même si de lourds impôts peuvent entraîner certains surcoûts, les matières premières et la main d’oeuvre
restent relativement bon marché. Les coûts prévisionnels absolument
astronomiques des stades s’expliquent donc par une bonne dose de corruption.
Un investissement durable ?
L’approche environnementale n’étant pas non plus une priorité pour le gouvernement brésilien, des initiatives privées tel que le site Portal 2014tentent de poser les bonnes questions pour saisir l’opportunité de développer les énergies propres au Brésil (solaire, éolien, hydroélectrique…) On a parlé de « Copa Verde » en Allemagne. L’incroyable biodiversité du Brésil mériterait aussi que l’on s’intéresse à l’impact de l’événement sur l’environnement naturel et social du pays.
Mais questionner la durabilité des lourds investissements effectués pour la Coupe du Monde au Brésil, c’est aussi penser à la réutilisation des infrastructures après 2014. Si, à Rio, le stade Maracana sera au moins réexploité pour les Jeux-Olympiques de 2016, la plupart des villes hôtes de la Coupe du Monde (Manaus, Curitiba, Natal…) ne sont pas des hauts-lieux de pratique du football. L’objectif sera donc de transformer certains stades de football, qui peuvent acceuillir environ 50 000 personnes, en salles de spectacles à ciel ouvert, ou bien les recycler pour acceuillir d’autres sports grâce à des installations éphémères. Post 2014, un nouveau marché de l´événementiel devrait donc s’ouvrir au Brésil.
Par Les Echos|
01/09/2011 | 09:10 | mis à jour le 09/02 à 11:59
Nos entreprises sont de
plus en plus présentes à l'international. Dans cette nouvelle série
« L'Art d'entreprendre », « Les Echos », Ernst & Young
et les grandes écoles associées au projet, en l'occurrence l'ESCP-Europe,
offrent aux dirigeants d'entreprise un outil de réflexion stratégique incitant
à l'action. Retrouvez conseils d'experts, études de cas et outils pour vous aider
dans votre développement à l'international.
Enjeux
Les entrepreneurs des « high-techs », des biotechs et des
« cleantechs » ont été des précurseurs. Pour eux, plus de frontières.
Le monde est leur terrain de jeu. Ces nouveaux chefs d'entreprises donnent le
tempo et définissent les nouveaux réflexes de l'internationalisation.
En chiffres :
94.800 : Le nombre d'entreprises exportatrices en
2010 Les entreprises de
moins de 20 salariés représentent plus des deux tiers des entreprises
exportatrices, mais réalisent 18 % du montant des échanges. A l'inverse, celles
de plus de 250 salariés (4 %) réalisent 57 % des échanges.
30.000 Le nombre d'entreprises françaises qui ont au
moins une implantation à l'étranger. Une étude réalisée en 2010 sur les entreprises industrielles montre que
celles implantées à l'étranger sont les plus performantes et les plus
exportatrices de leur secteur.
Sidex : De 300 euros à 800 euros d'aides Gérée par Ubifrance et destinée aux PME pour des
missions de prospection, Sidex est une aide financière, dont le montant varie
entre 300 euros et 800 euros selon le pays. L'an dernier,
4.700 entreprises en ont bénéficié.
Coup de frein : Les principales prévisions revues à
la baisse La croissance
mondiale devrait se situer autour de 3 % en 2011 et 2012. Les économies
développées connaîtront des progressions de l'ordre de 1,5 %. De son côté, la
Chine verra son économie progresser de 9 % et le Brésil de 4,5 %.
La frilosité des Français face à la globalisation de l'économie est plus
qu'à relativiser, au vu de tous ces dirigeants d'entreprises de croissance qui
ont choisi, eux, de ne pas subir la mondialisation.
Ubifrance : 20.000 entreprises accompagnées L'Agence pour le développement international des
entreprises françaises a repris le réseau des missions économiques et est
désormais présente dans 46 pays. Elle accompagne chaque année plus de 20.000
entreprises. www.ubifrance.fr
Prêts à l'export : www.oseo.frOséo et Ubifrance sont partenaires sur
les Prêts pour l'export destinés aux PME, dont le montant maximum est de
150.000 euros. Oséo intervient dans le financement de l'investissement :
création d'une filiale, rachat d'une société locale.
Organisme officiel :www.cnccef.org et www.uccife.org Les Conseillers du commerce
extérieurs sont 4.300 professionnels qui interviennent bénévolement dans 146
pays. Les CCI à l'étranger sont, elles, au nombre de 107 réparties dans 77 pays
(28.000 entreprises adhérentes).
Assurance prospection : www.coface.frL'organisme gère pour l'Etat les garanties publiques,
dont l'assurance prospection. Fin 2010, plus de 7.000 entreprises en
bénéficiaient. Les trois pays les plus couverts sont l'Allemagne, les
Etats-Unis et le Royaume-Uni.
Conseiller spécialisé :www.tradeexperts.fr
Les opérateurs spécialisés du commerce extérieur ont créé une fédération
professionnelle. Leurs interventions : l'aide à l'implantation, la recherche de
partenaires, la recherche de financements.
Manifestations :www.programme-france-export.fr
Ce site recense quelque 1.100 manifestations collectives à l'étranger pilotées
: Ubifrance, les CCI en France et à l'étranger, l'Adepta dans l'agriculture et
Sopexa dans l'alimentaire, ainsi que celles avec le label France.
Pacte PME :www.pactepme.org/international
Vingt-quatre grands groupes multinationaux ont pris l'engagement d'aider les
PME dans leurs démarches : soutien de leurs fournisseurs désireux de les suivre
à l'étranger, conseils stratégiques sur les marchés.
Charles-Emmanuel Haquet envoyé spécial à Brasilia - publié le
01/04/2010
Soif de consommation, besoin d'infrastructures, croissance
soutenue... Des grands groupes aux PME, la ruée française vers l'immense et
très porteur marché brésilien ne fait que commencer.
Rio de Janeiro
REUTERS/Bruno Domingos
Les
brésiliens...
Population
: 192 millions d'habitants
PIB
2008 : 1 189,5 milliards d'euros
Revenu
par habitant 2008 : 5 422 euros
Samedi
matin, au Center Norte, l'un des paradis du shopping de Sao Paulo. Des familles
se pressent dans les boutiques. Les bras sont chargés de sacs, les mines,
réjouies. Ici, le shopping, c'est la sortie du week-end. On fait du
lèche-vitrines, on déjeune au restaurant, sous l'?il impavide de vigiles. Si
l'on veut comprendre l'essor du Brésil, c'est là qu'il faut aller. On y voit
défiler la classe moyenne pauliste, celle qui, depuis quelques années, tire la
consommation intérieure. "En quinze ans, elle est passée de 32 à 52 % de
la population", commente Dominique Maupin, chef de la Mission économique
de Sao Paulo.
Il
est là, le miracle brésilien, et c'est certainement ce que l'on retiendra des
années Lula. En lançant des mesures sociales à grande échelle, comme la bolsa familia (aide financière
conditionnée à la scolarisation des enfants), le président brésilien a sorti de
la pauvreté 32 millions de ses concitoyens, soit la population du Canada.
Autant de nouveaux consommateurs qui ont désormais accès au crédit, et qui ne
demandent qu'à dépenser.
Les
grands groupes français ne s'y sont pas trompés. Pratiquement tout le CAC 40
vient faire ses emplettes au Brésil. En avril 2009, le groupe pharmaceutique
Sanofi-Aventis acquiert le n° 1 brésilien des médicaments génériques,
renforçant sa position de leader local ; à la mi-novembre, Vivendi prend le
contrôle de l'opérateur téléphonique GVT. Alstom, GDF Suez, Casino, Vallourec -
qui construit une seconde usine -, Technip, Louis-Dreyfus ou Bonduelle
s'activent. Nos géants du luxe ne sont pas en reste : Hermès s'est rendu compte
que le PIB de Sao Paulo était supérieur à celui de l'Argentine. Le maroquinier a
ouvert une boutique l'an dernier dans le plus luxueux centre commercial de la
ville, Cidade Jardim, comme la marque de maillots de bain Vilebrequin, présente
dans le mall Iguatemi. Quant à
Louis Vuitton, il a ouvert une cinquième boutique à Brasilia.
Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat française
chargée du Commerce extérieur.
"Notre
part de marché au Brésil progresse. Nos entreprises effectuent plus
d'investissements directs dans ce pays qu'en Chine."
Les
PME suivent le mouvement. "Elles accourent ! On a recensé 455 demandes
d'information en 2009, contre 253 deux ans plus tôt", précise Louis
Bazire, patron de BNP Paribas-Brasil et de la chambre de commerce
franco-brésilienne. Confirmation de Dominique Maupin : "L'an dernier, nous
avons organisé, pour les PME françaises, quatre fois plus de missions de prospection
qu'en 2006."
Pourquoi
le Brésil ? Parce que ce pays plaît. Il aiguise les appétits et rassure les
investisseurs. "Les dépenses publiques et l'inflation sont maîtrisées. Le
Brésil n'est plus ce pays "pas sérieux" dont parlait de Gaulle. Ses
fondamentaux sont sains, il donne confiance", résume Jean-Claude Lenoir,
président du groupe d'amitié France-Brésil à l'Assemblée.
Le
"pays d'avenir" a émergé, après avoir été longtemps le seul
"Bric" (Brésil, Russie, Inde, Chine) dont on ne parle pas, restant
dans l'ombre des mastodontes chinois et indien. C'est que le géant vert a mis
du temps à se stabiliser.
Miguel Jorge, ministre du Développement, de
l'Industrie et du Commerce extérieur
"Les
Français, sixièmes investisseurs au Brésil, peuvent occuper une meilleure
place. Ils sont moins agressifs que les Allemands ou les Suédois."
Tout
juste sorti de vingt ans de dictature militaire, en 1985, le Brésil traverse
une terrible période d'inflation - jusqu'à 2 800 % pour la seule année 1990 !
Dans la filiale brésilienne de Saint-Gobain, les ouvriers préféraient se faire
payer en paniers de nourriture, tant la monnaie se dépréciait vite. Il faudra
l'énergique plan Real du président Cardoso, en 1994, pour que la situation se
stabilise. Mais l'épisode a traumatisé le pays. Plus question de laisser
l'inflation filer au-dessus de 5 %. D'où la tendance des gouvernements suivants
à "pousser" les taux d'intérêt lorsque les prix flambent. Ce qui
pose, tout de même, quelques problèmes aux investisseurs. Car l'argent coûte
cher, au Brésil.
"Pour
financer la construction de notre Club Med, à Buzios, le Saint-Tropez brésilien,
notre partenaire immobilier a préféré vendre les 375 chambres à des
particuliers, autour de 100 000 euros l'une, plutôt que d'emprunter à des taux
prohibitifs (entre 12 et 15 %)", explique Janick Daudet, qui dirige le
Club Med en Amérique latine.
Lorsque Lula arrive au pouvoir, les élites craignent le pire. Pensez, un
ancien syndicaliste, issu des couches pauvres de la population, dont on ne
connaît pas vraiment les intentions. Mais les marchés se rassurent vite. Lula
reste "dans les clous" de son prédécesseur. Début 2007, il lance un
ambitieux plan d'investissement dans les infrastructures, le PAC - plan
d'accélération de la croissance. D'ailleurs, celle-ci décolle : presque 6 % en
2008.
La crise casse la dynamique... pour quelques mois (fin 2008-début 2009).
"L'Etat brésilien l'a particulièrement bien gérée, relate Hervé Le Roy,
chef de la mission économique à l'ambassade de France. Il a notamment abaissé
l'impôt sur la production industrielle, ce qui a stimulé la consommation."
Carton plein : l'industrie automobile réalise en 2009 l'une des meilleures
années de son histoire (+ 11,4 %). Et le taux de croissance du pays reste
positif, avec un PIB en hausse de 0,2 % en 2009. De quoi donner de la superbe à
ce pays neuf sur la scène internationale. "Je suis frappée par la
puissance du Brésil dans les derniers dialogues multilatéraux, que ce soit à
l'OMC, à Copenhague ou au G20", commente Anne-Marie Idrac. La secrétaire
d'Etat au Commerce extérieur aime aussi évoquer la "lune de miel"
entre les présidents Lula et Sarkozy.
Cette entente ne date d'ailleurs pas d'hier. Au XIXe siècle, la France
était très prisée des élites brésiliennes. La langue de Molière a même failli
devenir officielle. Et, dans les années 60, le français était obligatoire à
l'école. "Je l'ai appris quand j'étais enfant, témoigne le ministre du
Développement, de l'Industrie et du Commerce extérieur, Miguel Jorge. A
l'époque, les Français étaient encore très présents. Je roulais même en RenaultGordini." Et puis l'influence française s'est estompée. Seuls quelques
mots, comme boulevard, abajurou
rendez-vous, ont survécu dans la langue brésilienne.
Ces liens historiques, le président français fait tout pour les renforcer.
Il soutient la candidature du Brésil au Conseil de sécurité de l'ONU, à
l'organisation des jeux Olympiques de 2016 - décrochés par Rio de Janeiro. Il
signe un partenariat stratégique avec son homologue Lula, notamment en matière
de défense et d'espace, il consent d'importants transferts de technologie. En
octobre prochain, les deux présidents inaugureront ensemble le pont d'Oyapock,
qui enjambera le fleuve qui marque la frontière entre la Guyane française et
l'Etat brésilien de l'Amapa.
Ce lien symbolique aura toutefois moins d'impact, sur le plan économique,
que le groupe de haut niveau créé l'an dernier et qui rassemble une vingtaine
de grandes entreprises françaises et brésiliennes. Parmi elles, Accor, Rhodia,
EADS, Alstom, Areva, et, côté brésilien, Embraer, ETH, Vale ou GV Agro.
"Nous voulons faire émerger des projets transversaux, explique Gérard
Mestrallet, PDG de GDF Suez et président de la délégation hexagonale, sur des
thèmes comme le financement d'infrastructures, la recherche et le
développement, la formation technique ou la coopération en Afrique. Ce groupe
permet aussi de tisser des liens avec nos homologues brésiliens."
L'imposante classe C... comme
Consommation
Avec 32 millions de nouveaux
consommateurs en quelques années,le marché intérieur brésilien se porte bien, en grande
partie grâce aux mesures sociales du président Lula, qui ont permis l'émergence
d'une vraie classe moyenne, dite C. Car, au Brésil, la société se divise en
cinq grandes catégories : - Classe A et B : les riches,
disposant de plus de 1 900 euros mensuels ; - Classe C : la classe moyenne (439
à 1 900 euros par mois) ; - Classe D : les pauvres (317 euros
mensuels) ; - Classe E : les exclus (moins de
317 euros par mois).
En 2002, les classes D et E représentaient 43 % de la population, et la classe
C, 44 %. Six ans plus tard, les classes D et E ne constituent plus que 32,5 %,
et la classe C a grimpé à 52 %. Le miracle brésilien, c'est ce glissement
vertueux qui fait briller les yeux de nos grandes enseignes, dont la plupart se
positionnent sur les segments A, B et C.
Ces efforts vont-ils renforcer la présence française sur le sol brésilien ?
Ce serait souhaitable, car la France ne joue pas encore dans ce pays le rôle
auquel elle pourrait prétendre. "Il est vrai que les investissements
français ne sont pas à la hauteur des liens que nos pays entretiennent",
constate Ricardo Schaefer, directeur d'Apex-Brasil, l'agence de promotion
nationale pour le commerce et l'investissement. La part de la France dans les
flux d'investissements directs n'est que de 6,5 %, ce qui la place en sixième
position. Soit une "part de marché" de 2,83 % en 2009, contre 7,73 %
pour l'Allemagne. "Mais nos investissements sont en progression",
nuance Dominique Maupin, qui note que "le rendement d'un investissement
réalisé au Brésil par des Français est en moyenne deux fois supérieur à celui
d'un investissement effectué ailleurs". Ce qui valide l'idée qu'au Brésil,
où les taxes à l'importation sont élevées, il est préférable de s'implanter
"en dur" plutôt que de se cantonner à des activités d'import-export
classiques.
Mais attention, personne n'a dit
que le Brésil était un pays de cocagne, avertit Yves Saint-Geours,
l'ambassadeur de France à Brasilia. "On ne vient pas ici pour faire des
profits rapides et s'en aller aussi vite que l'on est venu ! D'abord, parce que
ce pays ne connaîtra plus de taux de croissance à deux chiffres, comme par le
passé. Ensuite, parce que le Brésil reste un pays difficile, procédurier et
bureaucratique, où l'on a souvent besoin d'une armée d'avocats."
L'un
des problèmes récurrent, à écouter les témoignages de patrons français ou
brésiliens, ce sont les dissensions entre les grandes familles qui dominent les
Etats régionaux et le pouvoir central. "Lula n'a pas pu faire la réforme
politique et fiscale dont le Brésil a besoin, analyse Hervé Le Roy. Le pouvoir
des familles est bien trop fort." Leur mépris pour Brasilia est tel que la
capitale politique a écopé d'un surnom : "l'Ile de la fantaisie".
Ces
luttes de pouvoir ont des conséquences néfastes sur le commerce, car chaque
région tente d'attirer l'investissement en essayant de barrer la route à ses
voisines. "Parfois, on bloque nos camions pendant deux jours parce qu'une
administration locale nous reproche de payer nos taxes dans un autre Etat",
déplore Régis Dubrule, fondateur de la chaîne de meubles Tok & Stok.
"Le Brésil, pour nous, c'est 26 Etats, avec autant de régimes fiscaux
différents et de barrières entre chacun d'eux, confirme Jean-Marc Pueyo, patron
de Carrefour-Brésil. La bonne nouvelle, c'est que les taux de TVA vont être
harmonisés dans l'alimentaire, ce qui va ralentir le commerce informel, qui,
dans ce secteur, pèse encore pour la moitié du chiffre d'affaires."
Le
manque d'infrastructures freine aussi le développement de certaines industries.
"Dans la région de Minas Gerais, de nombreuses mines pourraient ouvrir
s'il n'y avait pas ce problème logistique, estime Mario Eugenio Lobato Winter,
l'un des dirigeants de VMB, la filiale brésilienne de Vallourec. Les routes
sont engorgées, et nous n'avons pas assez de voies ferrées." Ricardo
Schaefer concède : "C'est un goulet d'étranglement qui nuit à nos
exportations. Nous allons investir 3,5 milliards d'euros pour construire de
nouvelles routes, et à peu près autant pour créer de nouvelles lignes
ferroviaires."
Un
dernier point tracasse les économistes. Cigales, les Brésiliens n'épargnent
pas. Pas plus qu'ils n'achètent de biens immobiliers. Et quand ils consomment,
c'est à crédit. Ici, on paie une paire de tongs Havaianas en trois fois, et un
plein d'essence à trente jours, avec deux chèques antidatés. Du coup,
l'endettement réel des ménages est important. "Le taux de défaillance des
emprunteurs est élevé, de l'ordre de 12 à 15 %", note Louis Bazire. Pas de
quoi encore provoquer une crise financière.