06/03/2012 |
Thierry Ogier.
Le temps se
couvre. La croissance brésilienne n’a atteint que 2,7% l’an dernier. Pas si mal
en apparence. Mais elle a néanmoins traversé 2011 en chute libre. Le
gouvernement tente de riposter pour mieux rebondir cette année. Et entend « se
protéger » contre les politiques de « dévaluations compétitives » de ses
partenaires internationaux. La partie n’est pas gagnée d’avance.
Port de Rio
de Janeiro. Photo S.O
Après avoir
frôlé la surchauffe en 2010, l’économie brésilienne a pris un coup de froid
l’an dernier. Pas méchant, mais assez sérieux pour qu’on s’y arrête. Le produit
intérieur brut (PIB) a atteint le montant d’environ 2500 milliards de dollars
et a enregistré une croissance de 2,7%. Un chiffre jugé décevant. En fait, la
croissance a subi une chute continue tout au long de 2011. D’abord pour freiner
les pressions inflationistes, puis en raison de la recrudescence de la crise de
la dette souveraine en Europe.
Evolution de
la croissance brésilienne en 2011
Source :
IBGE
En définitive,
le ralentissement a été beaucoup plus significatif que prévu. C’est l’industrie
qui semble avoir payé le plus lourd tribut (+1,6% seulement). Pour le
gouvernement, cela confirme ce que l’on craignait déjà. Le secteur de
l’industrie de transformation, là où l’on enregistre la plus forte valeur
ajoutée, est en perte de vitesse, voire menacé. Dilma Rousseff évoque à son
tour la « désindustrialisation »...
Riposte à la « guerre des monnaies »
Le gouvernement
a trouvé la riposte et a relancé une offensive sur le front de « la guerre des monnaies », cette pratique
de dévaluation compétitive en vogue aux Etats-Unis, dans l’Union Européenne et
au Japon, que la présidente brésilienne a taxé de « dévaluation artificielle » lors de sa visite en Allemagne cette
semaine.
« Nous avons été surpris par la détérioration
de la crise internationale au second semestre [de 2011] et par ses conséquences
sur l’industrie brésilienne », a affirmé le ministre brésilien des Finances
Guido Mantega dans une conférence avec la presse étrangère mardi. Selon lui, il
y a deux effets pervers. L’industrie brésilienne est dépassée par des
importations moins chères et perd du terrain face à ses concurrents
internationaux ; et l’afflux massif de capitaux risque d’alimenter de nouvelles
bulles financières, ce qui serait le prélude à de nouvelles crises. Attention,
danger !
Le protectionisme en question
Face à cette
menace, le gouvernement a déjà pris plusieurs mesures d’ordre technique pour
enrayer la valorisation du Real, qui handicape la compétitivité de plusieurs
secteurs industriels. Mais c’est surtout en matière de commerce extérieur que
le Brésil a durci sa position : surtaxe sur les importations de véhicules
asiatiques, remise en question de l’accord commercial avec le Mexique. Des
mesures de « sauvegarde » sont également à l’étude dans le secteur textile.
Angela Merkel,
la chancelière allemande, n’a pas hésité à évoquer des « mesures protectionnistes unilatérales » lors de sa rencontre avec
Dilma Rousseff. Le ton monte... Pour Guido Mantega, il s’agit simplement de « protéger le Brésil contre des pratiques
abusives de la part de pays qui sont prêts à faire n’importe quoi pour exporter
».
« L’Allemagne et le Japon, dit il, feraient mieux de stimuler leurs propres
marchés de la consommation ». En attendant, le ministre brésilien des
Finances compte sur le dynamisme de son propre marché intérieur de près de 200
millions d’habitants. Et table sur un réveil de la croissance qui devrait
atteindre 4,5% cette année. Des prévisions toujours à prendre avec des
princettes.
Car pour que le
Brésil retrouve vraiment la voie d’une croissance équilibrée, il faudrait aussi
que l’investissement et l’épargne repartent à la hausse, alors que leurs taux
se sont légèrement repliés l’an dernier, à 19,3% et 17,2% respectivement.

