jeudi 26 janvier 2012

Brésil : la classe moyenne se dessine enfin

Lors de la dernière décennie, la classe moyenne a prise de l’ampleur, atteignant 90 millions de personnes pour un pays de 200 millions d’habitants.

un quartier de Salvador de Bahia
un quartier de Salvador de Bahia
Selon une étude des consultants brésiliens Datafolha, le Brésil est devenu un pays avec une vraie classe moyenne. 6 brésiliens sur 10 ayant plus de 10 ans font partie de cette classe sociale. Un résultat qui inspire l’économiste brésilien Marcelo Neri qui enseigne à l’université de Rio de Janeiro : « la hausse des revenus, qui ne touche pas l’élite du pays, a constitué une vraie révolution pour les plus déshérités au Brésil. Cependant, il faut relativiser. La classe moyenne au Brésil n’est pas du tout homogène car elle inclut une multitude de sous-groupes et prend en compte une multitude d’indicateurs basés sur les revenus, l’éducation et la consommation. »

L’étude montre ainsi que les plus pauvres faisant partis de la classe moyenne brésilienne, restent très vulnérables et ont besoin d’aides sociales du gouvernement pour subsister à leurs besoins. La semaine dernière, le ministère en charge de combattre la faim au Brésil a identifié 320 000 familles ne recevant aucune aide et ne faisant pas partie du programme social chargé d’aider 17 millions de brésiliens à sortir de l’extrême-pauvreté. Néanmoins, les chiffres présentés par Datafohla sont positifs. La pauvreté diminue au Brésil et l’extrême-pauvreté ne représente plus que 1% des foyers du pays.
Publié le 24 janvier par Benjamin Esposito sur Amérique24.com

dimanche 15 janvier 2012

La grande distribution brésilienne

5/07/2011 | 13:55 | mis à jour le 29/07 à 11:59 | Les Echos

Dossier : Carrefour-Casino : duel au Brésil

Le Brésil est le nouveau terrain de bataille des deux distributeurs français. Carrefour projette de fusionner ses activités brésiliennes avec CBD, premier distributeur local, contrôlé par Abilio Diniz et par... Casino. Mais ce dernier entend bien faire obstacle à ce rapprochement. Le combat ne fait que commencer.

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La fusion Carrefour-CBD: des rumeurs...

L'affaire démarre fin mai 2011. La presse, tant française que brésilienne, soulève l'hypothèse d'un projet de fusion entre les activités brésiliennes du français Carrefour et CBD, la société détenant le distributeur Grupo Pão de Açucar (GPA). GPA, contrôlée par Abilio Diniz et le groupe Casino, est le leader de la distribution alimentaire au Brésil. Les intéressés démentent l'existence de quelconques négociations.

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Le 21 juin, lors de l'assemblée générale de Carrefour, Lars Olofsson (photo: AFP), directeur général du groupe, interrogé sur ce projet, déclare: «Je ne commente pas les rumeurs, mais nous devons concentrer nos efforts sur les pays émergents, dont le Brésil».

Le 24 juin, c'est la justice française elle-même qui confirme les dites «rumeurs». Saisi à la suite de l'envoi par Casino d'un huissier au siège de Carrefour, à Boulogne-Billancourt, le tribunal de commerce de Nanterre rend une ordonnance de référé constatant que 22 courriers ont bien été échangés entre Carrefour et Diniz...

... au projet concret

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Trois jours plus tard, le 27 juin, Gama, un véhicule d'investissement créé et contrôlé par l'agressive banque brésilienne BTG Pactual et soutenu par la Banque nationale brésilienne de développement (BNDES), propose à Carrefour de créer avec CBD un champion national de la distribution. Le montage financier prévu est complexe: Gama doit fusionner avec CBD par échange d'actions, puis CBD prendre l'intégralité du capital de Carrefour Brésil, et enfin, Gama rétrocéder quelques actions CBD à Carrefour pour arriver à un équilibre 50-50 dans le nouveau groupe. En échange, Carrefour doit émettre au bénéfice de Gama 90 millions d'actions de préférence, soit 11,7% de son capital. Abilio Diniz (photo: AFP) a enfin abattu ses cartes, mais il affirme avec précaution: «Les bénéfices de ce rapprochement [avec Carrefour] seront considérables et je vais bien évidemment analyser cette proposition, conjointement avec mon partenaire, le groupe Casino».

Le 3 juillet, le conseil d'administration de Carrefour se prononce en faveur du projet de partenariat avec CBD. Un projet stratégique pour le distributeur français, qui lui offrirait un fort relais de croissance à l'heure où ses performances s'amenuisent dans l'Hexagone. Casino réagit immédiatement en estimant que «Carrefour et ses administrateurs engagent leur responsabilité en acceptant, malgré les avertissements, une opération engagée de manière hostile et menée dans le cadre de négociations illégales».

Casino déterminé à s'opposer au rapprochement

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Casino veut empêcher à toute force son partenaire brésilien de se rapprocher de son concurrent Carrefour. CBD concourre de façon importante (à hauteur de 16%) au chiffre d'affaires total du groupe dirigé par Jean-Charles Naouri (photo: AFP). Fin mai, Casino saisi la Chambre de commerce international «d'une procédure d'arbitrage à l'encontre du groupe Diniz sollicitant notamment le respect et la bonne exécution du pacte entre actionnaires du 27 novembre 2006 relatif à leur société commune Wilkes, laquelle contrôle la société brésilienne CBD». Le 4 juillet, juste après l'approbation par les administrateurs de Carrefour du projet de fusion avec CBD, Casino lance une seconde procédure d'arbitrage contre Diniz.

La contre-attaque ne s'arrête pas là. Le 16 juin, Jean-Charles Naouri annonce avoir porté à 37% sa participation économique totale au capital de CBD. Puis, le 30 juin, il opère une nouvelle montée au capital du distributeur brésilien dont il détient au final 43,1%. Une façon, affirme le groupe, de «réaffirmer son engagement au Brésil». Le 4 juillet, le patron de Casino rencontre Luciano Coutinho, président de la Banque nationale brésilienne de développement, pour lui répéter son opposition à la fusion Carrefour-CBD.

Pourtant, Casino pourrait être amené à plier. Abilio Diniz dispose peut-être en effet d'une arme fatale pour l'y contraintre. Selon une note d'analyste publiée le 7 juillet à Paris, le droit brésilien prévoit de suspendre, en cas de conflit d'intérêts entre une entreprise et l'un de ses actionnaires, les droits de vote dudit actionnaire. «Casino n'a aucun conflit d'intérêts avec CBD», balaie une source proche du groupe. L'entourage d'Abilio Diniz, lui, se refuse à tout commentaire.

Le 12 juillet, les administrateurs de Casino, réunis en conseil extraordinaire, constatent «à l'unanimité, à l'exception de Monsieur Abilio Diniz, que le projet [de fusion des activités brésiliennes de Carrefour avec CBD, NDLR] est contraire aux intérêts de GPA, de l'ensemble de ses actionnaires et de Casino». Ils estiment que l'opération, dont les «risques d'exécution sont élevés», «repose sur une vision stratégique erronée pour GPA».

Le Brésil, un marché stratégique

Si Carrefour et Casino s'affrontent si âprement au Brésil, c'est que le pays, troisième marché mondial pour la distribution alimentaire, revêt pour eux une importance stratégique. Carrefour, qui y a débarqué en 1975, serait numéro un sur l'alimentaire, même si Grupo Pão de Açucar est au premier rang des distributeurs. D'autres acteurs majeurs du secteur comme l'américain Wal-Mart et, dans une moindre mesure, le chilien Cencosud, sont aussi présents, mais ils n'ont pour l'heure jamais réussi à inquiéter les deux grands. Après le Brésil, c'est la Colombie qui est le marché le plus prometteur d'Amérique du Sud. Casino, qui y est présent depuis 1999 via sa filiale Exito, y revendique la place de leader.

Coup d'arrêt au projet

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, nouveau rebondissement dans l'affaire: les autorités brésiliennes et la Banque nationale de développement du pays annoncent le retrait de leur soutien au projet de rapprochement entre CBD et la filiale brésilienne de Carrefour dévoilé le 28 juin. L'homme d'affaires brésilien Abilio Diniz juge dans un communiqué cette décision «profondément regrettable». Celle-ci conduit de fait à la fin de l'offre présentée par Gama. De son côté, Carrefour en «prend acte».

Le 28 juillet, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, Jean-Charles Naouri confirme l'intention de Casino de prendre le contrôle de sa filiale CBD en 2012, comme le prévoient les accords avec Abilio Diniz.

Le coût de la vie au Brésil dépasse celui des USA

Custo de vida do Brasil supera o dos EUA

Dados de 187 países-membros do FMI relativos ao ano passado apontam fato considerado anormal para um país emergente

14 de janeiro de 2012 | 20h 17

Fernando Dantas, de O Estado de S. Paulo

RIO - O custo de vida do Brasil superou o dos Estados Unidos em 2011, quando medido em dólares, segundo dados do Fundo Monetário Internacional (FMI) sobre o PIB dos 187 países-membros. Este fato é extremamente anormal para um país emergente. Em uma lista do FMI de 150 países em desenvolvimento, o Brasil é praticamente o único cujo custo de vida supera o americano em 2011, o que significa dizer que é o mais caro em dólares de todo o mundo emergente.

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Na verdade, há outros quatro casos semelhantes, mas referentes a São Vicente e Granadinas, um arquipélago minúsculo; Zimbábue, país cheio de distorções, onde a hiperinflação acabou com a moeda nacional; e Emirados Árabes Unidos e Kuwait, de população muito pequena, gigantesca produção de petróleo e renda per capita de país rico.

Considerando economias diversificadas como o Brasil, contam-se nos dedos, desde 1980, os episódios em que qualquer um de mais de cem países emergentes apresentasse, em qualquer ano, um custo de vida (convertido para dólares) superior ao dos Estados Unidos.

Há uma explicação para isso. O preço da maioria dos produtos industriais tende a convergir nos diferentes países, descontadas as tarifas de importação. Isso ocorre porque eles podem ser negociados no mercado internacional, e, caso estejam caros demais em um país, há a possibilidade de importar. Mas a maioria dos serviços, de corte de cabelo a educação e saúde, não fazem parte do comércio exterior. Assim, eles divergem muito em preço entre os países.

Em nações ricas, com salários altos, os serviços geralmente são muito mais caros do que nos emergentes. Isso se explica tanto pelo fato de que a renda maior tende a puxá-los para cima, como pelo fato de que a mão de obra empregada no setor de serviços recebe muito mais e representa um custo maior. Dessa forma, é principalmente o setor de serviços que faz com que o custo de vida seja mais alto no mundo avançado. Na comparação com os Estados Unidos, os países emergentes são quase sempre mais baratos.

É por isso que espanta que o Brasil apareça como mais caro do que os EUA nas tabelas de projeções do PIB de 2011 do FMI. "Essa inversão mostra que as coisas estão fora do padrão, porque a taxa de câmbio está completamente fora do padrão histórico, com uma valorização gigantesca nos últimos anos", diz o economista Armando Castelar, do Instituto Brasileiro de Economia (Ibre), da Fundação Getúlio Vargas (FGV) no Rio.

O custo de vida relativo dos países pode ser derivado da comparação entre as estimativas do FMI para o PIB em dólares correntes e o PIB ajustado pela paridade de poder de compra (PPP). Esse segundo método busca neutralizar - ao se fazer o cálculo do PIB - a diversidade dos preços, convertidos para dólares, dos mesmos produtos em diferentes países.

mardi 11 octobre 2011

Les intermédiaires sont indispensables pour gagner certains marchés




Comment en finir avec les affaires ? | | 06.10.11 | 14h01

par Frédéric Parrat, avocat, enseignant chercheur à l'université Paris


La France est actuellement confrontée à une des plus grandes crises économiques de son histoire. Tous les indicateurs sont au rouge, que ce soit la croissance économique, le taux de chômage, le déficit commercial et même le moral des ménages et des chefs d'entreprise, ce qui est loin d'être anodin quand on sait le rôle que joue la confiance dans l'économie.

L'environnement économique de notre pays est également préoccupant. La zone euro traverse une turbulence extrêmement violente et, un peu partout dans le monde, les taux de croissance sont revus à la baisse. Il est tout à fait possible que nous entrions très prochainement dans une longue période de récession économique.

Dans ce contexte sinistré, nos entreprises n'ont d'autre choix que d’aller chercher des relais de croissance à l'international et notamment dans les pays émergents. C'est une question de survie, car, sans croissance, il est impossible de financer l'innovation et l'investissement. Les grandes entreprises du CAC 40 réalisent déjà plus de la moitié de leurs profits à l'étranger et le gouvernement français a mis en place plusieurs dispositifs pour inciter les PME à exporter et à s'implanter à l'étranger.

Mais en dehors de quelques très grandes entreprises, les résultats ne sont pas au rendez-vous. La position exportatrice de la France recule d'année en année et notre pays perd constamment des parts de marché. Si l'Allemagne, grâce à son maillage de PME performantes et exportatrices, enregistre un très fort excédent commercial (près de 200 milliards d'euros), nous allons finir l'année 2011 avec un déficit commercial record de 75 milliards d'euros...

Nos entreprises doivent apprendre à mieux se mettre en valeur lorsqu'elles cherchent à accrocher des contrats sur les marchés internationaux. La plupart des grands contrats internationaux sont attribués à l'issue de procédures d'appels d'offres relativement complexes et contraignantes où il faut convaincre de nombreux interlocuteurs qui gravitent souvent autour du pouvoir politique. C'est pour les aider dans cette tâche que les entreprises font appel à des intermédiaires ou à des "facilitateurs".

Rémunérer un partenaire ou un intermédiaire pour remporter un marché est légitime et c'est une pratique très fréquente partout dans le monde. Dans de nombreux pays, il n'est d'ailleurs pas possible de s'implanter sans faire appel à un "sponsor" qui est généralement choisi en fonction de sa compétence et de son carnet d'adresses.

En France, les intermédiaires sont légion dans la plupart des secteurs d'activité, à l'instar de l'immobilier ou du sport, par exemple, où les agents sont rémunérés sur la base d'un pourcentage du montant des transactions réalisées. Qui s'est offusqué de voir que, à l'occasion du transfert au PSG du footballeur Javier Pastore, l'agent du joueur avait perçu 12 millions d'euros de commission ?

Il existe malgré tout une ligne jaune qu'il ne faut pas franchir. S'il est légal de verser des commissions à des intermédiaires, il est totalement interdit de corrompre des agents publics pour accrocher des contrats. La quasi-totalité des entreprises françaises présentes à l'international se conforment strictement à cette contrainte et ont mis en place des procédures de contrôle leur permettant de s'assurer que les intermédiaires respectent ces principes légaux et éthiques.

Les intermédiaires acceptent de se plier à ces conditions, mais ils ont une exigence : la discrétion. Personne ne peut faire des affaires s'il ne respecte pas son obligation de confidentialité. Or, les récents développements médiatico-judicaires liés à la vente, au début des années 1990, de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie saoudite dérogent à cette règle absolue. Notre pays devrait comprendre que la justice doit mener ses investigations dans la plus stricte discrétion.

Au lieu de quoi, les médias, sur fond de règlements de comptes politiques, "balancent" quotidiennement toutes sortes d'informations assimilant les rétrocommissions, qui auraient été versées à des hommes politiques pour financer des campagnes électorales, avec les commissions versées aux décideurs des pays acheteurs (ce qui était légal jusqu'en 2000) et les commissions perçues en toute légalité par les intermédiaires qui ont permis aux entreprises françaises de pouvoir accrocher d'importants contrats.

Le problème, c'est que la médiatisation à outrance de ces affaires arrive au plus mauvais moment. Ces derniers mois, en effet, les entreprises françaises ont connu plusieurs échecs retentissants sur de grands contrats internationaux.

Le contrat du siècle aux Emirats arabes unis, qui portait sur la construction pour 30 milliards d'euros de quatre centrales nucléaires, a ainsi été remporté par le coréen Kepco au nez et à la barbe du français Areva. Plus récemment, le marché du TGV en Arabie saoudite (7 milliards d'euros) a été perdu par Alstom au profit d'un consortium espagnol. La France a abandonné sur les dix dernières années 100 milliards d'euros de parts de marché à l'export... Il faut dire que, sur les marchés internationaux, les entreprises françaises sont confrontées à une concurrence de plus en plus féroce de la part des pays émergents, et notamment des entreprises chinoises, coréennes ou indiennes. La technologie française est pourtant extrêmement compétitive et mondialement reconnue.

Dans un contexte économique particulièrement difficile, le monde entier nous observe. Si nous donnons quotidiennement le sentiment que notre pays est corrompu, il est à craindre que certains pays refusent de contracter avec des entreprises françaises. De façon paradoxale, et alors même qu'elles respectent aujourd'hui strictement les règles légales et éthiques en matière de commissions versées aux intermédiaires, les entreprises françaises pourraient être les premières victimes du déballage médiatique actuel.

S'il est légitime que la justice enquête et, le cas échéant, condamne sévèrement ceux qui ont perçu indûment des commissions, nous prendre garde à ce que le traitement médiatique n'altère pas durablement l'image et la crédibilité de nos entreprises par des amalgames intempestifs

vendredi 30 septembre 2011

Le Brésil veut défendre son industrie menacée par le real fort

Copyright Reuters

Les performances économiques du géant sud-américain reposent davantage sur l'exportation de matières premières que sur des produits manufacturés, pénalisant son industrie.
Acheter une voiture "100% importée" a longtemps été un privilège au Brésil, réservé à une élite fière de ses véhicules de luxe. Mais la donne vient de changer. Aujourd'hui, la coqueluche des classes populaires s'appelle J3, un modèle bien équipé et à bas prix du fabricant chinois JAC. Quatre mois après son lancement, début 2011, la compagnie revendiquait déjà 1% du marché brésilien. Et elle n'est pas la seule. Entre janvier et août, le nombre de voitures étrangères a augmenté de 45%, et le montant total des licences d'importation pour 2011 atteint 19,3 milliards de dollars. "Le chiffre nous a fait peur", déclare le ministre du Développement, Fernando Pimentel. "Si on ne fait rien, tous les fabricants du monde écouleront leurs stocks ici", poursuit-il. Le gouvernement vient de réagir en annonçant la hausse de 30 points de l'imposition sur les véhicules dont la production n'est pas à 65 % effectuée sur le territoire national ou dans le Mercosur - la zone économique du cône sud-américain - et ce jusqu'à la fin de 2012.
Ce n'est ni pour créer de l'emploi ni pour augmenter les capitaux que la présidente Dilma Rousseff a pris cette décision. Le Brésil est une des rares puissances en croissance cette année, le chômage a atteint son plus-bas historique (6%), les investissements directs affluent - près de 40 milliards de dollars sur les sept premiers mois - et le solde commercial est excédentaire. Ces chiffres camouflent toutefois une réalité préoccupante. En 2005, 55% des exportations venaient de l'industrie, contre 39% en 2010. Les produits phares sont aujourd'hui le minerai de fer, le pétrole brut, le soja, le sucre et le café. Selon l'Institut Acier Brésil, qui réunit les entreprises sidérurgiques, le poids de l'industrie dans l'économie est tombé de 19,2% en 2004 à 15,8% l'année dernière. Le spectre de la désindustrialisation hante le Brésil.
C'est avec la Chine que la tendance est la plus marquée. Devenue en 2009 le premier partenaire commercial du pays, en absorbant 15,2% de ses exportations, contre 2% en 2000, elle reste déficitaire. Mais 88% des ventes brésiliennes à la Chine sont composées de matières premières, alors que 96% des importations chinoises sont industrielles, selon la Fédération des entreprises de São Paulo (Fiesp), principale entité patronale.

Plan "Brésil plus grand"

Les économistes montrent du doigt la survalorisation du real. La monnaie a plus que doublé de valeur face au dollar depuis 2003. Elle est dopée par la croissance, les investissements, mais surtout les taux d'intérêt réels, qui restent les plus élevés du monde. Pour compenser ce que le ministre de l'Economie, Guido Mantega, a qualifié de "guerre des monnaies", le gouvernement vient, outre la surtaxe des voitures importées, de lancer le plan "Brésil plus grand", pour protéger les secteurs les plus fragiles comme le textile et le mobilier avec des avantages fiscaux, et une aide à l'innovation.
Parallèlement, le gouvernement tente de s'attaquer au "coût Brésil" : la pauvreté des infrastructures qui limite les exportations. Les 30.000 kilomètres de chemin de fer sont sous-utilisés, les routes sont dans un état déplorable - à peine 10% sont pavées - provoquant un surcoût en termes de vieillissement des véhicules et d'accidents. Et lorsque les camions parviennent aux ports, encore trop concentrés dans le sud du pays, l'attente provoque de grosses pertes de marchandises périssables. L'inauguration de nouveaux terminaux portuaires dans le nord - plus proches de deux à trois jours de bateau de l'Europe et des États-Unis - devrait diminuer en partie la pression.

Baisse des taux d'intérêt à 12%
Dilma Rousseff a également décidé de faire baisser le real. Le mois dernier, la banque centrale, qui n'est pas formellement indépendante au Brésil, a annoncé une baisse du taux d'intérêt, ramené à 12%. Cette décision a pris par surprise le marché, provoquant des pertes pour les spéculateurs, qui pariaient sur un durcissement de la politique monétaire. Le message semble être passé : le dollar est en hausse continue face au real depuis dix jours (1,77 real pour 1 dollar lundi). Reste toutefois au gouvernement à faire face au problème de l'inflation, qui flirte avec 6,5% et devrait croître l'année prochaine du fait d'une forte augmentation du salaire minimum. Pour Dilma Rousseff, une croissance élevée est un impératif. Son intransigeance face à la corruption, qui a fait tomber trois ministres depuis le début de l'année, a fragilisé sa base politique. Mais elle sait que tant que l'économie continuera de caracoler, sa popularité sera indéboulonnable.
Virginie Mairet, à Rio de Janeiro - 20/09/2011, 08:20

Baisse des taux d'intérêt au Brésil: Le changement de cap risqué de Dilma Rousseff

Par gros temps, Dilma sort ses griffes. Cela fait moins de neuf mois que l'ancienne guérillera est parvenue aux affaires. Elle a déjà dû essuyer une tempête sur le front de la corruption, la voilà désormais sur le pont pour amortir le choc de la crise économique mondiale. Et trouve même dans la récession qui se profile à l'horizon un bon prétexte pour corriger une vieille anomalie de l'économie brésilienne : ses taux d'intérêt stratosphériques. Sans avoir totalement endigué la hausse des prix, la banque centrale estime que la menace d'une inflation galopante s'est éloignée et a commencé à relâcher sa politique monétaire fin août. Un véritable changement de cap, puisque l'institution monétaire avait relevé ses taux à cinq reprises depuis le début de l'année !
Mais il reste du chemin à parcourir... Même à 12 %, les taux d'intérêt brésiliens demeurent parmi les plus élevés du monde. Ce qui n'est pas nouveau. Il y a douze ans, la banque centrale avait dû les relever à 45 %, et depuis lors, les taux d'intérêt réels ont régulièrement dépassé les 5 % annuels. C'est cela que Dilma Rousseff veut changer.

Dans le langage des militants du Parti des travailleurs, le PT de Lula qui a porté la nouvelle présidente au pouvoir, il est temps de scier la branche sur laquelle sont assis « les rentiers ». Priorité à la croissance, de toute urgence : le gouvernement table sur une progression du PIB légèrement inférieure à 4 % cette année, et malgré la crise, sur une croissance de 5 % en 2012.
Paulo Nogueira Batista Junior, le représentant du Brésil et de huit autres pays de la région au FMI, a appris la nouvelle de la réduction des taux d'intérêt lors d'une réunion préparatoire du G20 à Paris, fin août. Cet économiste keynésien, qui appelait depuis longtemps de ses voeux une telle inflexion de la politique monétaire, ne cache pas sa satisfaction devant cette « belle surprise ». « La décision de la banque centrale est porteuse de plus de bénéfices que de coûts et de risques », écrivait-il récemment dans une tribune publiée dans le journal de Rio « O Globo ». Economiste de formation, Dilma Rousseff a senti approcher « le vent mauvais » de la crise. Face à la menace d'un trou d'air similaire à celui qui a suivi la chute de Lehman Brothers en 2008, il importait de frapper fort. C'est ce que suggère la banque centrale, en justifiant sa décision par la « détérioration substantielle » de l'environnement international.

L'assouplissement de la politique monétaire présente un double avantage. Outre la relance espérée de l'activité, la baisse des taux, qui devrait se poursuivre au cours des prochains mois, associée à des contrôles de capitaux et des mesures quantitatives de « prudence » pour encadrer le crédit, doit permettre d'atténuer l'appréciation du taux de change, qui mine la compétitivité de l'industrie brésilienne. Bref, une offensive en règle pour briser le cercle vicieux des taux d'intérêt élevés, qui attirent des flux de capitaux massifs, provoquant à leur tour un renchérissement de la monnaie nationale. Pour ne pas pénaliser les industriels locaux, alors que le Brésil s'apprête à exploiter de nouvelles réserves de pétrole, Dilma Rousseff tente de trouver une nouvelle formule.

Mais ce virage assumé ne fait pas l'unanimité... « La décision de la banque centrale reflète les craintes des autorités face au ralentissement de la croissance, commente André Loes, chef économiste de HSBC à São Paulo. Mais la banque réagit par avance à un scénario qui ne s'est pas encore manifesté, et elle prend des risques considérables sur le front de l'inflation. »

Sur la forme, la procédure employée par la banque centrale a jeté un froid sur les marchés financiers, qui étaient habitués à un certain rituel. En cas de changement de politique, la banque centrale avait coutume d'envoyer des signaux, plus ou moins codés, pour que chacun puisse prendre ses marques. La décision de baisser les taux alors que les prix sont encore orientés à la hausse a pris les investisseurs à contre-pied. Sur le fond, le régime de « ciblage » de l'inflation serait désormais en danger, selon l'ancien président de la banque centrale, Gustavo Loyola. Or cet « inflation targeting », mis en place en 1999 lors de l'introduction du système de change flottant, est l'un des piliers de la politique macroéconomique qui a garanti la stabilisation de l'économie brésilienne, devenue la septième au monde.

Pour de nombreux analystes, Dilma Rousseff joue avec le feu. Elle a beau se prévaloir d'une politique budgétaire plus prudente que celle de Lula, les dépenses publiques continuent d'augmenter sous la pression d'une base parlementaire indisciplinée. Sans rigueur budgétaire, une politique monétaire assouplie ne peut que favoriser la reprise de l'inflation. Ce qui ne manquerait pas de se retourner contre le gouvernement aux prochaines élections.

En termes politiques, c'est un nouveau coup de barre à gauche. L'élection de Lula en 2002 avait provoqué un vent de panique sur les marchés, mais celui-ci avait décidé très tôt de se rallier aux thèses des économistes orthodoxes. Le premier signe d'inflexion a eu lieu il y a cinq ans, lorsque Guido Mantega, au style interventionniste, a été promu ministre des Finances. Priorité a alors été donnée à la croissance et au développement national. Reconduit dans ses fonctions par Dilma Rousseff, Mantega s'est engagé à suivre une politique budgétaire restrictive, afin de faciliter la baisse des taux d'intérêt, en dépit de sa réputation de ministre dépensier.

Le Brésil préfère donc adopter une position offensive face à la crise. Après la Turquie, il est l'un des rares pays émergents à avoir desserré sa politique monétaire ces derniers temps. Lula n'était jamais allé aussi loin. Dilma joue gros. Et la partie est loin d'être gagnée.
Publié par Thierry Ogier le 21 septembre, correspondant des « Echos » à São Paulo

mardi 20 septembre 2011

S'implanter au Brésil: Rio ou Sao Paulo?

Last year, Paulo Rezende, a Brazilian private-equity investor, and two partners decided to set up a fund investing in suppliers to oil and gas companies. Although this industry is centred on Rio de Janeiro, Brazil’s second-largest city, with its huge offshore oilfields—and fabulous beaches, dramatic scenery and outdoor lifestyle—they instead established the Brasil Oil and Gas Fund 430km (270 miles) away, in São Paulo’s concrete sprawl. Even though it means flying to Rio once or twice a week, Mr Rezende, like many other businesspeople, decided that São Paulo’s economic heft outweighed Rio’s charms. But the choice is harder than it used to be.
For many years, São Paulo has been the place for multinationals to open a Brazil office. It may be less glamorous than Rio, as the two cities’ nicknames suggest: Rio is Cidade Maravilhosa (the Marvellous City); São Paulo is Cidade da Garoa (the City of Drizzle). But as Mr Rezende sadly concluded: “São Paulo is the financial centre, and that’s where the money is.”
Edilson Camara of Egon Zehnder International, an executive-search firm with offices in both cities, does 12 searches in São Paulo for each one in Rio. The biggest mistake, he reckons, is for firms to let future expatriates visit Rio at all. “They are seduced by the scenery and lifestyle, and it’s a move they can sell to their families. But many have ended up moving their office to São Paulo a couple of years later, with all the upheaval that entails.”
From a hamlet founded by Jesuit missionaries in 1554, São Paulo grew on coffee in the 19th century, industry in the first half of the 20th—and then on the misfortunes of Rio, once Brazil’s capital and its richest, biggest city. The federal government abandoned Rio for the newly built Brasília in 1960, starting a half-century of decline. Misgoverned by politicians and fought over by drug gangs and corrupt police, Rio became dangerous, even by Brazilian standards. The exodus gained pace as businesses and the rich fled, mostly for São Paulo.
Now, though, there are signs that the cost-benefit calculation is shifting. São Paulo’s economy has done well in Brazil’s recent boom years and it is still much bigger, but Rio’s is growing faster, boosted by oil discoveries and winning its bid to host the 2016 Olympics (see table below). Last year Rio received $7.3 billion in foreign direct investment—seven times more than the year before, and more than twice as much as São Paulo. Prime office rents in Rio are now higher than anywhere else in the Americas, north or south, according to Cushman and Wakefield, a property consultancy.

 
Community-policing projects are taming its infamous favelas, or shanty towns: its murder rate, though still very high at 26 per 100,000 people per year (two-and-a-half times São Paulo’s), is at last falling. Brazil’s soaring real is pricing expats paid in foreign currencies out of São Paulo’s classy restaurants and shopping malls; Rio’s recipe of sun, sea and samba is still free. Even Hollywood seems to be on Rio’s side: an eponymous animation, with its lush depictions of rainforest and carnival, is one of the year’s highest-grossing films.

Red-carpet treatmentRio’s mayor, Eduardo Paes, has big plans for capitalising on the city’s magic moment. The sharp-suited, English-speaking lawyer has set up a business-development agency, Rio Negócios, to market the city, help businesspeople find investment opportunities, and advise on paperwork and tax breaks. Though all investors are welcome, it concentrates on those in sectors where it reckons Rio has an edge: tourism, energy, infrastructure and creative industries such as fashion and film. “A couple of years ago, foreign businessmen would come to Rio and ask what we had to offer,” says Mr Paes. “We had no answer. Now we roll out the red carpet.”
The political balance between the two cities has changed too. In the 1990s São Paulo was more influential and better run: it is the stronghold of the Party of Brazilian Social Democracy (PSDB), the national party of government from 1995 to 2002. Now the PSDB is in its third term of opposition in Brasília, and though it still governs São Paulo state, it is weakened by internal feuds. In Rio, by contrast, the political stars are aligned. The state governor, Sérgio Cabral, campaigned tirelessly for the current president, Dilma Rousseff—and received his reward when police actions in an unruly favela late last year were backed up by federal forces. Mr Paes and Mr Cabral are from the same party, and their pre-Olympic plans for security, housing and transport mesh well.
São Paulo’s socioeconomic segregation, long part of its appeal to expats, is starting to look like less of an advantage. Most of its nicer bits are clustered together, allowing rich paulistanos to ignore the vast favelas on the periphery. In Rio, selective blindness is harder with favelas perched on hilltops overlooking all the best neighbourhoods. But proximity seems to be teaching well-off cariocas that abandonment is no solution for poverty and violence. Community policing and urban-renewal schemes are bringing safety and public services. Chapéu Mangueira and Babilônia, twin favelas a 20-minute uphill scramble from Copacabana beach, are being rebuilt, with a health clinic, nursery and a 24-hour police presence. The price of nearby apartments has already soared. Several other slums are also getting similar make-overs.

Central do BrasilRio’s Olympic preparations include extending its metro and building lots of dedicated bus lanes, including one linking the international airport to the city centre. By 2016, predicts City Hall, half of all journeys in the city will be by high-quality public transport, up from 16% today. São Paulo’s metro extensions are years behind schedule, and the city is grinding towards gridlock. Its plans to link the city centre to its main international airport (recently voted Latin America’s most-hated by business travellers) rely on a grandiose federal high-speed train project, bidding for which was recently postponed for the third time.
Rio is still unpredictably dangerous, and decades of poor infrastructure maintenance have left their mark. Its mobile-phone and electricity networks are outage-prone; the língua negra (“black tongue”, a sudden overflow of water and sewage from inadequate hillside culverts) is a staple of the rainy season; exploding manholes, caused by subterranean gas leaks meeting sparks from electricity lines, are a hazard all year round. All in all, still not an easy choice for a multinational business—but it is no longer foolish to let prospective expats fly down to Rio to take a look.