mercredi 6 juin 2012
Les dessous de la Coupe du Monde 2014 au Brésil
mercredi 23 mai 2012
Dossier : L'art d’entreprendre : des entrepreneurs à la conquête du marché mondial
mercredi 25 avril 2012
l'éblouissant Brésil
Brésil, l'eldorado français
Soif de consommation, besoin d'infrastructures, croissance
soutenue... Des grands groupes aux PME, la ruée française vers l'immense et
très porteur marché brésilien ne fait que commencer.
- Classe A et B : les riches, disposant de plus de 1 900 euros mensuels ;
- Classe C : la classe moyenne (439 à 1 900 euros par mois) ;
- Classe D : les pauvres (317 euros mensuels) ;
- Classe E : les exclus (moins de 317 euros par mois).
En 2002, les classes D et E représentaient 43 % de la population, et la classe C, 44 %. Six ans plus tard, les classes D et E ne constituent plus que 32,5 %, et la classe C a grimpé à 52 %. Le miracle brésilien, c'est ce glissement vertueux qui fait briller les yeux de nos grandes enseignes, dont la plupart se positionnent sur les segments A, B et C.
FMI, Le Brésil charge l'Europe
"Cela double presque la capacité de prêt du Fonds. Cela montre véritablement la détermination de la communauté internationale d'avoir les outils pour résister et se défendre face aux crises", s'est félicitée la directrice générale, la Française Christine Lagarde. Pour autant, tout l'argent entassé dans les coffres du FMI ne peut mettre un terme au débat sur la réforme de la représentation des Etats membres. La question des ressources étant réglée, ces querelles byzantines qui agitent l'organisation depuis de longues années ressurgissent.
Grand animateur de ce débat, le Brésil s'est lancé dans une charge contre les Européens, dont les quotes-parts (la contribution permanente au capital du FMI, qui détermine les droits de vote) recèlent pour lui des "anomalies". Celle du Brésil, a constaté le ministre des Finances Guido Mantega dans sa déclaration écrite devant l'instance politique du FMI, "équivaut à celle des Pays-Bas", et celle de l'Espagne, "aussi étonnant que ça puisse paraître, est plus grande que le total de l'ensemble des 44 pays d'Afrique subsaharienne".
"Il ne faut pas essayer de réinventer la roue", a-t-il plaidé: son pays veut baser les quotes-parts sur le produit intérieur brut, qui n'est qu'une variable parmi d'autres aujourd'hui. Le ministre sud-africain Pravin Gordhan, qui s'exprime au nom de 21 pays de son continent, a signalé que depuis une trentaine d'années, chaque réforme des droits de vote du Fonds avait diminué les droits de vote de l'Afrique.
"On ne peut compter sur l'Afrique subsaharienne pour continuer à soutenir des réformes qui cherchent à légitimer le FMI, tout en sapant dans le même temps la représentation d'un grand nombre de pays", a-t-il prévenu.
Pour la ministre danoise Margrethe Vestager, dont le pays exerce actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, l'Europe "travaille" pour tenir "son engagement de réduire la représentation au conseil d'administration de deux sièges pour les pays européens avancés". Par ailleurs, elle a rappelé que les progrès dans le rééquilibrage des droits de vote dépendaient de la ratification par les parlements nationaux d'une réforme adoptée fin 2010. "Les Etats membres de l'UE ont conscience de leur responsabilité dans la réussite de la mise en oeuvre" de cette réforme, selon elle.
Sur cette question, les regards sont tournés vers le premier actionnaire, les Etats-Unis. Le FMI a impérativement besoin de leur ratification pour faire entrer en vigueur la réforme de 2010, qui consacrait la montée en puissance des émergents, au détriment surtout de l'Europe. Un responsable américain a indiqué vendredi à la presse que le gouvernement n'avait pas encore décidé quand il proposerait au Congrès de voter sur cette question.
mercredi 15 février 2012
"le coût Brésil"
Au Brésil, la vague des produits importés montre du doigt " le coût Brésil "
Il n’y a pas si longtemps, le Brésil fournissait un grand nombre de produits finis à un coût très compétitif. Avec la montée des importations, malgré les taxes, nombre de produits nationaux peinent aujourd’hui à soutenir tant les prix que la qualité. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.
Le coût de l’emploi
En moins de 10 ans, le salaire minimum est passé de R$ 151 (65€) à R$ 545 (237€). Depuis 2011 – fait historique – il y a plus d’emplois déclarés (avec livret de travail, donc avec charges sociales) que d’emplois non déclarés.
L’avancée des fameuses classes sociales C et D* a permis au Brésil de surfer sur la crise de 2008. Et le taux de chômage est descendu à 6%. Les conséquences apparaissent maintenant sur le coût de l’emploi.
Sur des postes plus spécialisés, l’insuffisance des structures de formation professionnelle ou diplômantes conduit à une pénurie de main d’oeuvre dans de nombreux secteurs : ingénieurs des travaux publics, des mines, de l’informatique, ou encore dans les postes de middle-management ou de direction.
Au Minas Gerais, l’Etat minier par exellence, le directeur de l’UFMG (Université Fédérale du Minas Gerais) de la ville de João Monlevade déclare qu’il manque déjà sur le marché du travail 35.000 ingénieurs.
Selon la société de recrutement Michael Page à São Paulo, l’on arrive à des situations ou l’entreprise brésilienne va chercher son cadre à l’étranger (dans les pays développés) pour moins cher ; son équivalent brésilien coûte plus cher !
De même, certaines sociétés étrangères ayant leur filiale au Brésil peuvent payer son directeur local plus cher que le président du groupe (par souci de confidentialité, Michael Page n’a pas cité d’exemple).
Mais au Brésil, chaque problématique représente toujours une opportunité économique pour ceux qui anticipent.
Si l’Etat ne pourvoit pas encore à la nécessité, cette situation fait les choux gras des écoles et universitées privées qui fleurissent depuis 10 ans. L’une d’elles, Anhanguera, introduite en bourse, présente les meilleurs résultats boursiers du secteur et ne cesse de racheter des concurrents.
Le coût des transports et des infrastructures
Un importateur paye R$ 25.000 (10.864€) pour ramener 3 containers de Chine jusqu’à Rio, mais il débourse... R$ 15.000 (6.518€) pour le trajet Rio – Belo Horizonte! (moins de 500 kilomètres).
Les routes sont en mauvais état. Les opérations « tapa-buraco » (bouche-trou) sont encore réalisées en pré-periodes électorales, ou en urgence, et le profil des chaussées est encore mal adapté aux fortes pluies qui détruisent l’infrastructure.
Par ailleurs, il n’est pas si rare de voir encore des semi-remorques êtres détournés avec leur cargaison par des « bandits de grand chemin », même sur l’axe routier Rio-São Paulo, le plus fréquenté.
Un grand hebdomadaire économique national, Carta Capital, en a fait l’expérience récemment et n’a pu être offert aux lecteurs de Rio pendant plus d’une semaine.
Enfin, le parc de camions est vieillissant et les coûts d’entretien (voire d’accidents en chemin) s’ajoutent à l’addition.
Aussi, la société SCANIA bat-elle les records de vente pour ses camions, avec une augmentation de plus de 100% entre 2009 et 2010, soient 3 fois les prévisions annoncées l’an dernier.
Un parc de machines vieillissant
Pour contrer l’inflation qui remontre le bout de son nez, la Banque Centrale du Brésil vient de relever le taux d’intérêt interbancaire (déjà l’un des plus haut au monde) à 11,75% par an, rendant l’accès au crédit plus difficile.
Aujourd’hui, une petite entreprise trouve des crédits à l’équipement industriel à des taux minimums de 6 à 7% annuels, selon les banques.
A titre d’exemple, dans le secteur du jouet, une petite voiture en bois fabriquée en France (où les salaires et les charges sociales sont pourtant bien plus élevés qu’au Brésil) coûte 30 a 50% moins cher que la même fabriquée au Brésil.
En France, une seule machine fait le travail à partir d’une pièce de bois. Au Brésil, il faut plusieurs machines, voire une intervention manuelle sur chaque pièce.
Une fiscalité encore paralysante
Sans faire de longs discours sur le sujet, on sait que les impôts sont encore lourds et mal adaptés aux réalités. Ils restent le frein majeur à la compétitivité de nombreux produits.
Un seul exemple : celui du vin. Sous prétexte d’éviter les bouteilles de vin falsifiées (phénomène aujourd’hui quasiment disparu), le fisc exige que l’IPI (Impôt sur les Produits Industrialisés), payé par le viticulteur sur la vente de ses bouteilles, soit matérialisé par un sceau par dessus le goulot.
L’impôt doit être donc acquitté avant même que la bouteille ait été vendue : le viticulteur achète les sceaux à l’avance pour les apposer avant l’expédition. L’Etat étant le premier à être payé, le producteur est obligé de faire une avance de trésorerie conséquente.
De plus, pour les petits domaines dont l’embouteillage n’est pas mécanisé, l’apposition du sceau est lente coûteuse.
Des améliorations en vue
Le coût Brésil n’est finalement qu’une résultante logique du cycle dans lequel se trouve le pays : une explosion économique plus rapide que l’adaptation des structures encore à l’echelle d’un pays du tiers monde.
Il n’en reste pas moins, malgré ces dificultés, que la croissance économique restera au rendez-vous pour longtemps ; le Brésil étant encore un marché de demande pour une offre encore insuffisante.
Quant à la résolution des problèmes évoqués, le rôle de plus en plus international du pays met celui-ci en négociations multilatérales avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).
De nombreuses barrières douanières ultra-protectionistes sont tolérées uniquement à condition que leur existence serve à dynamiser la production locale.
Ainsi, si le gouvernement ne pourvoit pas au nécessaire (meilleur crédit aux entreprises, meilleure formation, fiscalité révisée), ces barrières risquent de tomber.
Le Brésil est contraint d’avancer à marche forcée vers la maturité avant l’âge.
* Revenu par foyer compris entre 335€ et 484€ pour la classe D et 485€ à 2088€ pour la classe C
Au Minas Gerais, les produits importés envahissent les linéaires
Au Minas Gerais, les "mineiros" font le tour du monde… en gondoles
Le Minas Gerais est l’État du Brésil le plus consommateur de produits importés en supermarchés, jusqu’à 30% du chiffre d’affaires pour certains. Par notre correspondant à Belo Horizonte, Philippe Watel.
Le mineiro (habitant du Minas Gerais) est considéré comme le consommateur le plus traditionnel et le plus difficile du Brésil – notamment pour son côté économe – malgré son appartenance au deuxième État le plus riche du pays après celui de São Paulo.
C’est la raison pour laquelle, historiquement, de très nombreux produits de consommation sont d’abord lancés dans cet État pour faire leurs preuves avant d’être diffusés nationalement.
Pourtant, sa réticence légendaire à mettre la main au portefeuille ne l’empêche plus de succomber aux tentations des saveurs importées.
En dix ans, la part des produits importés en supermarché est passée de 1 à 5% et a enregistré, entre 2008 et 2010, une hausse de 42% du chiffre d'affaires annuel (14 milliards de réais, 6 milliards d'euros, source Association Mineira de Supermarchés, AMIS).
Une diversité de choix qui change les habitudes de consommation
Qui eut pensé que « churrasco » (barbecue) du week-end, templo sacro-saint du brésilianisme, puisse revêtir à ce point des airs de « gringo » ? Viande argentine, sauces américaines et bières belges, allemandes ou mexicaines... même le tradicionnel riz aux haricots (« arroz com feijão ») peut venir d’Espagne avec des épices asiatiques.
Le consommateur brésilien est généralement infidèle aux marques et toujours prêt à tenter autre chose, surtout si les prix parlent.
Avec la croissance des importations, la concurrence entre ces produits commence à empiéter sur le terrain des produits nationaux (notamment les pâtes, le sel, les confitures, l’huile, et certaines boissons).
Dans les chaînes qui misent sur la différenciation, des couloirs entiers sont créés pour exposer des produits allant jusqu’à 40 pays différents.
La chaîne Verdemar, supermarchés de produits fins, est celle qui a ouvert le plus de filiales à Belo Horizonte ces trois dernières années, ainsi que la chaîne Super Nosso.
Avec la croissance économique des fameuses classes C et D, même les chaînes de supermarchés populaires et traditionnels ressentent cette tendance. Chez Pão de Açucar (filiale de Casino, leader du segment hypermarchés), le secteur des importés s’est accru de 30% depuis l’an dernier.
Naturellement, la dévalorisation du Dollar et de l’Euro, la force du Real et la faiblesse du marché européen accentuent la tendance.
Certains supermarchés vont jusqu’à proposer 40% de leur offre en produits importés qui sont, dans certains cas, moins chers ou équivalents aux produits nationaux. Et ceci malgré les taxes et autres frais d’importation qui augmentent considérablement les coûts.
Lire aussi : Au Brésil la vague des produits importés montre du doigt le « coût Brésil »
Le Brésil, nouvel Eldorado pour les Européens en quête d'opportunités

Embauchée chez Michelin à Rio de Janeiro avec un contrat local, elle explique qu'au Brésil, "c'est plus ouvert, on n'est pas catalogué. La France malheureusement, ne valorise pas la diversité".
Afeida Ghaleb, 33 ans, ne regrette pas d'avoir quitté la France en juillet pour tenter l'aventure au Brésil, pays moteur de l'Amérique latine, qui attire de plus en plus d'Européens en quête d'opportunités.
"Je sens que j'ai échappé à la crise en Europe. Je suis de double culture (franco-arabe) et j'avais envie d'une expérience à l'international", a déclaré à l'AFP la jeune Française qui a passé dix ans dans une entreprise d'agro-alimentaire en grande banlieue de Paris.
Embauchée chez Michelin à Rio de Janeiro avec un contrat local, elle explique qu'au Brésil, "c'est plus ouvert, on n'est pas catalogué. La France malheureusement, ne valorise pas la diversité".
Septième économie du monde, le géant sud-américain a connu une hausse du PIB de 7,5% en 2010 et table cette année sur une croissance de 3,5%, supérieure à la moyenne mondiale. Son taux de chômage a baissé à 6% cette année, le plus bas depuis 2002.
Contrairement aux Européens de plus en plus nombreux à arriver et qui se heurtent au problème du permis de séjour, Afeida a obtenu avec Michelin "un visa de deux ans renouvelable".
Arrivé début octobre en touriste, Alejandro, un Espagnol de 33 ans, n'a pas cette chance et vit de petits boulots comme DJ ou guide dans les favelas: "Avec la crise et le chômage en Espagne, j'avais besoin de changer d'air, d'une ville avec la plage et le soleil. Il faut aller où les choses vont mieux. Mais mon visa expire dans un mois et demi", a dit ce Madrilène à l'AFP. Il deviendra "illégal" s'il n'arrive pas à renouveler son visa pour trois mois encore, le maximum permis.
Comme Afeida, Alejandro "partage un appartement en colocation" dans le quartier chic d'Ipanema. Ces nouveaux arrivants, à leur grande déconvenue, font face à l'explosion des prix dans le pays, tirés par la bonne santé de l'économie et l'accueil de la Coupe du monde de football en 2014 et des jeux Olympiques en 2016.
Selon le ministère de la Justice, le nombre d'étrangers en situation régulière a augmenté de plus de 50% de janvier à juin, passant de 962.000 à 1,5 million et ne cesse de croître, Portugais en tête aidés par la langue commune.
De décembre 2009 à juin 2011, les Portugais sont passés de 277.000 à 329.000 et les Espagnols de 58.500 à près de 81.000. Les Français de 16.500 à 17.800.
Mais les autorités estiment aussi à plus de 600.000 le nombre d'immigrants en situation irrégulière, en augmentation constante. De ce total, 40% sont Boliviens suivis par les Chinois (13%).
"En Europe, le Brésil est vu comme une terre d'opportunités", a déclaré à l'AFP la directrice de la Chambre de commerce espagnole de Sao Paulo, Nuria Pont.
Cette augmentation est due non seulement à la crise en Europe, mais à la demande énorme du Brésil, selon elle.
"Il y a quarante millions de nouveaux consommateurs -presque la taille de l'Espagne- qui sont sortis de la misère et le marché brésilien n'arrive pas à satisfaire la demande", a-t-elle expliqué.
"Il manque huit millions de professionnels qualifiés - comme des ingénieurs - que les universités brésiliennes mettront cinq ou six ans encore à former", a-t-elle ajouté.
Le jeune architecte espagnol David Galipienzo, qui implante un projet immobilier à Rio, témoigne: "en Espagne, on est tombé de 800.000 logements par an à moins de 100.000. Ici, la demande ne cesse d'augmenter", a dit David.
L'économie brésilienne en plein boom, avec la création de 2,5 millions d'emplois en 2010, associé à la crise dans les pays riches, a fait que légion de Brésiliens qui avaient émigré dans les années 90 aux Etats-Unis, au Japon et en Europe sont revenus au pays.
De 2005 à 2011, le nombre de Brésiliens vivant à l'étranger a chuté de moitié, de quatre millions à deux millions, selon les chiffres officiels.





