jeudi 14 juillet 2011

Le Brésil fait rêver les industriels français

Avec la Chine et l'Inde, ce pourrait être un eldorado pour les entreprises occidentales. Les demandes affluent de France. Mais peu encore de l'Ouest.

Leur étude de marché a conclu : « Gros potentiel. » Depuis quatre ans, l'entreprise nantaise VIF laboure avec obstination le terrain brésilien. Une antenne à Sao Paulo, quatre salariés dont un expatrié. Créée il y a une vingtaine d'années, cette société conçoit des logiciels de gestion pour l'agroalimentaire.

Plus de 350 clients en France, dont Stalaven, SVA, Sill, les Crèmes Montblanc. « Nous voulions muscler notre croissance. Il nous fallait donc regarder hors de nos frontières, raconte Hervé Courtel, directeur administratif et financier de VIF. L'Amérique du Sud et le Brésil, c'est potentiellement le continent exportateur de produits agroalimentaires. Plus proches de nous culturellement que des pays d'Asie... »

Avec un taux de croissance de 8 % en 2010, le Brésil est un marché à faire rêver les occidentaux. Plus de 420 entreprises françaises y sont déjà installées. Dont 35 des grosses du Cac 40. On a pu voir l'ex-président Lula, fin décembre 2010, inaugurer un téléphérique qui désenclave des favelas du nord de Rio. C'est l'entreprise française Poma qui l'a monté.

Éric Fajole, directeur de la mission économique UbiFrance à Rio, se frotte les mains : « Avec le Mondial de foot 2014 et les JO de Rio en 2016, les perspectives sont bonnes. On reçoit beaucoup de demandes d'entreprises françaises. Et pas que des grosses. »

« Ils oublient de dire non »

Cet engouement touche peu les entreprises de l'Ouest. Hormis le volailler Doux, au Brésil de longue date, ou Bénéteau et Jeanneau, à l'affût sur un marché de la plaisance prêt à se développer avec l'explosion de la classe moyenne. « En revanche, les régions Paca, Rhône-Alpes et Nord-Pas-de-Calais sont très présentes », observe Éric Fajole.

Attention toutefois. Il y a du business à faire au Brésil mais le « ticket d'entrée est cher ». Rio est devenue, en trois ans, la 5e ville la plus chère au monde. Et le « coût de la main-d'oeuvre a explosé ». Le pays reste très protectionniste.

Dans une note, les directeurs de VIF soulignent : « Les Brésiliens n'aiment pas décevoir en disant non. Déstabilisant pour nous : on croit parfois être sur le point de conclure et l'affaire s'échappe. » En revanche, ce sont de bons clients : « En trois ans, assure Éric Fajole, nous n'avons recensé qu'un seul impayé pour une entreprise française. »

Quatre ans et demi après son arrivée à Sao Paulo, VIF reste prudent. « On y croit. Le marché est gigantesque. Mais les clés ne sont pas faciles à trouver. » Dans un pays où on résiste à sa manière à la mondialisation, le Carioca, l'habitant de Rio, adore boire sa bière, décontracté, en short, assis sur des chaises en plastique dans des troquets. Des investisseurs étrangers ont voulu balayer cette tradition par des bars design et tendance. Ils se sont pris une belle claque.

Marc PENNEC - Ouest France - 12/07/2011